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Moscou, Pyeongchang et Shawi

Gervais Auto
Photo courtoisie On devra faire ses besoins à l’extérieur du Centre Gervais Auto demain soir.

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SHAWINIGAN | Je vous le jure, quand j’ai vu le beau lac formé par le Saint-Maurice qui accueille le visiteur qui roule vers Shawinigan, je me suis senti tout ému. En me disant que j’étais à cinq minutes du « centre-ville ».

Surtout que le centre-ville de Shawinigan, c’est Broadway, Riverside, la 5e, Central Park...

Dans les années 40, l’urbaniste qui a dessiné les plans de la ville était un Américain qui s’est inspiré de New York. D’ailleurs, avec ses barrages électriques et sa pitoune, Shawinigan devait devenir une grosse mégapole. 

Donc, j’étais ému. Comme la première fois où j’ai mis les pieds à Moscou pour y couvrir les Jeux olympiques communistes de 1980. Avec le Parti, le KGB, l’armée et les flics de l’endoctrinement. 

On te demandait des visas, des tampons, la police te sautait dessus si tu posais trop de questions dans la rue...

Shawinigan, c’est un peu la même chose avec la Santé publique, les inspecteurs et les responsables de la propagande. Les visas vaccinaux, ça va être sans doute pour septembre.

DE LA BOXE... SANS DOUTE

Quand même, lorsque le soleil s’est mis à plomber sur le Saint-Maurice en face de l’hôtel, je me suis dit que Moscou, Pyeongchang, Kuala Lumpur, Sao Paolo ou Shawinigan, c’est un fichu de beau métier. Et que si la COVID a privé les Québécois de New York, de Miami ou de Paris, le virus les a conduits à Gaspé, à Rimouski, à Chicoutimi...et à Shawinigan. 

Dans une ère de Zoom, de Messenger et de Skype, juste retrouver un athlète presque en chair et en os est un cadeau. Et au lieu de m’écraser devant un écran de télé ou d’ordi pour écouter le pauvre Dominique Ducharme pogné dans un Zoom de mauvaise qualité, je suis fébrile à l’idée de me faire dire « je l’avais pas à souère » par un boxeur qui vient tout juste de se faire passer le K.-O. Au moins, je n’aurai pas de masque sur les oreilles, les cas de COVID attrapés par les trompes d’Eustache sont plutôt rares. 

DES TOILETTES... DEHORS

Mais vous n’avez pas idée des acrobaties que la Santé publique a exigées des promoteurs. 

On le sait déjà, grâce aux heures supplémentaires, la docteure Godi, directrice de la responsabilité populationnelle de la Mauricie, gagne plus qu’Horacio Arruda. Faut que ça serve à quelque chose.

Ainsi, les boxeurs qui sont vaccinés et qui viennent de se taper 14 jours de confinement subiront un test PCR ce matin. Après, et vous savez les souffrances que doivent endurer les boxeurs pour faire le poids à la pesée, ils devront rester affamés en attendant de monter sur le pèse-personne et stresser jusqu’au lendemain, matin du combat, pour savoir s’ils vont se battre le soir. Ils auront le résultat de leur test en avant-midi.

« On a demandé quelques assouplissements qui nous auraient permis de présenter neuf combats et peut-être une finale avec Arslanbek Makhmudov, mais la Santé publique n’a rien voulu savoir », a confirmé Camille Estephan hier.

Ce qui est certain, c’est que le Centre Gervais Auto n’est pas le Centre Bell. Il y aura donc 250 spectateurs par section. Mais l’édifice n’a pas de toilettes indépendantes pour chaque section. Pour être certains que les pestiférés de la section 101 ne croiseront pas ceux de la section 102 en allant au petit coin, Roger Lavergne et les gens des Cataractes, promoteurs avec Eye of The Tiger Management, ont installé des toilettes DEHORS. Ainsi, chaque section aura sa bécosse, ce qui est une grande avancée dans l’histoire de l’humanité.

Mais, on s’en fout. Être sur place, pouvoir parler à du vrai monde, aller manger un smoked meat chez Mamie, donner du coude aux amateurs de boxe qui vont être conscients et heureux de participer à quelque chose qui se rapproche de la vie normale, tout ça me dit que ce gala de Shawinigan, « it’s the biggest, the best and the most exciting of the whooole world ».

C’est ce qu’aurait dit Muhammad Ali en marchant sur Broadway, downtown Shawinigan. 

Les Internationaux sauvés !  

Ce n’est plus la Coupe Rogers, c’est devenu l’Omnium Banque Nationale, mais pour le moment, ça n’a pas d’importance. Les Internationaux du tennis du Canada d’Eugène Lapierre sont sauvés. Ils seront présentés dans un mois.

La Santé publique fédérale, celle de la docteure Theresa Tam, n’a pas encore envoyé une réponse officielle, mais Eugène Lapierre s’est fait dire un beau oui.

C’est moins sévère qu’à Shawinigan. Eugène aura droit à 5000 amateurs assis dans le court central. Chaque joueuse sera confinée dans une bulle comprenant l’hôtel, le transport et le Stade IGA. 

TERRASSE PRIVÉE

Pour aller magasiner, elles devront s’évader par la porte arrière de leur hôtel : « Les joueuses en ont ras le bol de toutes ces mesures, mais elles y sont habituées. On va faire l’impossible pour qu’elles puissent prendre l’air. On va aménager une terrasse qui va leur être réservée », explique Eugène.

Le patron du tennis tente de négocier avec la Santé publique un aménagement intelligent. Pour l’instant, chaque joueuse a le droit d’être accompagnée par deux personnes. Coach, préparateur physique, physiothérapeute, parent...

Avec les qualifications, on devrait accueillir une centaine de joueuses. Lapierre aimerait négocier un nombre total. Cent joueuses donneraient droit à 300 personnes au total. 

Certaines filles des qualifications ne sont accompagnées que d’un coach. Ça permettrait d’allouer trois accompagnateurs à certaines stars qui en ont fait la demande...

Les petits chiens ne comptent pas.

Mais là, on entre dans un étrange univers...