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Euphorie boursière

US-ECONOMY-STOCKS
Photo AFP Les trois plus importants indices boursiers new-yorkais, le S&P 500, le Dow Jones et le Nasdaq ont tous connu des hausses spectaculaires depuis le creux du 23 mars 2020, au début de la pandémie. Ici, la Bourse de New York, il y a quelques jours.

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Depuis la fin de l’explosive crise financière liée à la pandémie de COVID-19 qui a fait chuter les bourses de 30 à 40 % en l’espace de quelques semaines, les marchés boursiers ne cessent d’enregistrer record après record.

Entre le creux boursier du 23 mars 2020 et les récents records, voici les hausses enregistrées par les grands indices boursiers américains : 

  • S&P 500 : +100 % 
  • Dow Jones : +92,7 % 
  • Nasdaq : +123,2 %  

À l’instar de toutes les autres grandes places boursières mondiales, la Bourse canadienne a emboîté le pas à la Bourse de New York. Son baromètre, le S&P/TSX de Toronto, a bondi de 82,4 %.

Ces fabuleuses hausses boursières ont été réalisées en l’espace de seulement un an et quatre mois. Vous avez bien lu : en 16 mois.

Pendant que le monde entier tente de se sortir de l’une des pires crises sanitaires, les Bourses, elles, baignent dans l’euphorie.

Les investisseurs font de l’argent comme de l’eau. Les néophytes comme les grands investisseurs. Tout le monde, il est bon en Bourse.

SELON ALBERT EINSTEIN

Depuis que la Bourse est née, les boursicoteurs ont eu droit à plusieurs marchés haussiers (bull market). Mais... ceux-ci ont tous été suivis de déconfitures boursières lorsque l’euphorie a fait perdre la boule aux investisseurs.

« Deux choses sont infinies : l’Univers et la bêtise humaine. Pour l’Univers, je n’en ai pas acquis la certitude absolue. »

C’est cette citation d’Albert Einstein que l’ex-économiste en chef de Desjardins, François Dupuis, avait utilisée pour préfacer le « Dossier spécial sur les crises financières » qu’il avait produit à la suite de la déconfiture des télécoms et des titres internet, au début des années 2000. 

« Capable de grandes réalisations, l’être humain peut parfois devenir irrationnel, à un point tel qu’il commet de graves erreurs, pour ne pas dire des bêtises, affirme Dupuis. Ce comportement a malheureusement été constaté à trop de reprises sur la scène économique, particulièrement lors de périodes d’euphorie et de formation de bulles spéculatives. »

Au nombre des « célèbres » crises financières précédentes, il y a eu : le krach boursier d’octobre 1929, la première crise du crédit en août 1966, la deuxième crise du crédit en juin 1970, le dégonflement de la bulle spéculative sur l’or et l’argent en janvier 1980, le krach boursier d’octobre 1987, le krach boursier japonais de janvier 1990, la crise financière asiatique de juillet 1997, le dégonflement de la bulle des technos en mars 2000.

LE PAPIER COMMERCIAL D’HENRI-PAUL ROUSSEAU

À la suite de la crise des télécoms et de l’internet qui a pris fin en 2002, les marchés boursiers s’étaient de nouveau emballés jusqu’à la fameuse crise des « subprimes » déclenchée à la suite de l’effondrement de la firme américaine Lehman Brothers, en septembre 2008.

Le monde de la haute finance était redevenu très vulnérable à cause de ses excès. Même la Caisse de dépôt et placement du Québec, sous la direction d’Henri-Paul Rousseau, avait perdu une fortune à cause des sommes colossales investies dans le papier commercial, communément appelé PCAA (papier commercial adossé à des actifs de tiers, à savoir des prêteurs dans les secteurs des hypothèques, des prêts automobiles, des cartes de crédit, etc.).

La crise des « subprimes » entraînait les marchés boursiers dans une chute vertigineuse atteignant 50 %.

L’ÈRE PROSPÈRE DE SABIA

Arrivé en poste en mars 2009, alors que la déconfiture boursière touchait son creux, Michael Sabia allait gérer les destinées de la Caisse pendant 11 ans de marché haussier. Soit jusqu’à son départ, juste avant la crise engendrée par la pandémie de COVID-19.

Comme dans toutes les périodes de bull market, il y a des corrections boursières qui viennent rappeler à l’ordre les investisseurs.

LA FOLIE ACTUELLE

L’euphorie dans laquelle baignent actuellement les marchés boursiers peut évidemment se poursuivre.

L’emballement lié au possible retour à la vie normale ou presque, à la réouverture de plus en plus des frontières, à la solide reprise économique, à la volonté des grandes banques centrales (Réserve fédérale américaine, Banque du Canada, etc.) de conserver leurs taux directeurs à un bas niveau... Autant de facteurs qui laissent croire aux investisseurs que « sky’s the limit » en Bourse.

Ben oui ! Jusqu’à ce que survienne la prochaine déconfiture boursière.