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Sauver la soldate Simon

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D’une mer à l’autre, l’incapacité de Mary Simon, prochaine gouverneure générale (GG), à parler l’une des deux langues officielles du pays dont elle sera la cheffe d’État continue à faire couler beaucoup d’encre. 

La nomination par Justin Trudeau d’une Québécoise née au Nunavik d’une mère inuite et d’un père anglais, doublée d’une impressionnante et longue carrière, est tout d’abord un moment historique. 

Au moment même où les Canadiens prennent conscience des politiques génocidaires de leur pays envers les Premières Nations, Mary Simon ouvre en effet la voie à une réconciliation jusqu’ici fort mal engagée.

Il reste néanmoins cette carence linguistique majeure. Mary Simon parle l’anglais et l’inuktitut, sa langue maternelle, mais, une fois adulte, elle n’a jamais appris le français.

En tant que GG, il lui sera pourtant impératif de pouvoir s’exprimer clairement dans les deux langues officielles du pays. Ses fonctions solennelles de représentation, ici comme à l’étranger, l’exigeront aussi. 

Là-dessus, je persiste cependant. Mme Simon s’est engagée à apprendre le français. Force est de lui laisser la chance de le faire. Cela n’éloigne pas pour autant quelques questions hypothétiques, mais pertinentes. 

Et si elle ne réussit pas ?  

À commencer par celle-ci. Qu’arriverait-il si, à bientôt 74 ans, Mme Simon ne réussissait pas à tenir sa promesse dans un délai raisonnable ? Que ferait le premier ministre Trudeau ? Y a-t-il réfléchi ? 

Reconnaissant lui-même la fragilité du français partout dans le pays, pourrait-il risquer alors de laisser en poste une cheffe d’État incapable de le parler ? Serait-il prêt aussi à risquer un tel précédent ? 

Si oui, que dirait-il aux Québécois et aux Franco-Canadiens ? Que de nommer une GG incapable de parler l’anglais eût été impensable, mais que le français, lui, ne compte plus ? 

Qui plus est, la réconciliation entre les Premières Nations et la société canadienne est beaucoup trop importante pour ne pas y inviter les francophones à part entière.  

N’y avait-il pas moyen non plus de nommer une personne autochtone, métisse ou inuite, hautement qualifiée et connaissant les deux langues officielles en plus de sa langue maternelle ?

Dans ce pays, il ne manque pourtant pas de candidats de haute voltige à la fois issus des premiers peuples et trilingues.

Sauver la soldate Simon

Or, la nomination est faite. Parce que les enjeux sont immenses, il faudra tenter de « sauver », si je puis dire, la soldate Simon. En premier lieu, par elle-même. 

Mme Simon devra prendre tous les moyens nécessaires pour maîtriser la langue française. Déjà bilingue inuktitut-anglais et un esprit brillant, Mme Simon en est capable. À condition qu’elle en accepte le caractère non négociable.  

Ses compétences exceptionnelles l’exigent tout autant. Mme Simon fut présidente de la Société Makivik. Une des personnes artisanes de la Convention de la Baie-James. Officière de l’Ordre national du Québec.

Diplomate de haut rang en 1981, elle était même aux côtés de René Lévesque pour les négociations touchant les traités et droits ancestraux. Et toujours, avec brio, Mary Simon a su défendre les droits des Inuits et Premières Nations. 

Bref, souhaitons-nous qu’elle réussisse tout aussi bien à apprendre le français. Pour tout dire, son échec n’est pas une option. 

Sinon, à terme, elle devra quitter le poste. Ce qui, pour la suite des choses, serait une grande perte.