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Haïti: Sanon, cerveau du meurtre ou simple pion?

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Le chef de la police nationale d’Haïti a accusé le pasteur évangélique Christian Emmanuel Sanon d’avoir joué un rôle central dans l’assassinat du président Jovenel Moïse. Les policiers ont trouvé chez Sanon une casquette avec le logo de la Drug Enforcement Agency américaine, 20 boîtes de balles et des pièces d’armes à feu.

Haïtien installé en Floride, Sanon est inconnu des milieux politiques haïtiens. Ses proches sont convaincus qu’il a été dupé et manipulé par les vrais cerveaux derrière le meurtre.

Sanon envoyé par Dieu pour remplacer Moïse

Sa mise en accusation comme instigateur du complot a été accueillie avec étonnement par des personnes qui connaissent bien le pasteur de 63 ans. Un proche de Sanon affirme qu’il est d’une grande crédulité et d’une perspicacité défaillante. Selon une source du New York Times qui a parlé récemment à Sanon : « Il a dit qu’il avait été envoyé par Dieu pour remplacer Moïse ». On lui aurait dit que le plan était d’arrêter Jovenel Moïse afin de l’installer à sa place. Pas de l’assassiner.

Quelqu’un a su exploiter ses ambitions présidentielles qui remontent à une dizaine d’années. Sur les médias sociaux et sur YouTube, il se présentait comme l’homme qui offrait « un leadership pour Haïti à travers une vie d’action positive et d’intégrité absolue ». Une faillite en Floride en 2013 lui a fait perdre sa maison. Il a créé par la suite une douzaine d’entreprises qui ont toutes fermé leurs portes.

Sanon est arrivé en Haïti début juin à bord d’un avion privé escorté par quatre mercenaires colombiens. Une vingtaine d’autres mercenaires, recrutés par Sanon, de la compagnie vénézuélienne CTU Security, basée en Floride, le rejoignirent ensuite. Comment un pasteur évangélique sans le sou a-t-il pu financer une opération d’une telle envergure ?  

Qui donc a pu convaincre le bon pasteur à la vivacité d’esprit limitée qu’il était apte à assumer la présidence d’Haïti ? Sanon a confié avoir été approché par des personnes prétendant représenter les États-Unis qui voulaient l’installer à la présidence.

Des indics du FBI et de la DEA parmi les suspects

La US Drug Enforcement Administration (DEA) a reconnu en réponse à CNN qu’au moins un des hommes arrêtés par les autorités haïtiennes travaillait pour l’agence comme informateur. Affirmant qu’il n’avait contacté la DEA qu’après le meurtre, on lui a dit de se rendre aux autorités haïtiennes.

De son côté, le FBI, appelé à commenter des informations voulant qu’un autre des suspects était à son emploi, a déclaré à CNN qu’il ne commentait pas ce genre d’informations sur ses sources et méthodes.

Le fait indubitable est que plusieurs individus impliqués dans l’assassinat ont été au service du gouvernement américain. Dans quelle mesure les informateurs du FBI et de la DEA ont-ils participé au complot et étaient-ils au courant de l’objectif véritable de l’opération ? À quel moment Washington a-t-il été mis au courant ?

Une commission d’enquête du Congrès doit enquêter sur le rôle du gouvernement des États-Unis dans cet assassinat politique.