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Un juge choisit de sanctionner et de dénoncer la brutalité policière

Un ancien agent a abusé de son autorité et commis des voies de fait sur une Inuite

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Photo tirée de Facebook L’ancien policier Yannick Levac n’a pas obtenu l’absolution demandée.

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Un ex-policier «arrogant», qui a blessé et arrêté illégalement une Inuite, devra mettre une croix sur son rêve de travailler pour les forces de l’ordre, lui qui n’a pas obtenu l’absolution souhaitée hier au palais de justice de Kuujjuaq.

«On s’attend à ce que les policiers — à qui la société a confié le respect de l’ordre — aient une conduite exemplaire», a martelé hier le juge Paul Chevalier, prêt à faire un exemple de l’accusé. 

Attentif, Yannick Levac, 26 ans, est resté impassible durant toute la lecture de sa sentence. L’ex-policier a été trouvé coupable de voies de fait, pour une arrestation brutale et illégitime réalisée en décembre 2016, alors qu’il était âgé de 21 ans.

Ce jour-là, le policier qui cumulait seulement quatre mois d’expérience au sein des forces de l'ordre a procédé à l’arrestation d’une femme inuite, qui avait elle-même fait appel à la police pour expulser sa sœur aux facultés affaiblies de son domicile à Kangirsuk, dans le Nord-du-Québec.  

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Or, la semaine précédente, une plainte avait été déposée contre la victime pour une histoire de communications harcelantes. Mais plutôt que de répondre à l’appel à l’aide qu’elle venait de lancer, Levac a décidé de procéder à son arrestation pour faire suite à la plainte survenue plus tôt.

C’est la suite de l’intervention qui pose problème, selon le juge: pour tout signe «de résistance ou d’agressivité», la victime a simplement lancé un manteau au sol pendant qu’elle se rendait «docilement» vers la porte d’entrée. En réponse, le policier accusé l’a couchée «sur le ventre pour la menotter dans le dos».

Puis, «il persiste à la détenir malgré l’avis de sa coéquipière et continue de la traiter brusquement jusqu’à lui causer des blessures corporelles», ajoute-t-il. 

Des années plus tard, elle souffre encore de douleurs au poignet liées à son arrestation. 

«L’illégalité de l’arrestation de la victime ne résulte pas d’une simple erreur de jugement, mais d’un mépris de ses droits et d’une omission de faire les plus élémentaires vérifications avant de décider qu’une infraction a été commise», commente le magistrat. 

En faire un exemple

Malgré le jeune âge de l’accusé lors des faits et son manque d’expérience, le juge a ainsi décidé d’imposer une sanction exemplaire dans les circonstances, pour lutter contre les abus policiers à l’endroit des peuples autochtones. 

«L’objectif de dissuasion visant particulièrement des policiers doit ainsi se voir accorder une grande importance afin d’éviter que ne se reproduise un comportement comme celui affiché par l’accusé, ayant traité avec arrogance et indifférence les droits de la victime», soutient-il. 

Ainsi, Levac devra mettre une croix sur son rêve d’être policier, lui qui n’aura pas le droit à l’absolution que demandait son avocat. Il a plutôt écopé d’une probation de 18 mois ainsi que de 150 h de travaux communautaires. 

«À la brutalité policière décriée par bon nombre de témoins se sont superposées plusieurs autres histoires où des policiers en exercice démontrent [...] une force excessive, des menaces ou de la non-assistance, ce qui fait ressortir le profond sentiment de méfiance qui habite les peuples autochtones à l’égard des forces policières», se désole le juge Chevalier. 


La Couronne était représentée par Me Steve D. Fontaine, et l’accusé, par Me Isabelle Briand.

– Avec Christian Plouffe

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