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Un déluge de solidarité

Ferme Poulin Déluge Saguenay
Photo d'archives C’était les images qui roulaient en boucle à la télévision. Des bâtiments familiers éventrés ou emportés par les flots.

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J’avais 14 ans et je vivais au Lac-Saint-Jean quand le grand déluge du Saguenay est arrivé. 

J’en garde des souvenirs très vifs. Pas que nous ayons été particulièrement touchés, dans mon village, à Métabetchouan. La municipalité avait essuyé des bris dans les terres intérieures, vers Saint-André-de-L’Épouvante où des résidences avaient été affectées et une route arrachée par un torrent. 

Au village, ça avait surtout été une grosse tempête de pluie. Je me rappelle être parti en vitesse avec mon père pour ramasser les auvents de la clinique vétérinaire de mon oncle, qui avaient été arrachés par les vents et qui s’étaient retrouvés dans le milieu de la rue. Rite initiatique, c’est en revenant de cette singulière aventure que mon père m’a appris à me raser. 

Bref, des souvenirs, mais rien à voir avec la désolation qu’on a vue au Saguenay, à Jonquière, à Chicoutimi et à La Baie, notamment. Là, c’était les images qui roulaient en boucle à la télévision. Des bâtiments familiers quand nous allions à Chicoutimi pour magasiner à la Place du Royaume ou pour visiter ma grand-mère, qu’on apercevait, maintenant éventrés ou emportés par les flots. Des morts, aussi, dont ces deux petits anges ensevelis par la boue. 

Sinon, pendant des mois, des routes que nous empruntions chaque jour ou chaque semaine seraient fermées. C’était un peu une ambiance d’un nouveau monde, où rien ne reviendrait comme avant. 

Et pourtant... les choses reviennent souvent. La plupart du temps... 

Un torrent d’amour 

Un autre souvenir fort que j’ai de cet événement, c’est l’antenne de TVA au Saguenay – Lac-Saint-Jean qui avait conçu un magnifique montage sur l’air de Rester debout de Richard Séguin. Dans un premier temps, on voyait les images de la catastrophe. Puis, dans la transition avant la finale, on voyait les élus, dont Lucien Bouchard et Jean Chrétien, qui survolaient la région en hélicoptère et débarquaient comme s’ils venaient à notre secours. Puis, à la fin, le déluge de solidarité : les bénévoles, la Croix-Rouge, les premiers répondants qui venaient en aide aux gens et qui semblaient déjà travailler à la reconstruction. 

Ça reste un de mes souvenirs les plus forts de cette crise, car, n’en doutez pas, nous avons ressenti au Saguenay – Lac-Saint-Jean un torrent d’amour aussi puissant que le déluge en provenance du reste du Québec, notamment à travers plusieurs collectes de fonds. D’aucuns se souviendront de la chanson Si chacun, enregistrée par plusieurs vedettes québécoises en mode We are the world

Ce n’est pas pour rien que, un an et demi plus tard, les Saguenéens envoyaient des cordes de bois dans la région de Montréal pendant le verglas. Nous nous sentions redevables, mais surtout reconnaissants. 

Et de fait, c’est peut-être là, lors du déluge du Saguenay, que s’est réveillée cette vieille solidarité entre voisins qui se réunissent pour reconstruire la grange qui a brûlé. Ces Québécois qui ne sont jamais autant unis que lorsqu’il s’agit de monter au feu, on les a encore vus à l’œuvre après l’effroyable tragédie ferroviaire de Lac-Mégantic. 

Les coudes serrés 

Ça dit quelque chose de nous et, dans cette pandémie où nous n’avons quand même pas été parfaits, ça explique peut-être la discipline, somme toute solide, des Québécois face aux mesures sanitaires et la forte mobilisation en vue de la vaccination. Ne vous laissez pas tromper par les bruyants discours complotistes : il y a peu d’endroits au monde où les gens ont gardé leurs coudes aussi serrés entre eux. 

C’est peut-être ainsi que le Québec se construit et se définit, davantage à travers ses épreuves que par ses victoires.  

Il n’y a pas de honte à en avoir. C’est même une preuve de caractère.