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Une nomination audacieuse et historique

CANADA-POLITICS/
Photo REUTERS Mary Simon mesure pleinement l’ampleur de la tâche colossale qui l’attend. De sa propre personne, elle incarnera le processus même de réconciliation.

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Avec la nomination surprise de Mary Simon au poste de gouverneure générale (GG), Justin Trudeau pose un geste audacieux et historique. 

Née en 1947, Mme Simon est originaire du Nunavik, au nord du Québec. Elle sera la première personne autochtone à représenter la Couronne britannique au pays. Et ce faisant, à porter le titre de cheffe d’État du Canada. 

Hier, j’écrivais qu’à l’aube probable d’une élection, pour M. Trudeau, la réconciliation avec les Premières Nations serait un enjeu majeur exigeant des gestes concrets. En voici justement un de taille.  

Née d’une mère inuk et d’un père anglais, la longue carrière de Mary Simon impressionne. 

Son arrivée tombe surtout à point nommé. En pleine tragédie des sépultures anonymes retrouvées sur les terres d’anciens « pensionnats » autochtones, sa nomination prend tout son sens. 

De toute évidence, Mary Simon mesure pleinement l’ampleur de la tâche colossale qui l’attend. De sa propre personne, elle incarnera le processus même de réconciliation entre les Premières Nations et la société canadienne. Un chemin complexe et peu fréquenté jusqu’ici. 

Elle le fera aussi par son travail de dialogue et d’éducation, qu’elle pourra dorénavant mener sur la place publique.

Tâche colossale

Le poste de GG est bien évidemment controversé. Encore plus au Québec. C’est essentiellement un boulot suranné d’apparat. Le restant gênant d’un passé colonialiste de la « monarchie constitutionnelle » canadienne.

D’où l’étonnement de certains d’y voir accéder une personne issue des premiers peuples, eux-mêmes victimes de colonialisme. L’élément majeur suivant est pourtant à considérer.

Dans son nouveau rôle, accompagné en plus d’immenses ressources financières et humaines, il sera tout aussi possible pour Mary Simon d’en faire quelque chose de bien plus utile qu’un coûteux piédestal doré à la Reine.

À bien écouter Mary Simon, hier, une chose est sûre : elle ne sera pas du genre à faire le chouchou décoratif. La chance historique de contribuer au rapprochement des Autochtones et des Canadiens, elle la prend très au sérieux. 

La nouvelle GG, dont la langue maternelle est l’inuktitut, ne parle cependant pas le français – une des deux langues officielles du Canada. Par conséquent, cela pose problème. 

Pas un chouchou décoratif

Elle explique que dans les années 1950, à l’externat fédéral qu’elle fréquentait, on n’enseignait pas le français. Soit. 

Mais depuis, comme tant d’autres au Canada qui, sans maîtriser le français, ont pu mener des carrières prestigieuses, elle ne l’a pas appris non plus. L’important aujourd’hui est son engagement à le faire. 

Cette promesse, elle devra la tenir. Même de manière imparfaite. Personne au Québec et dans les communautés franco-canadiennes ne s’attendra en effet à ce qu’elle puisse réciter du Balzac de mémoire. 

Si tel était son choix, Mary Simon pourrait tout à fait parler l’inuktitut comme première langue dans son nouveau rôle. Il est d’ailleurs temps que les langues autochtones fassent aussi partie du réel au Canada.  

Il lui sera néanmoins impératif de pouvoir s’exprimer dans les deux langues officielles du pays dont elle sera, après tout, la cheffe d’État.

Cela dit, sa mission première, même dans un éventuel français timide, sera celle de la réconciliation et du dialogue. Très franchement, ce sera déjà beaucoup.