/world
Navigation

Haïti se trouve «au point de rupture»

Coup d'oeil sur cet article

Haïti pourrait atteindre le point de rupture lundi, alors que de grandes manifestations se préparent dans le pays, plus de quatre jours après l’assassinat du président Jovenel Moïse dans sa demeure.

«On pourrait bien voir le pays sombrer encore un peu plus dans le chaos, et c’est pour ça que l’ambiance est généralement à l’insécurité», indique le journaliste Félix Séguin, envoyé spécial de TVA Nouvelles en Haïti. 

Plusieurs marches improvisées ont eu lieu au cours de la journée d’hier en Haïti pour dénoncer la possible implication d’acteurs clés de l’État haïtien dans l’exécution du président.

«On est en attente de ce point de bascule, et on ne sait pas de quel côté la pendule va aller», relate le journaliste. 

Un ancien policier corrompu recyclé en chef de gang, nommé «Barbecue», a d’ailleurs lancé un appel à la manifestation lundi. 

Étant le criminel le plus influent du pays, sa parole résonne au sein d'une large tranche de la population. 

«Ça n’augure rien de bon», croit Félix Séguin.

Ruptures

Il explique aussi que plusieurs produits essentiels font face à des ruptures de stock, ou ne seront pas disponibles en quantité suffisante pendant encore bien longtemps. 

Notamment, le charbon pour cuire les aliments et le pétrole, dont les prix ont augmenté de manière exponentielle, contribuant au climat d’instabilité régnant sur la perle des Antilles. 

D'ailleurs, Félix Séguin dit avoir entendu plusieurs coups de feu près de son hôtel au cours de la nuit de samedi à dimanche, à Pétion-Ville. 

«On sent cette forme de tension, d’insécurité, mais surtout cette forme d’inconnu», soutient l’envoyé spécial. 

L’enquête toujours en cours

Toute cette situation dure depuis l’exécution du président Moïse dans la nuit du 6 au 7 juillet. C’est un commando qui aurait fait irruption dans la résidence de M. Moïse avant de l’abattre. Depuis, plusieurs informations ont circulé, et des doutes sur les compétences de la police haïtienne ont commencé à faire surface. 

Des enquêteurs colombiens sont arrivés au pays samedi avec l’intention de prêter main-forte aux enquêteurs haïtiens. 

Des agents du FBI et du département de la Sécurité intérieure des États-Unis sont aussi attendus prochainement. 

Présidence provisoire

Selon le journaliste, des jeux de coulisses semblent se mettre en place pour que la présidence provisoire du pays soit assurée par le sénateur Joseph Lambert, et ce, jusqu’en 2023. Après quoi, des élections devraient avoir lieu. 

Félix Séguin rapporte même que de l’aide aurait été demandée à Washington pour mettre ce plan à exécution. 

Ainsi, selon lui, il n’y aurait pas d’élection libre en Haïti avant la fin de l’année, «ce qui est un non-sens, selon la communauté internationale». 

Le mystère persiste

Toutefois, le mystère autour de la mort de Jovenel Moïse reste entier. Il est impossible de savoir, pour l’instant, qui serait derrière cette exécution. 

Les informations connues jusqu’à présent évoquent cependant l’implication de mercenaires colombiens dans l’assassinat du président. 

«Il y a par contre plusieurs couches d’information qui s’ajoutent sur les précédentes», affirme Félix Séguin. 

La justice haïtienne doit entendre lundi et mardi le chef de la sécurité du président Moïse, Dimitri Hérard, mais plusieurs doutent qu’il se présente au tribunal. 

Celui-ci aurait fait plusieurs voyages en Colombie, dont un qui coïnciderait avec l’envoi des mercenaires en Haïti. Il sera donc intéressant d’entendre sa version des faits.

«Dimitri Hérard devient donc la clé de voûte dans cette affaire de complot qui prend des allures de coup d’État, mais aussi malheureusement des allures romanesques», souligne Félix Séguin.