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Le dernier été de la chancelière

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Photo AFP Angela Merkel

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L’homme et la femme les plus influents de la planète se rencontreront la semaine prochaine, lorsque Joe Biden accueillera Angela Merkel, la chancelière allemande, à la Maison-Blanche. Si on peut remettre en question la première place de Biden – Vladimir Poutine, Xi Jinping et Donald Trump ne s’en gêneraient certainement pas – personne ne conteste la domination de Merkel.

Seize ans plus tard, une fois que les Allemands auront tenu leurs élections en septembre prochain, Angela Merkel quittera son poste de chancelière. Celle qui, au départ, apparaissait comme la plus insignifiante et la moins charismatique des potentielles dirigeantes de la 4e économie mondiale sera ultimement parvenue à maintenir son pays à flot à travers un enchaînement étourdissant de tempêtes.

L’Allemagne, comme toutes les économies occidentales, a été frappée de plein fouet par la grande récession de 2008. La crise de la dette dans la zone euro qui s’est ensuivie a tendu au maximum les relations entre pays de l’Union européenne. L’invasion de la Crimée ukrainienne par la Russie en 2014 a conduit à des sanctions contre Moscou qui tiennent toujours.

« Nous pouvons le faire ! »

C’est sa réaction toutefois aux conséquences de la guerre civile en Syrie qui distinguera à jamais Angela Merkel comme Bundeskanzlerin. Au moment où les capitales européennes se demandaient, terrifiées, comment répondre à l’afflux massif et incessant de réfugiés syriens, elle ouvrait les portes de l’Allemagne à plus d’un million d’entre eux.

Convaincant ses compatriotes qu’ils « pouvaient le faire », l’intégration de l’immense majorité de ces réfugiés a rajeuni et redynamisé l’économie allemande, bien que ceux qui la connaissent affirment qu’une profonde conviction morale devant toute cette misère a aussi motivé sa décision.

Un verbe

Paradoxalement, ce ne sont pas les choix controversés de la chancelière qu’attaquent ses critiques, mais son indécision chronique. On lui reproche d’avoir trop souvent laissé s’étirer les crises et traîner les problèmes pour n’en venir qu’à faire le strict minimum afin d’éviter le chaos.

Les jeunes Allemands en ont même fait un verbe « merkeln », signifiant essentiellement « être incapable de prendre une décision ou de donner son opinion ». Parallèlement, elle reçoit constamment de mauvaises notes pour son attitude complaisante à l’égard de Viktor Orban en Hongrie et de Jaroslaw Kaczynski en Pologne, des leaders autoritaires. Le fait que les deux pays occupent l’arrière-cour manufacturière de l’Allemagne ne passe pas inaperçu.

Et c’est sans parler de la relation ambiguë qu’elle entretient avec Vladimir Poutine, avec qui elle a mené le controversé projet de pipeline Nord Stream 2 qui alimentera l’Allemagne en gaz naturel russe, en contournant l’Ukraine et le reste de l’Europe de l’Est.

Du calme, s’il vous plaît

On se plaît à décrire – à dénigrer parfois même – les Allemands comme organisés, trop ordonnés, si raisonnables. Clichés ou non, ils collent bien à la chancelière de 66 ans.

Ce ne sont pas des qualificatifs qui vous assurent une place dans les livres d’histoire, mais entre ça et l’imprévisibilité, l’incohérence et la confusion du pouvoir entre les mains de Bolsonaro au Brésil, Johnson au Royaume-Uni et jusqu’à récemment, Trump aux États-Unis, ils ont finalement été chanceux, les Allemands, d’avoir eu, pendant toutes ces années, une telle femme à la tête du pays.