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Gestion des déchets: un manque de respect envers l’institution

Les déchets près du lieutenant-gouverneur choquent

L’édifice André-Laurendeau
Photo Alexandre Robillard L’Assemblée nationale installera un site de gestion des déchets sur un terrain situé sous les fenêtres du cabinet du lieutenant-gouverneur J. Michel Doyon.

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Des constitutionnalistes s’insurgent contre la décision de l’Assemblée nationale d’installer des conteneurs à déchets sous les fenêtres du cabinet du lieutenant-gouverneur du Québec.

Maxime St-Hilaire, professeur de droit constitutionnel à l’Université de Sherbrooke, considère que le projet manque de respect envers le rôle du lieutenant-gouverneur.

« On se trouve à installer une décharge au pied des fenêtres du bureau officiel du gardien des conventions constitutionnelles au Québec », souligne-t-il.

M. St-Hilaire a tracé un parallèle ironique avec la populaire émission de télévision La P’tite vie et son personnage emblématique de Pôpa, obsédé par la collecte des ordures. 

« Peut-être qu’on reconnaît ainsi une figure de père gardien des institutions, Pôpa des conventions constitutionnelles, donc on lui met ses ordures », a-t-il esquissé.

Notre Bureau d’enquête a révélé hier que l’Assemblée nationale projette de créer d’ici 2025 un centre de tri de ses déchets dans l’édifice où se trouve le cabinet du lieutenant-gouverneur J. Michel Doyon.

Le lieutenant-gouverneur du Québec, Michel Doyon.
Photo d'archives
Le lieutenant-gouverneur du Québec, Michel Doyon.

Des conteneurs semi-enfouis seront notamment installés sur un terrain qui se trouve directement sous les fenêtres du représentant de la reine au Québec.

DIGNITÉ

Professeur de droit constitutionnel à l’Université du Québec à Montréal, Hugo Cyr souligne que le poste de lieutenant-gouverneur est le symbole de l’État québécois.

« Peu importe qu’on soit une république ou une monarchie, il faut assurer une certaine dignité minimale au chef de l’État », dit-il.

Selon M. Cyr, cette décision nuit à l’image d’un symbole aussi important que le drapeau du Québec. « Pour moi, c’est inacceptable, précise-t-il. C’est comme si on disait qu’on met des conteneurs autour du mât qui tient le drapeau du Québec. »

M. Doyon ignorait l’existence de ce projet quand notre Bureau d’enquête a voulu connaître sa réaction. Son directeur de cabinet, Jean-François Provençal, avait été informé, mais ne disposait pas de détails suffisants pour aviser son patron.

L’Assemblée nationale est propriétaire de l’édifice où les bureaux de M. Doyon occupent la moitié du rez-de-chaussée, derrière l’hôtel du parlement.

Cette centralisation de la gestion des matières résiduelles s’inscrit dans un plus vaste projet d’infrastructure qui prévoit notamment un agrandissement dans la cour intérieure de l’Assemblée nationale, où sera aménagée une terrasse d’une centaine de places.

RÉSERVE

Selon Hugo Cyr, cette situation place M. Doyon dans une situation délicate en raison de son devoir de réserve. « Il ne peut pas déchirer sa chemise en public », a-t-il dit.

Mathieu St-Hilaire croit que le président de l’Assemblée nationale, François Paradis, ne peut pas se réfugier derrière le fait qu’il s’agit d’une décision administrative.

« Le président de l’Assemblée nationale porte la responsabilité de ce résultat-là », dit-il. Si le projet est maintenu, M. Doyon devrait être relogé ailleurs, croit M. St-Hilaire.

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