/news/health
Navigation

Du LSD ou de la MDMA pour soigner sa santé mentale

Les traitements thérapeutiques impliquant ces drogues semblent prometteurs

Robert
Photo d'archives, Pierre-Paul Poulin Robert, 60 ans, a pratiqué le yoga et la méditation pour calmer ses angoisses de récidive de cancer avant de s’intéresser aux vertus des « champignons magiques ».

Coup d'oeil sur cet article

La psychothérapie psychédélique est de plus en plus considérée par les experts comme un traitement d’avenir pour soigner des patients à court d’options qui souffrent de dépression, d’alcoolisme ou de stress post-traumatique.

«Je crois que ce type de thérapie deviendra la norme dans le futur. Ce n’est pas pour tout le monde, mais pour ceux qui se qualifient, ça change complètement la donne», affirme Houman­­­ Farzin, un docteur québécois qui s’intéresse à ces traitements.

De fait, des drogues hallucinogènes comme le LSD, l’ecstasy (MDMA) et les champignons magiques sont de nouveau étudiées le plus sérieusement du monde par les scientifiques pour leurs vertus thérapeutiques. 

«[Ces drogues] permettent d’avoir une expérience transcendantale et spirituelle qui peut donner du sens à nos traumatismes», explique la Dre Gabriella Gobbi, chercheuse en psychopharmacologie à l’Université McGill. 

Ses propres recherches portent sur la façon dont leurs molécules affectent nos récepteurs de sérotonine et activent certaines parties du cerveau qui permettent d’élargir la conscience. 

« Ce ne sont pas des médicaments magiques. Si l’on prend des substances hallucinogènes sans psychothérapie, on n’aura que des délires, et ça ne servira à rien », prévient-elle toutefois. 

Des erreurs à ne pas répéter

La recherche au sujet des drogues psychédéliques a connu un âge d’or aux États-Unis dans la mouvance hippie des années 1960 et 1970... jusqu’à ce qu’elles deviennent illégales.  

«On les a très mal utilisées et il y a eu plusieurs effets néfastes chez les patients», souligne la psychiatre Gabriella Gobbi, en insistant sur l’importance de l’éthique. 

Les expériences de lavage de cerveau du Dr Ewen Cameron impliquant du LSD et des électrochocs, menées à Montréal et financées par la CIA, sont parmi les pires. 

Pas du Prozac

Aujourd’hui, l’intérêt renouvelé pour les substances­­­ psychédéliques vient contrebalancer le recours généralisé aux antidépresseurs comme le Prozac pour traiter la dépression ou le stress post-traumatique. 

«Je ne crois plus qu’une vie entière sous antidépresseurs est la solution à mon problème, et je suis loin d’être le seul», soutient Robert, un Montréalais en rémission d’un cancer qui souhaite faire une psychothérapie à la psilocybine (voir plus loin). 

«Le paradigme actuel préconise des médicaments qui engourdissent les émotions, alors que les substances psychédéliques font tout le contraire», dit le Dr Houman Farzin.

Mais même si les thérapies psychédéliques ont longtemps été illégales au Canada, elles n’ont jamais vraiment disparu.

«Encore aujourd’hui, beaucoup de gens paient pour en faire à l’extérieur du système médical légal, dans le cadre de retraites clandestines», souligne le Dr Farzin, qui rêve plutôt de les voir un jour accessibles dans le réseau de santé public.  


♦ Les deux spécialistes rappellent que les psychothérapies psychédéliques sont contre-­indiquées pour certains patients.

Comment ça marche?   

  • Lors d’une psychothérapie psychédélique, le patient consomme une substance hallucinogène puis est guidé par un professionnel de la santé. Il est souvent allongé, les yeux masqués.  
  • Les effets varient selon les drogues employées. Par exemple, la MDMA permet de garder conscience de son identité et de son passé, ce qui la rend utile pour aborder des traumatismes, explique le Dr Houman Farzin. 
  • La psilocybine mène plutôt à percevoir la réalité autrement, même après la fin du traitement. «Elle permet de détruire des barrières psychologiques comme celles qui nous font voir la mort d’une seule façon», illustre Spencer Hawkswell, à la tête d’un organisme qui milite pour élargir l’accès à cette substance à des fins thérapeutiques.  

Un Québécois espère une thérapie aux champignons magiques  

Un Montréalais en rémission d’un cancer attend «désespérément» l’autorisation de Santé Canada pour se prêter à une psychothérapie à base de champignons magiques afin d’apaiser sa détresse psychologique. 

«Tout ce que je veux, c’est la paix d’esprit», témoigne Robert, 60 ans, qui vit dans l’angoisse perpétuelle d’une deuxième récidive de son cancer de la prostate depuis 2015.

Plus tôt cette année, l’homme a demandé à Santé Canada une permission spéciale pour effectuer une psychothérapie à la psilocybine, l’ingrédient actif des champignons magiques, dans l’espoir d’alléger ses inquiétudes. 

La loi fédérale interdit de posséder de la psilocybine, mais la ministre de la Santé peut accorder des exemptions à des fins médicales ou scientifiques.

Depuis août dernier, Patty Hajdu a ainsi octroyé 36 exemptions à des patients, pour la plupart aux soins palliatifs, et 19 à des professionnels de la santé. Certains ont reçu le feu vert en moins d’un mois.

C’est long

Robert, lui, attend depuis fin février une réponse positive à sa demande. Il a notamment cessé de prendre ses antidépresseurs pour maximiser les effets de la thérapie. 

«J’ai l’impression de marcher sur la corde raide. Plus j’attends, plus ma santé physique et émotionnelle est à risque», dit celui qui n’a pas prévenu ses amis pour ne pas les inquiéter. 

C’est dire que le sexagénaire, nerveux, attend «désespérément» cette séance, d’autant plus que le psychothérapeute qui le suit déménagera à l’étranger en octobre.

Le grand jour, Robert consommera environ 5 g de psilocybine, sous forme de champignon ou d’infusion. 

Entre bonnes mains

Suivra une séance de psychothérapie de 6 à 8 heures, guidée par un professionnel lui aussi autorisé par Santé Canada. 

«C’est pas comme prendre des champignons avec des amis en buvant de la bière et en écoutant Led Zeppelin», affirme Robert avec un petit rire. Il devra débourser lui-même le montant de la séance, qui n’est pas couverte par l’assurance maladie. 

Cette psychothérapie nouveau genre a le potentiel de modifier son état d’esprit face au cancer. «C’est possible qu’il accède à une sérénité, qu’il accepte la vie et la mort», explique la Dre Gabriella Gobbi, chercheuse en psychopharmacologie.

Seul bémol: nulle part le petit champignon, qui pousse un peu partout au Canada, n'est vendu légalement.

«Ce n’est pas clair si nos patients sont censés le faire pousser ou aller le cueillir, mais ils semblent tous savoir où s’en procurer», constate Spencer Hawkswell, le PDG de Therapsil, un OBNL qui accompagne Robert dans et d’autres patients dans leurs démarches.