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Des commerçants inscrits sur une liste antimasque à leur insu

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Des commerçants sont furieux de se retrouver, sans leur consentement, sur une carte interactive en circulation sur le Web, qui prétend recenser les entreprises tolérant les clients ne portant pas de masque. À défaut de mieux, d’aucuns n’écartent pas aujourd’hui de recourir aux tribunaux. 

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Ces derniers jours, un groupe Facebook comptant maintenant plus de 57 000 membres a été créé avec pour objectif de mettre en évidence des entreprises où prétendument le masque ne serait plus nécessaire.   

Crédit Jean-Michel Genois Gagnon

Le Journal a contacté plusieurs dizaines d’enseignes mentionnées sur cette page ou figurant sur la carte interactive l’accompagnant. À notre surprise, la vaste majorité nous ont communiqué leur étonnement d’y constater leur présence, d’autant plus qu’ils disent continuer de croire au port du masque et n’avoir jamais autorisé une telle association.  

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C’est le cas, entre autres de Marc Bourassa, vice-président du marché alimentaire S. Bourassa du village de Saint-Sauveur, dans les Laurentides. C’est par le courriel d’une cliente mécontente que ce dernier a appris la mention du commerce familial sur cette carte.        

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« Tout à coup, on nous accusait à tort d’irresponsabilité et d’encourager les clients à ne pas porter de masque, explique-t-il. On ne comprenait pas ce qui se passait jusqu’à ce qu’on découvre notre nom sur cette carte. »  

Après avoir passé la soirée de lundi à tenter sans succès de faire retirer le nom de son établissement, le fils de la propriétaire s’est résolu à confier le mandat à un avocat. Mardi, une mise en demeure était envoyée aux responsables, et à sa grande surprise, le nom de son commerce était finalement retiré, peu avant 17 heures.  

« Je peux vous assurer que ce n’est pas une aventure agréable à gérer, dit M. Bourassa. Nous ne sommes pas en affaires pour ne pas respecter les lois; non plus pour nous retrouver associés, sans permission, à un mouvement auquel nous n’adhérons pas.»   

Sur la carte sans l’avoir demandé

Nous avons tenté de joindre la, le ou les responsables de cette carte circulant sur Facebook, afin de connaître la façon dont l’information était vérifiée avant d’être diffusée. Notre demande d’entretien est demeurée lettre morte.   

De Québec à Montréal, en passant par la plupart des régions de la province, des dizaines d’entreprises se sont retrouvées sur cette liste publique. Le Marché Jean-Talon à Québec, Sports Experts, Supermarché Avril, IGA, Metro, Normandin, Maxi, Dollarama, la Librairie Nelligan, une boutique Létourno, entre autres.   

Selon nos informations, obtenues des commerces eux-mêmes, il s’agirait majoritairement de clients qui auraient fourni l’adresse des établissements qui toléreraient les gens sans masque au responsable de la carte, et ce, sans obtenir leur approbation.   

«J’ai eu beaucoup de difficultés en fin de semaine dernière. Nous avons doublé nos efforts pour pouvoir dire aux gens de mettre leur masque. Il y a des personnes qui affirment qu’avec deux vaccins, elles ont maintenant le droit (...), ce qui est tout à fait faux», avance Patrick Lessard, propriétaire du Marché Jean-Talon.   

L’homme d’affaires assure appliquer les règles de la santé publique. Il n’était pas au courant que le Marché Jean-Talon se retrouvait sur cette liste, tout comme les directions des supermarchés Avril et de Floralies Jouvence.   

«Ce n’est pas une politique d’entreprise. On va scruter cela. Je dois respecter les règles», répond la copropriété d’Avril, Sylvie Senay. «Nous, ici, on respecte la loi. Ce n’est clairement pas notre position», dit pour sa part le patron chez Floralies Jouvence, Jean-Paul Daoust.  

Chez Sports Experts, le PDG de Groupe Boucher Sports, qui détient 29 magasins, déplore aussi cette situation. «C’est ridicule et farfelu, car ce n’est pas le cas. C’est sans notre consentement», avance Martin Boucher.   

