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Enquête sur l’assassinat du président haïtien: «Il y a une impression d’anguille sous roche»

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L’envoyé spécial de TVA Nouvelles à Haïti a fait partie du premier vol commercial à atterrir dans la perle des Antilles vendredi matin, après que l’aéroport de Port-au-Prince eut été fermé pendant 72 heures à la suite de l’assassinat du président Jovenel Moïse.

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En arrivant sur le terrain, les Haïtiens qu’il a rencontrés l’ont rapidement informé du climat de tension.

«Ce n’est pas le temps pour les blancs d’aller se promener par exemple dans le quartier Jalousie où ont été interceptés des mercenaires», a-t-on expliqué au journaliste d’expérience.

capture d'écran | TVA Nouvelles

C’est que plusieurs Haïtiens déplorent une intervention qu’ils croient étrangère dans l’assassinat de Jovenel Moïse. Par qui et pour quelles raisons l’attentat a-t-il été commandé? Personne n’a pu répondre à ces questions pour l’instant.

Le président Moïse, qui était contesté, a été tué dans sa maison dans la nuit du 6 au 7 juillet lors d’une attaque. Sa femme a été grièvement blessée. Elle a été transférée depuis à Miami.  

«Beaucoup de présidents ont beaucoup d’ennemis, mais le fait qu’il se soit fait assassiner dans sa résidence, et dit-on d’un corps étranger, c’est questionnable», a précisé en entrevue Ivanka Brutus-Jolicoeur, ex-mairesse de Pétion-Ville.

«On n’a pas encore de réponse précise, ce qui laisse un champ ouvert à plusieurs interprétations», a-t-elle ajouté. 

  • Écoutez Félix Séguin en direct de Port-au-Prince sur QUB radio:    

Sur toutes les lèvres, une question demeure: comment se fait-il que la police haïtienne ait réussi à capturer autant de mercenaires en quelques heures seulement alors que plusieurs Haïtiens jugent que la police est désorganisée, rapporte la presse haïtienne.

capture d'écran | TVA Nouvelles

«La police a de la difficulté à traduire en justice les coupables de certains actes criminels, de tueries, dont l’une qui a fait 15 morts il y a deux semaines. La justice a de la difficulté à mener à terme les procès. Comment se fait-il, disent les gens ici, que quelques heures après l’assassinat on avait déjà ciblé les suspects?» a détaillé Félix Séguin.

«Il y a une impression d’anguille sous roche», a-t-il ajouté.

Au-delà de l’enquête policière, la situation est à la limite de la tension dans la capitale. Les commerces demeuraient généralement fermés vendredi et les files d’attente pour obtenir de l’essence étaient longues.

Au cours des derniers mois, près de 14 000 personnes à Port-au-Prince ont dû être déplacées en raison de l’insécurité, de la violence, du pillage et des enlèvements contre rançon.

Des mercenaires ont supplié des enfants de les cacher   

L’enquête sur l’assassinat du président haïtien Jovenel Moïse avance rapidement, mais demeure néanmoins complexe, a constaté vendredi matin l’envoyé spécial de TVA Nouvelles en Haïti, Félix Séguin.

Arrivé au petit matin, le reporter s’est rendu dans le quartier Jalousie, de Pétion-Ville, dans la maison même où une partie des membres du commando qui aurait exécuté le président, dans la nuit de mardi à mercredi, a été cueillie.

Plantée à flanc de montage, la résidence trône au-dessus de Port-au-Prince, la capitale du pays.

Selon les témoins rencontrés sur place par notre journaliste, deux mercenaires impliqués dans l’attaque ont dévalé la montagne pour trouver refuge dans la maison. Ces deux suspects auraient imploré des enfants qui étaient sur place de les cacher. Ils ne parlaient pas le créole haïtien, provoquant la méfiance.

Ce sont des gens du quartier qui auraient alerté les autorités de la présence de ces individus.

Jusqu’à présent, 28 personnes ont été arrêtées et sont suspectées de faire partie de ce vaste complot pour tuer le président haïtien contesté.

D'autres mercenaires auraient été découverts retranchés dans un ancien commerce qui semble abandonné. Ce lieu aurait déjà appartenu, selon des médias haïtiens, à une responsable d'un organisme soupçonnée d'avoir trempé dans certaines combines louches dans le passé.

«C'est là où il y a eu un échange de coups de feu assez impressionnant. Ce qu'on a vu: vitrines fracassées, douilles, projectiles un peu partout. Des projectiles, il y en avait des centaines, on en retrouve partout près de ce commerce-là. Les murs sont criblés de balles. C'est ce qui s'est passé 24 heures plus ou moins après l'assassinat», a relaté Félix Séguin.

Sur ces 28, 26 mercenaires seraient d’origine colombienne, a assuré le chef de la police haïtienne. Certains autres seraient des Américains d’origine haïtienne, dont un qui aurait travaillé à l’ambassade canadienne en Haïti.