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Des tenanciers veulent demeurer ouverts jusqu’à 3h comme avant

Les bars sont obligés de cesser de vendre de l’alcool à minuit en ce moment

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Photo Agence QMI, Toma Iczkovits Mathieu Ménard espère que les bars pourront bientôt opérer jusqu’à 3 h du matin comme avant la pandémie de COVID-19. On le voit ici sur la terrasse du Minéral, dans le Village, l’un des deux établissements dont il est propriétaire à Montréal.

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Des propriétaires de bars, contraints par la Santé publique de cesser de vendre de l’alcool à minuit, pressent le gouvernement Legault de leur permettre à nouveau de faire leur last call à 3 h, sans quoi ils pourraient mettre la clé sous la porte. 

« On sent l’étau se resserrer. Au moins 50 % de nos ventes en temps normal sont entre minuit et 3 h », tonne Mathieu Ménard, l’homme derrière le Minéral et le Blind Pig, à Montréal.

Les actuelles consignes sanitaires interdisent la vente de boissons alcoolisées après minuit, mais permettent aux établissements de garder leurs clients jusqu’à 2 h. Quelques tenanciers s’accommodent bien de ce compromis et songent à l’adopter de manière durable (voir autre texte plus bas). 

Mais pas M. Ménard, qui constate des effets pervers à la présente réglementation. 

« Les gens vont acheter beaucoup de consommations vers 11 h pour pouvoir rester jusqu’à 2 h. Ce que ça fait, c’est qu’ils dosent mal leur consommation et ils finissent par boire beaucoup plus dans un court laps de temps », note-t-il. 

Problème pour les serveurs 

À cela, le président de la Nouvelle association des bars du Québec, Pierre
Thibault, ajoute que le modèle en vigueur depuis le passage en zone verte est au détriment des serveurs.  

Ces derniers ne peuvent en effet recevoir de pourboires entre minuit et 2 h, faute d’alcool à servir. 

« Pendant deux heures, ils sont seulement payés 10,80 $ l’heure [le salaire minimum pour les emplois avec pourboire]. Mais ça reste quand même une dépense pour l’entreprise qui n’a pas de revenus non plus pendant ce temps-là », déplore celui qui est également propriétaire de la Taverne Saint-Sacrement, à Montréal. 

M. Thibault dit faire des pieds et des mains depuis plusieurs semaines auprès des instances gouvernementales pour des allègements, en vain.

« Ils s’imaginent qu’on est des entrepreneurs irresponsables, s’insurge-t-il. C’est vraiment deux poids deux mesures, parce que pendant ce temps-là, il y a des raves qui sont organisés dans des champs ou dans le bois sans distanciation. »

Pas de changements à court terme 

Face à ce statu quo, le tenancier Fabien Lacaille commence sérieusement à désespérer, alors que les débits de boisson n’ont jamais pu opérer jusqu’à 3 h les rares fois où ils ont été ouverts dans la dernière année et demie. 

« Je ne peux pas croire que ça peut devenir permanent. Mais en même temps, depuis le début de la pandémie, il y a plein de choses qu’on ne pouvait pas croire et qui sont arrivées », glisse le propriétaire du Bily Kun de Montréal. 

Chose certaine, des allègements pour les bars ne sont pas prévus à court terme, a dit le ministère de la Santé, rappelant la menace que représente le variant Delta.  

Des propriétaires en région sont plutôt satisfaits    

Les restrictions actuelles sur la vente d’alcool ne dérangent pas plus qu’il faut certains tenanciers à l’extérieur des grands centres, qui songent même à imiter l’Ontario en fermant leurs portes à 1 h, plutôt qu’à 3 h, quand la pandémie sera terminée. 

« Aussi étonnant que ça puisse paraître, on a le même chiffre d’affaires en ce moment avec les restrictions qu’avant la pandémie. Les gens sortent juste plus tôt », rapporte Martin Marcoux, propriétaire de quatre bars à Amos, en Abitibi. 

Même son de cloche à Québec, où Lise Gagnon est d’avis que de fermer deux heures plus tôt lui simplifierait la tâche en ces temps de pénurie de main-d’œuvre. Elle est aussi convaincue que de fermer à l’heure ontarienne serait beaucoup plus sécuritaire. 

« Les rares fois qu’on a eu du trouble, c’était toujours entre 1 h et 3 h », insiste la propriétaire du Zotti, en remerciant presque la COVID-19 de lui avoir permis de faire ce constat. 

Plus sécuritaire ?

Interpellée régulièrement par ses membres à ce sujet, la Corporation des propriétaires de bars, brasseries et tavernes du Québec entend déposer un mémoire à l’automne. 

Elle compte demander à la Régie des alcools, des courses et des jeux que soient délivrés à l’avenir deux types de permis pour la vente d’alcool.

« Il pourrait y en avoir un qui permette de vendre de l’alcool jusqu’à 1 h, et un autre qui pourrait permettre la vente peut-être même après 3 h, pour les discothèques entre autres », propose le PDG de la Corporation, Renaud Poulin.

Pour lui, cette approche faciliterait le travail des policiers, qui n’auraient ainsi plus qu’à surveiller quelques bars après 1 h, plutôt que l’ensemble des établissements. 

Pas plus de modération

Cela étant dit, une fermeture hâtive des bars ne serait pas nécessairement synonyme de consommation responsable, croit Éduc’alcool. L’organisme n’a jamais remis en cause les heures d’opération des bars, même s’il milite activement pour la modération. 

« Il y a beaucoup d’endroits dans le monde où ça ferme à 1 h et où c’est le bordel parce que les gens se garrochent sur l’alcool avant la fermeture », dit le DG d’Éduc’alcool, Hubert Sacy.