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Élections: en a-t-on vraiment besoin?

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Photo AFP Au Québec, l’élément le plus intéressant ne sera-t-il pas de voir Justin Trudeau disputer au chef du Bloc le titre informel de «meilleur allié» du très populaire premier ministre François Legault ?

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Désolée de poser la question aussi crûment. En voie vers une possible 4e vague de la COVID-19 à l’automne, les Canadiens ont-ils vraiment besoin d’une probable élection fédérale d’ici quelques semaines ? 

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Comprenez-moi bien. La démocratie, c’est sacré. Si Justin Trudeau, premier ministre et chef du Parti libéral du Canada, veut y aller, pressé de tenter de remporter une majorité de sièges pour un 3e mandat, c’est tout à fait son droit. 

La vraie question est ailleurs. Et la voici. 

Même si l’espoir de la vaccination est réel, la COVID-19 n’ayant pas encore dit son dernier mot, les citoyens, ici comme ailleurs, ne sont-ils pas déjà suffisamment épuisés par un an et demi bientôt de pandémie mondiale ?

Dans un contexte aussi exceptionnel, n’y aurait-il pas eu lieu d’attendre encore un brin ? Peut-être jusqu’au printemps 2022. Ne serait-ce que pour donner aux électeurs un peu de répit post-covidien. Du moins, avant de devoir suivre une campagne électorale pancanadienne. 

Poignée dans le dos

Pendant ce temps, le premier ministre Trudeau jure que son enfilade quotidienne d’annonces majeures à travers le pays – heureux hasard de la vie – n’annonce en rien une prochaine élection. 

Traduction polie : elle est grosse comment la poignée dans le dos des Canadiens ?... 

Il est pourtant évident qu’à moins d’un revirement spectaculaire, M. Trudeau, avec son sourire éclatant, son cheveu coupé court et sa barbe disparue, espère bien pouvoir appuyer sur le bouton électoral d’ici peu. 

Le secret de Polichinelle est indéniable. Les autres chefs emboîtent d’ailleurs le pas. Pas le choix, comme on dit, avant d’arriver chez le dentiste. 

Ayant échoué jusqu’ici à s’imposer comme une alternative crédible pour le poste de premier ministre, le chef conservateur Erin O’Toole cherche encore ses repères politiques et philosophiques.

Coincé entre son aile rétrograde d’extrême-droite et les maigres restants plus « progressistes » de l’ère Mulroney, M. O’Toole semble être de plus en plus déconnecté de la majeure partie plus centriste de l’électorat canadien.

Lutte à deux au Québec

Lessivé au Québec, le chef néo-démocrate Jagmeet Singh espère rafler quelques appuis vitaux, minimalement en Colombie-Britannique et en Ontario. Aux prises avec une grave crise interne, la cheffe du Parti vert, Annamie Paul, est pour ainsi dire hors-jeu.

Yves-François Blanchet, chef d’un Bloc québécois empressé à relayer à Ottawa les politiques de François Legault, se prépare quant à lui pour son duel avec Justin Trudeau. 

Au Québec, une lutte à deux se dessine entre les libéraux et les bloquistes. L’élément le plus intéressant ne sera-t-il pas de voir messieurs Trudeau et Blanchet se disputer le titre informel de « meilleur allié » du très populaire premier ministre du Québec ? Qui l’eût cru ?

Bref, il semble bien que Justin Trudeau, désireux de passer d’un gouvernement libéral minoritaire à majoritaire, plongera d’ici peu le pays en élections. 

Au cas où une 4e vague de la pandémie se pointe à l’horizon, croisons-nous donc les doigts – et faisons-nous vacciner au plus vite de deux doses. 

La seule certitude étant que dans l’isoloir, nous devrons encore porter le masque...