/news/currentevents
Navigation

La suspecte intéressée par une culture de pot

Les policiers ont inventé un scénario pour extirper des aveux à une femme dans un dossier de double meurtre

Centre judiciaire Gouin
Photos Chantal Poirier et d’archives Les deux accusés, Guy Dion et Marie-Josée Viau (sans masque en mortaise), à leur arrivée au Centre judiciaire Gouin, mardi.

Coup d'oeil sur cet article

Des agents d’infiltration qui cherchaient à obtenir les aveux d’une femme soupçonnée d’avoir participé à l’assassinat de deux frères ont créé un scénario digne d’un polar, en lui faisant miroiter une implication comme comptable dans un projet de cannabis.

• À lire aussi: Procès de Guy Dion et Marie-Josée Viau: un délateur a confessé trois meurtres et se sentait mal

• À lire aussi: Meurtres: le délateur disait avoir été victime de tentatives de meurtre

« Cela a été un des fils conducteurs [afin de la coincer] », a témoigné vendredi le sergent Stéphane Malenfant au procès de Marie-Josée Viau et de Guy Dion, au Centre judiciaire Gouin à Montréal.

Le couple subit présentement son procès pour avoir participé en juin 2016 aux meurtres des frères Vincenzo et Giuseppe Falduto, à leur domicile de Saint-Jude, en Montérégie.

Les accusés de 45 et 49 ans auraient ensuite incinéré les cadavres dans leur cour, effaçant ainsi toutes traces des crimes.

Précieux délateur

Or, si les policiers nageaient d’abord en plein mystère, les enquêteurs ont reçu une aide inespérée trois ans plus tard quand l’assassin, un tueur à gages de la mafia, s’est rendu afin de devenir délateur.

En échange, il réclamait de la protection et de l’aide psychiatrique, entre autres.

Grâce à un agent double, la Sûreté du Québec a alors mis en place une opération digne d’un polar ou d’un scénario de film. Le but était d’utiliser le tueur devenu agent civil d’infiltration, de l’équiper de micros et de caméras, et d’obtenir des déclarations incriminantes du couple.

Une première rencontre s’est ainsi déroulée dans un restaurant de la Montérégie où travaillait Marie-Josée Viau, a expliqué le sergent Malenfant.

Et si le prétendu projet de culture de cannabis n’avait rien à voir avec la mort des frères Falduto, il était important pour les policiers de trouver un prétexte pour « garder l’intérêt » de Viau à revoir les agents d’infiltration.

« Il y a eu deux scénarios [au restaurant] », a affirmé au jury le témoin, qui en était à son quatrième jour à la barre vendredi.

Sur 17 scénarios élaborés par les autorités, cinq impliquaient Viau et Dion. Mais tout comme dans les romans policiers, le sergent s’est toutefois gardé de livrer davantage de détails de l’opération au jury. 

Écoute électronique

Le suspense sera donc maintenu jusqu’à ce que les jurés puissent entendre le fruit de l’écoute électronique.

Au début du procès, la Couronne avait affirmé qu’on y entendrait Guy Dion déclarer avoir « fait ce qui lui a été demandé » ou encore le couple expliquer le nombre de cordes de bois et de bidons d’essence utilisés afin d’incinérer les corps des frères Falduto.

Le délateur n’était pas toujours facile à gérer pour la SQ  

Gérer l’assassin des frères Falduto devenu une taupe de la Sûreté du Québec n’a pas été un jeu d’enfant, entre ses menaces de tuer des gens et son exorbitante consommation quotidienne de cannabis.

« De 30 grammes par jour [sa consommation] est montée à 60 grammes », a affirmé l’avocate de la défense Me Mylène Lareau, vendredi au procès de Marie-Josée Viau et Guy Dion, tandis que sa collègue Me Nellie Benoît suggérait que 30 grammes de pot correspondaient à l’équivalent de 100 joints.

Bombardant le sergent superviseur Stéphane Malenfant, la criminaliste lui a ainsi fait confirmer que durant les neuf mois où le délateur a travaillé pour coincer les accusés, la police lui achetait aussi du papier à rouler, en plus de le laisser se préparer des brownies au pot.

« [Le cannabis] est légal », a toutefois rappelé le témoin.

Et en plus d’être de toute évidence souvent intoxiqué, le délateur pouvait entrer dans des sortes de crises difficiles à gérer, a convenu le sergent alors qu’il répondait aux questions de l’avocate de la défense.

« Faut pas penser qu’on va le convaincre avec des arguments rationnels, [avec lui] il faut penser différemment », a-t-il expliqué au jury.

Ainsi, il est arrivé un moment où le délateur s’est mis à menacer de tuer une femme qui lui aurait transmis une maladie vénérienne, ou encore des gens qui l’auraient agressé sexuellement.

Il a également fallu le rassurer, quand il s’est mis à croire que l’opération visant à coincer ses complices allégués en était une pour l’incriminer lui-même.

Laisser le poisson se fatiguer

Et pour ce faire, le sergent a expliqué que son équipe avait développé une méthode, expliquée par une analogie de pêche. « Pour les gens qui vont à la pêche avec une petite ligne et qu’un gros poisson mord, il ne faut pas tirer trop vite, a-t-il illustré. Il faut laisser [le poisson] se fatiguer, et il va devenir calme. »

Cette méthode de « le laisser ventiler sans répondre et de le laisser parler » a été utilisée à plusieurs reprises, a-t-il affirmé. Et cela semble avoir fonctionné, puisque Viau et Dion ont finalement été accusés de meurtres et de complot pour meurtre.


Les audiences se poursuivent lundi.

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.