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Au royaume des fanatiques de la réparation

Vector of a repair man holding toolbox
Illustration Adobe Stock

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C’est en touriste que j’ai joint il y a plusieurs mois un groupe Facebook dédié à la réparation des objets du quotidien : Touski s’répare. On s’y échange des conseils et des recommandations. Si vous vous demandez comment ramancher une poignée de porte brisée ou ramener à la vie une vieille tondeuse, c’est la place.

En touriste, parce que vous devriez voir mon coffre à outils : une collection d’instruments disparates que le monde a oubliés chez nous au fil des ans. 

Je me débrouille pour certaines tâches de base qui nécessitent un tournevis, un marteau et un ruban à mesurer. Je peux monter un meuble Ikea, disons, mais aucune chance que vous me voyiez un jour penché sur un banc de scie ou en train de flâner au rayon de la plomberie.

Un site divertissant

En touriste, disais-je, parce que je fréquente le groupe en spectateur amusé. Je ne sollicite pas d’avis et je n’ai surtout rien à offrir en matière de conseils. Je me surprends à défiler les discussions du groupe durant de longs moments. Il faut dire que Touski s’répare offre un mélange de contenu utile et divertissant qui ferait l’envie de bien des chaînes de télé.

Je souris en passant à cette dame à la recherche d’une solution pour éliminer l’odeur de clope qui imprègne un matelas, ou encore à cet autre membre qui voulait savoir comment remettre en état un divan en « cuirette » qui pèle comme une peau de serpent en mue. Il y a une limite à retaper des objets et la communauté ne manque pas de l’exprimer gentiment en montrant la direction d’un Écocentre.

Il y en a pour qui l’option de la poubelle ne leur vient pas spontanément, on aurait tous intérêt à s’en inspirer. Cette semaine, une bricoleuse se demandait comment récupérer une roulette de ruban adhésif abîmée sur un côté par l’humidité, elle était incapable d’en dérouler un morceau sans le déchirer (le genre de petite contrariété qui me met dans une humeur semblable à celle d’un Martin Matte exécutant une tâche manuelle). J’avais envie de lui répondre de ne pas embêter les gens avec ça et d’aller s’en acheter une autre, mais des participants plus constructifs lui ont proposé des solutions, si bien qu’elle a pu réutiliser sa bobine de tape

J’y ai appris des astuces utiles. J’en suis presque impatient de voir un truc péter dans la maison pour les mettre à l’essai. J’ai noté une forte récurrence pour les questions de récurage : comment faire partir les taches sur un divan, faire disparaître un cerne incrusté sur une table en bois ou redonner son lustre à de l’acier inoxydable, vous voyez le genre. J’ai découvert que le vinaigre et le bicarbonate de soude faisaient des miracles ; je crains toutefois qu’on ne leur prête des vertus exagérées, comme à la Sainte Vierge.

Pas de condescendance

Une sorte de candeur anime les participants. Ça aussi, ça amuse et décomplexe le touriste. Un type, l’autre jour, demandait s’il courait le risque de s’électrocuter en effectuant telle manœuvre ; beaucoup de requêtes commencent par « je suis zéro manuel », par crainte de l’auteur de poser une question « niaiseuse ». C’est rare qu’un problème ne trouve pas de réponse, je n’en ai jamais vu de condescendante, et le ton demeure bon enfant et sympathique.

On trouve aussi des recommandations de fournisseurs de pièces et de professionnels pour des travaux costauds.

Touski s’répare compte plus de 39 000 membres, un nombre considérable, dont beaucoup de participants très actifs et avertis identifiés par un pictogramme.

Réparer plutôt qu’acheter

On fait toute une histoire avec ce qu’on appelle l’« obsolescence programmée », cette pratique plus ou moins intentionnelle des fabricants visant à réduire la durée de vie de leurs produits pour nous inciter à les remplacer plus fréquemment.

Ça n’a rien d’un mythe, mais il faut reconnaître que ça fait souvent notre affaire. Quand il semble avoir rendu l’âme, on ne prend même plus la peine de se demander si l’appareil peut être réparé. On préfère en acheter de nouveaux, plus grands, plus beaux, avec plus de fonctions pour rendre plus jaloux le voisin.

C’est un peu nono, d’autant que ça coûte cher, que ça remplit les dépotoirs et que le plaisir d’accueillir une nouvelle patente dans la maison se dissipe en quelques jours.

Le mouvement reste encore timide, mais grâce à des initiatives comme Touski s’répare, il se forme autour de cet enjeu un noyau dur, une communauté de réparateurs enthousiastes.

Il reste à casser quelque chose de malheureusement très durable : nos vieux réflexes de consommateurs.