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L’Afrique du Sud: des lendemains qui déchantent

L’Afrique du Sud: des lendemains qui déchantent
AFP

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L'armée sud-africaine a déployé 25 000 soldats pour réprimer les émeutes et le pillage déclenchés à la suite de la peine de 15 mois de prison imposée à l’ancien président Jacob Zuma pour outrage au tribunal. L’enquête portait sur la corruption qui a marqué son exercice du pouvoir de 2009 à 2018.

Les troubles ont jusqu’ici fait plus de 200 morts. Il s'agit du plus important déploiement militaire depuis la fin de la domination de la minorité blanche en 1994 et l’arrivée au pouvoir de Nelson Mandela, le héros de la lutte contre l’apartheid.

L’Afrique du Sud: des lendemains qui déchantent
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La passation du pouvoir au leader de l’African National Congress (ANC) s’était faite sans violence. Son rôle en faveur de la réconciliation entre blancs et noirs lui avait valu un Prix Nobel. Nul autre contemporain n’a joué un rôle aussi grand en faveur de la réconciliation et de l’égalité entre les humains. Il fut la conscience de son époque. Et, qui plus est, Mandela s’était révélé un leader honnête, avisé et compétent.

Ses successeurs n’ont pas été dignes de lui. L’Afrique du Sud dégringole depuis. Elle est sur la voie de devenir une nouvelle Haïti, comme c’est le cas au Zimbabwe voisin. Robert Mugabe, héros de la libération comme Mandela, y est devenu un tyran fou dont la vindicte contre les blancs a plongé le pays dans la ruine et la désolation. Avant de mourir, Mugabe a dévasté l’économie du pays en érigeant la corruption et la concussion en principe de gouvernement. Jacob Zuma est tissé de la même étoffe de mégalomane accapareur.

Où en est donc l’Afrique du Sud vingt-huit ans après l’arrivée au pouvoir de l’African National Congress? Une nouvelle classe dirigeante noire y domine maintenant la pyramide sociale.

Mamphela Ramphele, une économiste sud-africaine adversaire de Jacob Zuma, accuse la nouvelle bourgeoisie noire de l’ANC d’accaparer les impôts tirés des mines et de les utiliser pour se financer de grandes propriétés rurales. Le fossé se creuse entre les riches et les pauvres dans cette population de 58 millions d’habitants, dont environ 8% de blancs. La très grande majorité de la population noire vit sous le seuil de la pauvreté. Comme au temps de l’apartheid.

Même avant les violences actuelles, le pays faisait face à une criminalité impossible à subjuguer. Le taux de criminalité est le troisième plus élevé de la planète, après celui du Venezuela, mais avant celui de l’Afghanistan.

L'Afrique du Sud a le taux de viol le plus élevé au monde avec 132,4 pour 100 000 personnes. Plus d'un homme sur quatre interrogé par le South African Medical Research Council a admis avoir commis un viol. Près de 50 000 viols de femmes et d’enfants sont déclarés à la police chaque année. Leur nombre réel serait dix fois plus élevé.

L’Afrique du Sud a aussi l'un des plus grands nombres de viols d’enfants et de bébés du monde. En 2016, l’Afrique du Sud avait le quatrième taux d’homicide féminin le plus élevé des 183 pays répertoriés par l'Organisation mondiale de la Santé.

Le pays compte le plus grand nombre de personnes infectées par le virus du sida de la planète. On estime que 7,7 millions de Sud-Africains vivent avec le VIH. 60 % des personnes infectées par le VIH sont des femmes. Selon les spécialistes, l’importance de l’épidémie est attribuable en grande partie à la violence faite aux femmes.

Le taux de chômage, qui dépasse 27 %, explique les violences exercées contre les migrants venus d’autres pays d’Afrique. En 2019, des foules en colère se sont attaquées à des migrants noirs, en particulier du Nigéria, en tuant des dizaines. En 2015, des désordres dans les villes de Johannesburg et de Durban avaient aussi coûté la vie à des migrants africains, qui sont près de 4 millions dans le pays.

Les troubles actuels ont également exacerbé les tensions entre noirs et Indiens, souvent des commerçants, qui constituent 2,5% de la population. Des Sud-Africains d’origine indienne sont accusés d'avoir tué 20 pillards présumés, tous noirs, en défendant leur communauté.