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Ce qui se passe en Afghanistan rappelle le Vietnam

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L’armée afghane semble au bord de l’effondrement. Au cours des quatre derniers jours, plus de 1000 soldats afghans ont fui vers le Tadjikistan voisin à l’occasion d’affrontements avec les talibans.

Près de 1600 militaires afghans se sont réfugiés au-delà de la frontière plutôt que de se battre, depuis deux semaines. Plusieurs responsables provinciaux s’étaient enfuis à Kaboul dès que les talibans ont lancé leur offensive dans le nord du pays.

Pendant combien de temps les dirigeants politiques afghans – qui ont déjà envoyé leurs familles à l’étranger – resteront-ils dans le pays si la situation continue de se dégrader ? Les États-Unis se préparent d’ailleurs à procéder à l’évacuation à grande échelle d’Afghans qui ont collaboré avec eux. Leur nombre est estimé entre 60 000 et 70 000.

Base de Bagram : un départ américain en catimini

Les Américains quittent l’Afghanistan sans tambour ni trompette. C’est le cas de le dire. Selon la BBC, ils auraient abandonné dans la nuit leur centre névralgique de l’aérodrome de Bagram, y coupant l’électricité sans en aviser le nouveau commandant afghan qui n’aurait découvert leur retrait que des heures après leur départ. La CIA utilisait son centre de détention pour torturer des prisonniers.Au plus fort de la guerre, il y avait plus de 130 000 soldats américains et alliés en Afghanistan provenant de 50 pays de l’OTAN et autres partenaires.

La plus longue guerre de l’histoire des États-Unis (20 ans) aura coûté la vie à plus de 5000 militaires américains et mercenaires à leur solde au prix de 2000 milliards de dollars. Le Canada y a perdu 159 soldats et ça nous a coûté, selon certaines estimations, quelque 15 milliards de dollars. Ce qui se passe actuellement en Afghanistan rappelle le Vietnam, la précédente guerre futile et l’échec lamentable de grande envergure de l’empire américain. Les États-Unis ont retiré leurs troupes du pays en 1973 et Saigon est tombé aux Viêt-Cong deux ans plus tard. Le secrétaire d’État de Nixon, Henry Kissinger, voulait un « intervalle décent » afin que les Américains sauvent un peu la face. Ce ne sera peut-être pas le cas cette fois-ci. Il y a de très bonnes chances que les talibans, que les Américains ont chassés du pouvoir après les attentats du 11 septembre 2001, soient à Kaboul d’ici la fin de l’année. Ils contrôlent déjà le tiers des 421 districts du pays et poursuivent activement leur offensive.

L’opium, une réussite afghane remarquable 

La seule chose qui fonctionne bien et qui enregistre des progrès considérables dans ce pays, c’est la production et le trafic de stupéfiants, en faisant le premier véritable narco-État de la planète. Tolérés à la fois par la CIA et les talibans pour leur contribution à l’économie du pays, les narcos y prospèrent. L’opium représente environ le tiers du PIB de l’Afghanistan et 90 % de l’héroïne mondiale est fabriquée à partir d’opium afghan.

Dans les années 90, le régime taliban offrait une protection gouvernementale au commerce, à l’exportation, et percevait des taxes sur l’opium et l’héroïne.