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Passeport vaccinal: le flou stratégique...

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CAPTURE D’ÉCRAN, TVA NOUVELLES Hier, le gouvernement s’est contenté d’agiter un bâton.

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Christian Dubé a été plutôt habile hier, en présentant sa vision du « passeport vaccinal ».

Le ministre de la Santé l’a agité comme un bâton lointain, dont il dit souhaiter « ne pas avoir besoin ». Son but premier : convaincre les Québécois non encore « doubledosés », et plus précisément les jeunes, à se faire vacciner d’ici septembre.

Il respecte ainsi, en définitive, le souhait du Comité d’éthique de la Santé publique (CESP), qui écrivait, en conclusion d’un avis sur le passeport d’immunisation (PI) : « Le CESP n’émet pas de recommandation, outre celle de conclure que le PI pourrait faire partie des outils dont disposent les autorités pour poursuivre le déconfinement. »

Ces types de preuves, insistait le CESP, « ne sont pas une panacée », à part dans le domaine des voyages.

Imprécis

Stratégiquement sans doute, le ministre demeura imprécis. Quand le passeport entrerait-il en vigueur au Québec ? Autour du 1er septembre ; si et seulement si la situation sanitaire en venait à se dégrader. Quel serait le seuil au-delà duquel on l’exigerait ? Il n’y a pas « de chiffres magiques », a répondu Horacio Arruda. Le ministre a souligné quant à lui la difficulté de prédire la « virulence » des variants à venir. Bref, on est dans le cirage, ce que Christian Dubé a admis d’ailleurs : « On va raffiner les choses. »

Peu radical

Le flou ne s’arrête pas là : le gouvernement a aussi choisi de diluer le champ d’application d’un éventuel passeport. Il pourrait être exigé uniquement pour les activités « non essentielles ».

Passeport bien peu radical, donc. Mais qui fait peur malgré tout. Sur les réseaux hier, un ancien candidat d’un parti représenté à l’Assemblée nationale dénonçait une mesure « nazie » !

Dans un registre beaucoup plus raisonnable, Vincent Marissal, de Québec solidaire, écrivait sur Twitter que le passeport « ne doit pas devenir un outil de chantage ou de discrimination ». Il faisait valoir ceci : « Il serait inquiétant que des propriétaires exigent une preuve vaccinale pour avoir accès à un logement ou encore des employeurs pour un milieu de travail. »

Or, comme l’admettait le député lui-même, le PI présenté hier par le gouvernement « n’a pas été créé pour ça », mais bien pour des activités « non essentielles ».

Joint au téléphone hier, M. Marissal convenait que le terme de « chantage », utilisé dans son Tweet, était « peut-être un peu fort ». Mais il insista : le ministre devra se montrer beaucoup plus précis dans sa définition des « activités non essentielles ».

Certes, nous devons toujours nous montrer vigilants face à de potentielles violations des droits. En même temps, aucun droit n’est absolu. En certaines circonstances, l’État peut les limiter de manière raisonnable, démocratique.

Notamment parce que les droits s’entrechoquent : refuser le vaccin n’est pas un choix strictement personnel. Il peut mettre à risque les droits des autres citoyens, des autres travailleurs, à la santé, à la vie. Pour cette raison, l’Ontario impose « l’immunisation obligatoire » à l’école pour huit maladies.

En somme, un passeport vaccinal bien conçu, à usage « balisé », pourrait être utile, d’autant plus qu’il nous éviterait des confinements bien plus liberticides.

Mais hier, le gouvernement s’est contenté d’agiter un bâton en précisant que si jamais il en venait à l’utiliser, il ne frapperait ni fort ni indistinctement.