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Mary Simon: la naïveté est vraiment infinie

CANADA-POLITICS/
Photo Reuters Mary Simon, gouverneure générale du Canada

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La naïveté peut prendre plusieurs formes.

Vous avez la naïveté qui consiste à croire tout ce qu’on vous dit.

Vous avez aussi la naïveté plus amusante de la personne qui se construit des récits farfelus dans sa tête pour consolider ses opinions. 

Sérieusement

Cette deuxième forme de naïveté est spectaculairement illustrée par certaines réactions à la nomination de Mary Simon à la fonction de gouverneure générale du Canada.

Wow ! Une Autochtone ! Quelle audace de Trudeau ! Quel grand moment historique ! Quelle occasion de repartir à neuf ! C’est le début d’un temps nouveau ! 

Parce que Mme Simon est autochtone, tout le reste devient secondaire...

On voit de l’audace dans ce qui n’est qu’une manœuvre électoraliste, à peu de risques, de Justin Trudeau.

On voit un grand moment historique... comme lors de la nomination de Michaëlle Jean, de triste mémoire, dont la seule caractéristique notable était d’être issue de ce qu’on appelle une « minorité visible ».

Au Canada, voyez-vous, la couleur de la peau et l’origine ethnique sont moins des hasards qui ne disent rien sur l’individu que des qualités recherchées, pour autant qu’elles soient minoritaires.

Parce que Mme Simon est autochtone, le fait qu’elle ne parle pas un traître mot de français devient aussi un détail. 

Imaginez les réactions, à Toronto, si on avait nommé une personne dont le bilinguisme exclurait l’anglais. 

Mais c’est vrai, j’oubliais, comme on aime nous le rappeler, les élites médiatiques torontoises ne sont pas représentatives de ce Canada anglais qui, dans ses profondeurs, nous « aîîîîme »...

Et il est vrai que le Canada, c’est tout de même mieux que Haïti. 

Sérieusement, si vous pensez qu’à 73 ans, Mme Simon va se mettre à l’apprentissage du français, vous êtes de ceux qui croyaient les joueurs du Canadien quand ils disaient la même chose... jadis.

Dans leur cas, ce n’est plus nécessaire de faire semblant.

On entend que Mme Simon pourrait (enfin !) changer les choses.

Redescendons sur Terre et voyons sa feuille de route : Société Makivik, Convention de la Baie-James et du Nord québécois, ambassadrice du Canada au Danemark.

C’est très bien, bravo, mais vous pensez qu’elle a obtenu ces postes en secouant la cage, en disant des choses déplaisantes, en faisant le contraire de ce qui était attendu ?

Mme Simon a joué le jeu du système en place, avec ses bons et ses mauvais côtés, ses limites et ses possibilités. 

Ce n’est pas un reproche, mais un constat. Et elle se mettrait maintenant à brasser le pommier ?

Discrétion

Je soupçonne même qu’après les frasques de Julie Payette et de Michaëlle Jean, le cabinet Trudeau s’est assuré de nommer une personne qui ne sera pas un autre cas lourd à gérer.

Au mieux, nous aurons droit, entre deux cérémonies protocolaires, à des discours sur la persévérance scolaire, les dangers de la toxicomanie et les injustices du passé.

Au Canada, quand la fonction de gouverneur général fait parler d’elle, c’est pour les mauvaises raisons.