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Un nouveau super-joujou de super-riches

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Photo AFP Richard Branson félicité par l’ancien astronaute canadien Chris Hadfield.

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Hier, le milliardaire Richard Branson a inauguré une ère nouvelle de tourisme spatial. Faut-il s’en réjouir ? Au-delà de l’exploit entrepreneurial, ce nouveau tourisme est plutôt le symptôme d’un effroyable gaspillage de ressources et de l’écart monstrueux entre les super-riches et les autres habitants de la planète.

Quand quelqu’un est prêt à dépenser 28 millions de dollars américains pour quelques minutes dans l’espace, c’est que cette personne a trop d’argent. Or, 28 millions de dollars, c’est le prix qu’un acheteur anonyme a payé pour s’envoler dans l’espace pendant 10 minutes aux côtés de Jeff Bezos, le 20 juillet prochain.

Les billets pour un voyage à bord du vaisseau de Branson sont moins chers. Sa compagnie a annoncé qu’ils coûteraient chacun environ 250 000 $ américains. Le prix d’une maison dans une petite ville. 

Ce prix reste hallucinant pour une petite balade de quelques minutes. Pourtant près de 600 personnes ont signalé leur intérêt.

On rétorquera que les gens peuvent dépenser leur argent comme ils le veulent. Absolument. Sauf que le prix du produit est indécent. Et surtout, il s’agit d’un immense gaspillage d’énergie pour un plaisir très éphémère.

En 2009, Guy Laliberté avait dépensé 42 millions pour passer 12 jours dans la station spatiale. Une aubaine en comparaison des prix pratiqués par Branson et Bezos. Mais surtout, l’argent de Laliberté a servi à financer les programmes spatiaux et donc de la recherche scientifique. 

En plus, Laliberté s’était soumis à un entraînement difficile et il avait appris le russe. 

Rien de tout cela dans ce nouveau tourisme spatial. Hormis quelques innovations marginales, l’argent sert d’abord et avant tout à enrichir Branson et Bezos. 

Julie ! Mon café !

Elon Musk se rapproche un peu de l’esprit de Laliberté. Dès janvier 2022, il expédiera trois richissimes touristes dans la Station spatiale internationale. 

On peut imaginer la scène. Julie ! Mon café est froid ! Julie ! La toilette est sale ! Julie ! Allez promener Fido ! Heureusement que Julie a bon caractère.

En réalité, les hôtels dans l’espace ou encore sur la Lune ne sont pas pour demain ni même pour après-
demain. Les prix pour s’envoyer en l’air dans l’espace ne sont pas près de baisser.

Les voyages touristiques dans l’espace restent pour le moment des outils de marketing qui servent à enrichir quelques milliardaires. 

Symbole lourd

Malheureusement, ces voyages sont aussi un triste symbole. 

Ils montrent des milliardaires avides d’échapper à une planète où les ressources manquent, où l’inégalité grandit et où les changements climatiques provoquent de plus en plus de catastrophes.

Plutôt que de mettre leur énergie à construire des joujoux pour super-riches avides de sensations fortes, les Bezos, Branson et Musk feraient mieux de concentrer leurs efforts sur les façons d’aider la planète. Mais il est vrai que travailler à sauver la planète rapporte moins d’argent et moins de visibilité.