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L’égout comme attraction touristique

C’est ce que suggèrent des passionnés de spéléologie urbaine pour un conduit datant du 19e siècle

Egout Craig tunnel magique
Photo Louis-Philippe Messier Les tunnels sont plongés dans le noir total, mais une lumière s’allume et… magie !

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À l’intérieur de Montréal, le journaliste Louis-Philippe Messier se déplace surtout à la course, son bureau dans son sac à dos, à l’affût de sujets et de gens fascinants. Il parle à tout le monde et s’intéresse à tous les milieux dans cette chronique urbaine.


En passant sous le pont Jacques-Cartier, vers l’autoroute Ville-Marie, vous ne pouvez pas vous douter que, 10 mètres sous vos pieds, se déploie un labyrinthe de briques datant des années 1800.

Ce tunnel suit le tracé d’une rivière de l’époque à Montréal : le ruisseau Saint-Martin.

Allumez-y une torche électrique et le spectacle est pittoresque.

Danielle Plamondon se tient devant l’écluse qui empêchait jadis les eaux de refluer vers la ville lors des embâcles printaniers.
Photo Louis-Philippe Messier
Danielle Plamondon se tient devant l’écluse qui empêchait jadis les eaux de refluer vers la ville lors des embâcles printaniers.

« Quand je dis égouts, les gens grimacent, mais dès que je montre une photo, ils s’exclament : “Je veux y aller !” » raconte Danielle Plamondon.

Cette professeure de flamenco et pianiste de ballet visite des édifices abandonnés et des souterrains dans le monde depuis près de 20 ans.

« Je suis petite, je me faufile partout. »

Autoportrait de Pierre-Luc Rivest au loin dans la portion d’égout à laquelle il aimerait que le public montréalais ait accès à des fins pédagogiques et touristiques.
Photo courtoisie, Pierre-Luc Rivest
Autoportrait de Pierre-Luc Rivest au loin dans la portion d’égout à laquelle il aimerait que le public montréalais ait accès à des fins pédagogiques et touristiques.

« C’est absurde qu’à Montréal, une magnifique construction comme celle-ci existe depuis 1887 et que les Montréalais en soient privés », déplore l’ingénieur en bâtiment Pierre-Luc Rivest.

Il partage la passion de Mme Plamondon pour l’exploration urbaine. 

M. Rivest m’a prêté des cuissardes imperméables de fabrication russe. Je patauge jusqu’aux genoux en bas de l’échelle du puisard par lequel nous descendons.

Chose étonnante : l’odeur prédominante de l’égout est celle du savon. « L’essentiel de l’eau domestique qu’on utilise l’est à des fins de nettoyage et contient du détergent », explique Mme Plamondon.

Mes guides et moi parvenons à une section semée de petits cailloux sédimentaires. On y marche presque normalement. 

De grands fracas métalliques résonnent comme le tonnerre : les poids lourds roulent sur les grilles de fer.

Est-ce que je parais particulièrement sale après une heure et demie dans l’égout ? Pas vraiment.
Photo Louis-Philippe Messier
Est-ce que je parais particulièrement sale après une heure et demie dans l’égout ? Pas vraiment.

Un peu d’histoire

Une rumeur assourdissante de chute d’eau enterre nos paroles. Vers le bout du tunnel, juste avant que ça tombe, de longues chaînes pendantes avertissent l’éventuel marcheur égaré dans le noir total. 

« Tout ce torrent aboutit à l’usine de traitement de Rivière-des-Prairies », dit M. Rivest.

À la fin du 19e siècle, ces tunnels que nous parcourons servaient à évacuer l’excédent d’eau lorsque des embâcles se formaient sur le fleuve. 

Trônant au-dessus de ce labyrinthe, la station de pompage Craig protégeait la métropole des inondations printanières qui l’éprouvaient depuis sa fondation.

Cette station, c’est le bâtiment délabré lugubre entre Notre-Dame et Viger au pied du pont. M. Rivest et Mme Plamondon ont signé un mémoire qui recommande à l’arrondissement Ville-Marie qu’y soit aménagé un centre d’interprétation des égouts avec, bien sûr, la possibilité d’y descendre.

« À Bruxelles et à Paris, les musées des égouts sont des attractions populaires qui attirent les touristes et les écoles », me dit Mme Plamondon.

Avec la collaboration de l’historienne Éliane Bélec, ils présentent jusqu’au 5 septembre à l’Écomusée du Fier Monde une exposition intitulée Les mystères de la Craig où vous pouvez vous aussi « visiter » grâce à de magnifiques photos les tunnels que je suis allé explorer.

Aux fins de ce reportage, j’ai pu visiter ces tunnels. N’essayez surtout pas de vous y aventurer. En attendant l’éventuelle reconversion, la station a été placardée, pour sa protection. 

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