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La pandémie conduit une mère monoparentale jusqu’à la faillite

Economic crisis and Bankruptcy
Illustration Adobe Stock

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Mère monoparentale d’un enfant de trois ans, Marie-Jeanne est cuisinière dans un petit restaurant de Gatineau. Dès les débuts de la pandémie, elle se retrouve dans une situation intenable : non seulement son employeur doit suspendre ses activités et mettre son personnel à pied, mais les garderies ferment également leurs portes.

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Dans ces conditions et puisqu’elle ne peut compter sur personne pour prendre soin de son enfant, il lui est pratiquement impossible de dénicher un nouvel emploi. L’hôtellerie et le tourisme ayant été lourdement affectés par la crise sanitaire, elle ne sait pas non plus si elle pourra retrouver un poste dans ce secteur une fois que les choses auront retrouvé un semblant de normalité.

Marie-Jeanne demande donc la Prestation canadienne d’urgence, un montant hebdomadaire de 500 $, imposable. Le père de son petit garçon étant incarcéré, elle ne perçoit aucune pension alimentaire. En revanche, elle peut compter sur un montant de 800 $ par mois en allocations familiales. 

Problème d’endettement

Avec des revenus de 2800 $ et des dépenses mensuelles de 2530 $, elle pense pouvoir se maintenir à flot jusqu’à ce qu’elle réintègre le marché du travail. Mais le remboursement du solde de ses trois cartes de crédit (15 000 $) et d’un prêt personnel à haut taux d’intérêt (10 000 $) draine plusieurs centaines de dollars de son budget. Elle doit en effet verser 750 $ par mois, soit 450 $ pour les cartes et 300 $ pour le prêt, et ce, uniquement en paiements minimums. « La pandémie a accentué ses difficultés parce qu’elle a perdu son emploi, mais le problème d’endettement était déjà bien présent avant même la crise sanitaire », mentionne Maxime St-Pierre, conseiller en redressement financier chez Raymond Chabot.

Étant seule pour pourvoir aux dépenses de l’unité familiale et rencontrant aussi des difficultés pour gérer son budget, elle avait déjà recours à ses cartes de crédit pour réussir à boucler ses fins de mois.

La perte de revenus entraînée par sa période de chômage a rendu sa position encore plus précaire. Elle est désormais incapable d’effectuer les paiements minimums sur ses dettes, et ses créanciers commencent à la contacter régulièrement pour obtenir leur dû.

La faillite, seule option

Bien décidée à se tirer de ce mauvais pas, Marie-Jeanne décide d’aller consulter des spécialistes en redressement financier. En faisant un bilan de ses avoirs et de ses dettes, Maxime St-Pierre constate que la jeune femme a peu de marge de manœuvre. Elle n’a aucun bien hormis ses meubles, d’une valeur de moins de 7000 $. « De plus, l’incertitude entourant le retour des activités en restauration complique les choses. Vu l’instabilité de la situation, elle n’est pas en mesure de faire une proposition de consommateur et de prendre une entente de remboursement avec ses créanciers sur une longue période », précise Maxime St-Pierre.

La faillite semble donc être la meilleure option dans son cas. Puisqu’il s’agit de sa première faillite, elle effectuera des paiements pendant neuf mois, puis sera libérée de ses dettes, incluant ses cartes de crédit et son prêt. Ses versements tiendront compte de ses revenus et du fait qu’elle a un enfant à charge. Par la suite, elle pourra repartir du bon pied, mais son dossier de crédit sera malgré tout entaché pendant six ans auprès des agences de crédit (six chez Equifax et sept chez TransUnion) et comportera la note R-9, la pire.

Maxime St-Pierre a aussi conseillé à Marie-Jeanne de constituer dès que possible un fonds d’urgence. « Si elle a avait eu un petit coussin financier, elle aurait pu se servir de ce montant pour compenser le manque à gagner durant la pandémie, ce qui lui aurait évité de s’endetter encore davantage », indique-t-il. Pour éviter de s’endetter à nouveau, il lui a aussi fortement recommandé de préparer un budget auquel elle se tiendra, et de limiter son utilisation du crédit à une seule carte, dont elle devrait rembourser entièrement le solde à chaque échéance. 

SA SITUATION FINANCIÈRE 

Actifs : 

  • Meubles : valeur inférieure à 7000 $  

Dettes de consommation 

  • Cartes de crédit (trois) : 15 000 $ 
  • Prêt personnel : 10 000 $  

TOTAL DES DETTES DE CONSOMMATION : 25 000 $

Revenus mensuels  

  • PCU : 2000 $ brut imposable 
  • Allocations familiales : 800 $  

TOTAL DES REVENUS : 2800 $

Dépenses mensuelles 

  • 2530 $ (incluant loyer, téléphone, électricité, transport en commun, épicerie, etc.) 

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