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«Je n’ai jamais vu autant de violence à Haïti», dit l'ex-ambassadeur du Canada Gilles Rivard

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L’assassinat du président haïtien Jovenel Moïse crée une onde de choc partout dans le monde, et fait craindre le pire pour la situation qui était déjà chaotique dans le pays. 

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Pour l’ex-ambassadeur du Canada en Haïti Gilles Rivard, cette attaque risque de faire souffrir encore plus une population déjà durement éprouvée.

«Quand j’ai vu ce qui est arrivé ce matin, j’ai eu un sentiment de grande tristesse. Connaissant la situation, la spirale de violence dans laquelle le pays est plongé actuellement, de penser que les Haïtiens étaient encore pour souffrir, car je ne crois pas dans les prochaines semaines que la situation va s’améliorer... Il y aura des confrontations j’en suis presque convaincu. J’ai cette grande tristesse pour la population haïtienne qui souffre depuis tellement longtemps du manque de gouvernance, du manque de compétences, d’engagement des autorités politiques face à la triste situation et la pauvreté extrême qui affligent énormément d’Haïtiens», a dit l’ ex-ambassadeur du Canada en Haïti en entrevue à LCN.

Si Jovenel Moïse a déjà échappé à d’autres tentatives d’assassinat, et qu’il était contesté, cet attentat est le reflet de la violence qui prévaut dans le pays.

«C’est presque chaotique. Les gangs de rue, les armes qui circulent partout. Le crime organisé, les trafiquants de drogues et autres individus du même genre vivent bien dans le chaos. C’est dans leur intérêt personnel de créer le chaos et de profiter de la situation», a dépeint l’ex-ambassadeur.

Il souligne néanmoins que l’assassinat du président, particulièrement contesté au cours des derniers mois, n’est presque pas surprenant.

«Je n’ai jamais vu autant de violence dans les rues d’Haïti, et j’y ai vécu 15 ans il y a plusieurs années. La situation actuelle n’est pas hors de contrôle, mais proche. La PNH, la Police nationale d’Haïti, à mon avis est dépassée par les événements. Est-ce qu’ils ont les effectifs nécessaires, je n’ai aucune idée», a-t-il souligné.

Une gouvernance qui fait défaut

Si plusieurs pays ont investi beaucoup de fonds dans la magistrature et dans la police pour aider Haïti, le grand problème, selon l’ex-ambassadeur Rivard, est le manque de volonté politique.

«En fin de compte, c’est la gouvernance du pays qui fait défaut. Améliorer les lois ça ne coûte rien, ça prend de la volonté politique, et c’est ça qui manque dans ce pays», a-t-il dit.

Si une réunion d’urgence de l’ONU est prévue jeudi, M. Rivard croit que les Nations Unies seront extrêmement prudentes à l’idée d’envoyer sur place une mission de stabilisation.

«Force est d’admettre qu’après toutes ces années, les résultats sont pour le moins extrêmement limités, et les Nations unies sont déjà dépassées par des situations beaucoup plus graves dans le monde.» Il considère que la suite des choses devra être décidée par la population haïtienne et par les autorités politiques.

«La communauté internationale est limitée dans ses gestes», a-t-il conclu.