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Des fêtes nationales qu'on a mises en berne

GEN-
Capture d'écran, Radio-Canada Véronic DiCaire a coanimé le spectacle de la fête du Canada le premier juillet.

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L’an dernier, pas un seul drapeau fleurdelysé n’avait été déployé pour le spectacle de la Saint-Jean à la télévision.

L’oubli avait-il été fortuit ou fait en pleine connaissance de cause ? On ne l’a jamais su. Jeudi dernier, c’est l’unifolié qu’on a soustrait à la vue des téléspectateurs. À la toute fin du spectacle, on a pu apercevoir quelques unifoliés en berne. Faute de vent, c’était à peine possible de les identifier. Ce furent les dernières images d’une fête qui était en berne, elle aussi.

Encore plus sobre que le spectacle de la Saint-Jean diffusé par les quatre réseaux francophones, la fête du Canada fut présentée seulement à l’antenne de CBC/Radio-Canada. Diffusée en partie du Centre national des arts d’Ottawa, elle a fait bonne place aux Autochtones. Pour une fois, leur présence fut plus qu’une reconnaissance tacite de leur existence. 

Mais il en faudra beaucoup plus pour faire oublier les écoles résidentielles et la discrimination qu’a institutionnalisée la Loi sur les Indiens il y a 150 ans. Le choc que nous avons tous subi à la mort de Joyce Echaquan et à la découverte de centaines de tombes anonymes jouxtant des pensionnats autochtones ne doit pas rester sans suite. Les médias doivent se faire un point d’honneur que cet infâme chapitre de notre histoire ne retombe pas encore dans l’oubli.

DE L’HISTOIRE ANCIENNE ?  

Pour la plupart d’entre nous, les écoles résidentielles, c’était de l’histoire ancienne. Encore que la majorité n’en connaissait même pas l’existence. Pourtant, Marieval, dernier pensionnat à faire la manchette, a fermé ses portes il y a moins de 25 ans. Il appartient aussi aux médias de faire en sorte que le récit qu’on fait de ces pensionnats ne soit pas tronqué. 

Les deux spectacles qu’on vient de voir à la télévision furent exemplaires. Veronic DiCaire et Jully Black, les deux animatrices, n’ont pas fait de pathos. On n’a pas identifié de coupables et on n’a pas fait de distinction entre les diverses nations autochtones. On a simplement invité les téléspectateurs au recueillement et à la réflexion. C’était très bien. Les commentaires que je lis sur les réseaux sociaux comme certaines opinions que publient les journaux, surtout ceux du reste du pays, sont moins édifiants.

L’Église catholique, par exemple, est unanimement honnie et quelques-uns de ses temples ont été incendiés. L’Église catholique ne fut pourtant pas la seule à répondre à l’appel du gouvernement fédéral, seul instigateur de ces écoles comparables aux camps de rééducation de Chine ou de Russie. Quelques vandales ont déboulonné des statues de John A. Macdonald, de la reine Victoria et même d’Elizabeth, la souveraine actuelle. 

Une fois que se feront plus rares ces actes de vandalisme, la cause autochtone passera-t-elle au second plan ? Tombera-t-elle dans l’oubli ? Il y a déjà plus de cinq ans, le rapport de la Commission de vérité et réconciliation avait fait grand bruit avec son diagnostic de « génocide culturel » et ses révélations sur les mauvais traitements et les agressions sexuelles subies par les enfants des pensionnats. Il y a longtemps que le rapport ne fait plus la manchette. Il a fallu la découverte de toutes ces tombes anonymes pour réveiller les médias et l’élite politique.

Est-ce rêver d’imaginer que la télévision puisse, un jour, célébrer la Saint-Jean et la fête du Canada dans des décors fièrement plantés de mille drapeaux avec des dizaines d’artistes autochtones devenus des frères plutôt que des personnages folkloriques ?