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Des nouvelles de Cuba

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Que se passe-t-il en ce moment à Cuba ? Vous êtes nombreux à vous le demander puisque Cuba est votre destination soleil et mer préférée et que vous appréciez la chaleur et la bonne humeur légendaires des Cubains. 

Vous avez très certainement vu des images alarmantes de violence sur les réseaux sociaux, qu’ont reprises et diffusées certains médias traditionnels sans prendre la peine d’en vérifier l’authenticité. L’une de ces nouvelles montrait le malecon havanais, ce fameux front de mer qui s’étend sur quelque huit kilomètres, rempli de gens protestant contre le gouvernement cubain, selon ce que laissait entendre la légende au pied de la photo. Or, il s’agissait d’une manifestation qui se déroulait il y a quelques années en Égypte, dans la ville d’Alexandrie qui possède un front de mer similaire. Une autre montrait une foule réunie sur une place quelconque protestant soi-disant contre le gouvernement cubain. Or, après vérifications, il s’agissait d’une foule en liesse célébrant, à Buenos Aires, la victoire de l’Argentine au championnat latino-américain de football. Une autre, publiée dans un journal sérieux de Madrid, rapportait que Raul Castro et sa famille avaient quitté le pays et s’étaient réfugiés en Espagne. Une autre affirmait que le vice-ministre des forces armées avait démissionné. Une autre affirmait qu’un adolescent avait été abattu froidement par la police. On montrait la photo de la victime et du soi-disant sang répandu sur le plancher. Et ainsi de suite. Toutes ces nouvelles ont été démenties par la suite, mais le mal était fait. Il y a aussi, j’oubliais, une autre vidéo montrant un opposant connu qui, depuis son poste de commandement à Miami, incite les gens à descendre dans la rue et à tout casser, encourageant même au magnicide.

Je ne dis pas qu’il n’y a pas eu quelques éclosions de violence, de pillage et de vandalisme en trois ou quatre points du pays. Curieusement organisées en toute synchronicité, ce qui laisse peu de place à la « spontanéité » des actions violentes. Je ne dis pas qu’il n’y a pas une certaine lassitude face aux longues files d’attente devant les commerces, une exaspération face à cette pandémie qui semble avoir pris le mors-aux-dents et fait de plus en plus de victimes. Et ça se comprend. Je vis la même situation depuis plus de seize mois.

Les files d’attente devant les commerces peuvent s’expliquer par deux facteurs. Premièrement, en raison des strictes mesures d’hygiène, on ne laisse entrer qu’une ou deux personnes à la fois, parfois cinq ou dix dans les grandes surfaces, ce qui ne favorise en rien la circulation fluide de la clientèle. Deuxièmement, la rareté de certains produits due au blocus assassin imposé depuis soixante ans par les États-Unis et rejeté par la majorité des pays de la planète. Avant la pandémie, rien de tout cela existait, mais si on ajoute les 243 nouvelles mesures renforçant le blocus économique et financier imposées par Donald Trump en pleine pandémie et maintenues par Joe Biden, la situation ne pouvait qu’empirer et c’est ce que souhaite l’empire étatsunien : créer un sentiment de panique et de désarroi parmi la population, comme quoi le gouvernement ne contrôle plus la situation et a besoin d’aide.

Que fait-on quand on a besoin d’aide ? On lance un SOS. Curieusement, c’est le hashtag #SOS Cuba qui est justement apparu sur le réseau twitter et répercuté à des milliers de reprises par des robots, ce qui est non conforme aux règlements de cette entreprise. Comble du cynisme, on demande une intervention « humanitaire » à Cuba, rien de moins, comme si la levée du blocus criminel et illégal ne serait pas la première mesure humanitaire à prendre dans le cadre de ce SOS.

La semaine prochaine, je vous reviens pour vous donner d’autres nouvelles de Cuba, mais, entretemps, rassurez-vous, le sang ne coule pas dans les rues de La Havane. Ce matin, les parents sont allés reconduire leurs enfants à la garderie du coin avant de partir pour le travail, je les vois de mon balcon en prenant mon premier café, le voisin a promené son petit chien comme il le fait tous les matins, le mécanicien-sans-garage continue de réparer des voitures à l’ombre du gros arbre au coin de ma rue, la voisine d’en face a tendu son linge, une vraiment grosse brassée, le gouvernement continue de vacciner sa population avec ses propres vaccins, fierté de ceux qui aiment véritablement leur pays, et moi, je m’en vais de ce pas acheter mon pain quotidien sous le chaud soleil des Tropiques.

P.-S. Ce texte n’est ni payé ni commandité ni supervisé par aucune agence gouvernementale cubaine.