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Génocide culturel ou génocide tout court?

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Photo AFP « Le drame autochtone, parfaitement indiscutable, devrait être campé avec autant de rigueur que les autres tragédies. »

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Le drame autochtone justifie un profond examen de conscience et une réécriture plus conforme aux faits de l’histoire du Canada.

Si l’émotion est compréhensible, elle ne justifie cependant pas les exagérations. 

Parmi les exagérations, il y a celle de qualifier cette tragédie de génocide pur et simple.

C’est tout sauf un détail.

Mots

Je peux comprendre qu’un chroniqueur ou un étudiant woke, voulant absolument être dans l’air du temps, verse dans l’hyperbole.

Il est infiniment plus troublant que la Société historique du Canada, regroupement d’historiens de métier, qualifie, elle aussi, le drame autochtone de génocide sans autre précision.

L’historien se veut un scientifique. S’il devient militant, qu’il nous avise de son changement de rôle.

En 2015, le rapport final de la Commission de vérité et réconciliation du Canada qualifiait de « génocide culturel » le traitement réservé aux peuples autochtones.

Par génocide culturel, on voulait dire que le but visé par les gouvernements fédéraux successifs fut d’assimiler les peuples autochtones contre leur gré.

On voulait éradiquer leurs cultures, leur caractère distinct, pour en faire des Canadiens comme les autres.

Comment ? En les arrachant à leurs familles pour les scolariser « de la bonne façon ».

Cruel ? Insensible ? Inconcevable de nos jours ? Absolument, mais conforme aux mœurs coloniales et condescendantes de l’époque.

Les esprits avant-gardistes qui, jadis, dénoncèrent cela étaient peu nombreux, marginaux, sans influence.

Les communautés religieuses, elles, appliquaient les politiques « éducatives » fixées par Ottawa. 

Jamais le rapport de 2015 ne va jusqu’à qualifier de génocide pur et simple le drame autochtone, alors que ses auteurs savaient déjà ce que vous et moi apprenons ces jours-ci.

Le cas type du génocide pur et simple est évidemment l’Holocauste, c’est-à-dire la volonté affichée, planifiée, exécutée par les nazis de perpétrer le meurtre collectif de tout le peuple juif.

Les pensionnats étaient assurément sordides, comme le furent souvent aussi les orphelinats, mais ce n’étaient pas des camps de concentration où des obsédés de pureté biologique pratiquaient l’extermination de masse à l’échelle industrielle.

Autres exemples de génocides purs et simples : celui des Tutsis du Rwanda, qualifiés de « cafards » par leurs bourreaux hutus, et celui des Arméniens par l’Empire ottoman.

On liquida à coups de machettes entre 500 000 et 800 000 Tutsis... en trois mois.

En 18 mois, entre le printemps 1915 et l’automne 1916, Ankara extermina de 1,2 à 1,5 million d’Arméniens, soit les deux tiers de tous ceux vivant sur le territoire de l’actuelle Turquie.

Assassiner est une chose, assimiler en est une autre.

Oui, il y eut des décès infiniment tristes dans ces pensionnats, mais la Commission de 2015 met notamment en lumière l’impact dévastateur de la tuberculose jusqu’à l’apparition des vaccins.

Rigueur

Ces distinctions sont-elles futiles ? Je ne crois pas.

Les mots visent à représenter la réalité. 

Mal camper la réalité augmente les chances de ne pas poser les bons gestes. 

Le drame autochtone, parfaitement indiscutable, devrait donc être campé avec autant de rigueur que les autres tragédies.