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De la toundra québécoise à Rideau Hall

CANADA-SEALS/
Photo d'archives, REUTERS Mary Simon est l’une des leaders autochtones ayant prononcé un discours de réponse à la Chambre des communes devant Stephen Harper, en 2008, lors des excuses officielles pour les pensionnats autochtones.

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Son ton est mesuré, calme, mais ferme. 

Nous sommes en 1983. 

Une jeune femme inuite tient tête au premier ministre Pierre Elliott Trudeau dans un échange lors d’une conférence constitutionnelle sur les droits des Autochtones. 

Cette représentante des peuples inuits réclame que les lois canadiennes spécifient que les femmes autochtones peuvent elles aussi, au même titre que les hommes, transmettre leur statut à leur enfant.

L’histoire retiendra que c’est seulement en 2019 que cette demande est devenue réalité. 

Cette femme, Mary Simon, sera la première Autochtone à occuper le poste de gouverneure générale. Sa nomination a fait le tour du monde.

L’épisode avec PET rappelle que les combats autochtones sont souvent longs et ardus. Il révèle aussi le modus operandi de cette militante et diplomate « attachante ».

« Elle est directe et très terre à terre, elle a un grand cœur et elle ne se prend pas pour une vedette », me confie une de ses meilleures amies, Marianne Stenbaek, qui enseigne les sciences de la culture au Département d’anglais de l’Université McGill.

« Elle est une vraie diplomate, elle ne cherche pas la confrontation, elle tire le meilleur parti des situations. »

À Rideau Hall, Mary Simon ne risque pas de « faire quoi que ce soit de stupide », badine Mme Stenbaeck.

Un pont entre les cultures 

C’est peut-être pour cette raison que le nom de Mme Simon est à peu près inconnu à l’extérieur des cercles autochtones et politiques. 

Mary Simon n’a pas l’habitude des déclarations fracassantes. Son travail est minutieux et de longue haleine. Elle a connu une brillante carrière durant laquelle elle a représenté avec aplomb dans de nombreuses instances nationales et internationales ses frères et sœurs autochtones et inuits. 

Instances qu’elle a parfois aidé à fonder. 

Née à Kangiqsualujjuaq sur les rives de la rivière George d’un père blanc et d’une mère inuite, Mary Simon dit avoir grandi deux fois, d’abord au nord, puis plus tard, au sud.

Aujourd’hui âgée de 73 ans, Mme Simon a vécu les six premières années de sa vie à la manière traditionnelle des Inuits.

Elle a grandi dans une tente, a appris à chasser, à pêcher ainsi que la cueillette des petits fruits dans la baie d’Ungava.

Elle ne parlait à l’époque que l’inuktitut, que maîtrisait aussi son père, Bob May, qui a travaillé dans le commerce de la fourrure pour la Compagnie de la Baie d’Hudson.

Son contact avec l’anglais s’est produit plus tard à l’école primaire, un externat fédéral qui interdisait l’apprentissage du français. 

Ombre au tableau

C’est ce qui justifie, selon elle, le fait qu’elle ne s’exprime pas dans les deux langues officielles. L’explication est un peu courte.

Mme Simon a notamment été ambassadrice canadienne au Danemark de 1999 à 2001. Et son nom a abondamment circulé il y a 10 ans pour remplacer Michaëlle Jean au poste de gouverneure générale.  

À 73 ans, elle promet aujourd’hui de s’y mettre sérieusement. On peut se demander pourquoi elle n’a pas cru bon de s’y mettre avant.

Ultimement, Justin Trudeau est responsable de cette gifle aux francophones du pays. Au sein même de son parti, plusieurs libéraux m’ont exprimé leur malaise. 

Il n’en reste pas moins que Mary Simon a reçu l’Ordre national du Québec en 1992, pour avoir « d’une manière efficace [...] créé un pont entre le Nord et le Sud du Québec ».

Son apport au développement et à la protection du Nord québécois est indéniable.  

Son apport à la réconciliation passée et présente aussi.