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Élections: Justin pourrait gagner son pari...

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Justin Trudeau s’est départi de sa barbe grisonnante et de ses longs cheveux bouclés. En termes politiques, l’indice capillaire ne ment pas. 

Fraîchement rasé et même « double vacciné », le chef libéral et premier ministre du Canada semble fin prêt à déclencher une élection générale d’ici l’automne. 

Le lancement hier en terres ontariennes de sa « tournée » estivale ne tient surtout pas du hasard.  

Au pouvoir depuis 2015, son gouvernement est néanmoins minoritaire depuis 2019. À moins d’un revirement spectaculaire, l’ambition de Justin Trudeau de rafler une majorité de sièges la prochaine fois n’a dorénavant rien de farfelu. 

D’autant plus qu’après des débuts chaotiques, la vaccination se passe rondement. Le seul obstacle potentiel serait bien évidemment une 4e vague de Covid-19. 

Happé depuis 16 mois par la pandémie comme tous les chefs de gouvernement sur la planète, son « bilan » lui servira nécessairement peu en campagne électorale.

Pour séduire les Canadiens, tout dépendra plutôt de la « vision » qu’il saura ou non définir pour un probable troisième mandat. 

S’il remporte la mise, l’ère Justin Trudeau, tout comme celle de son père Pierre-Elliott, s’inscrirait alors dans la durée. Mais là s’arrête, il faut bien le dire, la filière familiale.  

Réconciliation 

Avec raison, la réconciliation avec les Premières Nations s’annonce comme un enjeu de taille. Or, cette fois-ci, les beaux discours et les larmes de la campagne libérale de 2015 ne suffiront pas. 

Impossible d’ignorer les séquelles toxiques du sort révoltant réservé à 150 000 enfants autochtones, dont plusieurs furent martyrisés dans des pensionnats financés par le fédéral jusque dans les années 1990. 

Aucune réparation ne sera possible si le chef libéral ne présente pas des engagements concrets pour le présent et l’avenir.

Sous Justin Trudeau, la relation avec le Québec s’est quant à elle apaisée grandement. Son acceptation du recours à la clause dérogatoire par le premier ministre François Legault a toutefois scandalisé les salles de rédaction anglo-canadiennes. 

Idem quand il a dit oui à la proposition de M. Legault d’amender unilatéralement la Constitution de 1867 par la reconnaissance d’une nation québécoise. 

Idem pour la nouvelle mouture de la loi fédérale sur les langues officielles, fondée sur la reconnaissance quasi révolutionnaire du déclin du français à travers le pays, y compris au Québec.

Morte au feuilleton, elle devient un engagement électoral de Justin Trudeau. Sur le terrain québécois, c’est un coup fumant.

Le Canada de Trudeau fils

En cela, le Canada « postnational » de Trudeau fils est aux antipodes de la vision férocement antinationaliste de son père. La sienne est plus pragmatique. Celle de son père, aussi réfléchie fût-elle, était nettement plus dogmatique.  

C’est cependant la vision de Trudeau père qui, depuis des décennies, façonne la culture politique canadienne. Dans tout le pays, dont le Québec, Trudeau père demeure l’idole incontestée des élites anglophones, médiatiques et autres. 

C’est à elles que la vision détonante de Justin Trudeau, jugée mollassonne, décervelée, voire menaçante pour les droits et libertés, déplaît souverainement.

Devant la faiblesse évidente des troupes conservatrices, ces élites ont néanmoins un sérieux problème. Une fois dans l’isoloir, les options crédibles aux libéraux risquent de se faire rares pour elles.