Un tissu de faussetés

Le magasin Adonis de l’arrondissement Anjou, à Montréal, a aussi eu la surprise d’être du nombre. «Jamais de la vie, ces informations ne sont absolument pas conformes à nos pratiques, nous a répondu Jad Al Homsy, directeur adjoint du magasin. Ici tout le monde doit porter le masque, le personnel comme la clientèle. Je vais appeler le siège social tout de suite pour nous assurer que l’on retire notre commerce de cette carte».  

La vice-présidente aux communications de Metro, Marie-Claude Bacon, se montre catégorique : «Les informations diffusées sur ce site sont un tissu de fausseté. Aucun établissement, magasins ou pharmacies, arborant l’une ou l’autre de nos enseignes (Métro, Jean-Coutu, Adonis, Première Moisson, etc.) n’encourage la clientèle à ne pas porter de masque. Nous continuons d’appliquer à la lettre les mesures recommandées par la santé publique et nous remercions la clientèle de continuer de collaborer».  

Même discours d’étonnement du côté du magasin Brick, de Kirkland dans l’Ouest de l’île de Montréal, au nombre des commerces affichés sur la carte. «Chez nous, c’est interdit. Les employés comme la clientèle sont tenus de porter le masque en tout temps», confirme sa représentante Tania O’Neill, surprise de voir le nom de Brick figurer sur cette carte.  

La direction de la Bijouterie Sylvain Michaud, de Saint-Eustache, sur la Rive-Nord de Montréal, ne comprend guère plus comment son établissement a pu se retrouver sur cette carte. 

«Je m’explique pas comment cela peut-être possible, affirme sa gérante Nicole Smith. «Ce n’est pas nous qui avons demandé d’être là. Absolument pas. Ici, nous sommes très sévères là-dessus. Je n’endure pas ça, les gens sans masque. Tout le monde qui entre ici doit porter un masque. S’ils n’en ont pas, ils doivent porter celui que je leur offre, ou bien sortir. Alors, c’est bien certain que nous ne sommes pas contre le port du masque chez nous.»  

Inquiétude de l’industrie

Plusieurs commerçants n’ont pas hésité ces derniers jours à défier ouvertement le gouvernement sur la question du port du masque. Certains détaillants participent au mouvement : «Ici, je porte le sourire». 

De tous les établissements que nous avons contactés, par contre, un seul - le Nova Gym de Québec – a reconnu avoir arboré l’affiche, montrant un bonhomme-sourire.  

Capture d'écran TVA Nouvelles

En entrevue, son propriétaire, Dany Laflamme, a expliqué au Journal que l’affiche n’avait pas pour but d’inviter sa clientèle à ne pas porter de masque, mais bien de l’informer que son établissement saurait l’accueillir avec un sourire.   

Questionné sur la confusion que pouvait entraîner l’utilisation de cette affiche, alors que Québec entame un déconfinement, ce dernier eut cette réponse : «Je ne crois pas qu’il y ait de confusion. Nos clients savent ce qu’ils doivent faire, soit porter le masque et se laver les mains. Pour notre part, on les accueille avec le sourire. C’est ce qu’ils doivent comprendre et ce qu’ils comprennent. »   

Quoi qu’il en soit, toute cette confusion inquiète le Conseil québécois du commerce de détail (CQCD) et le Conseil canadien du commerce de détail (CCCD).   

«C’est dangereux de laisser entendre que certains commerçants sont plus relaxes alors qu’ils ne le sont pas», indique le DG du CQCD Jean-Guy Côté. Son organisation prévoyait transmettre une lettre à Facebook, mardi, afin de dénoncer le groupe et ces informations trompeuses.   

Selon Jean-​François Belleau, directeur des relations gouvernementales au CCCD, «effectivement», certains commerçants s’affichent ouvertement contre le port du masque. Il déplore le fait que ces détaillants «encouragent la désobéissance». Il déplore aussi le fait que certains commerces se retrouvent dans le même bateau, et ce, à leur insu.  

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