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C’était très important pour papa que je maîtrise le français

Expos
Photo d'archives Jacques Doucet décrit des matchs de baseball depuis 1969.

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La voix de l’arrivée du printemps et de l’été est sans aucun doute celle de Jacques Doucet, qui décrit des matchs de baseball depuis 1969. Pour faire cette entrevue téléphonique, j’ai trouvé un moment assez propice. Bien assis en regardant un match des Ducs de Longueuil, je m’entretenais avec lui.

La carrière de Jacques a été la plus touchée par le départ des Expos, car cela lui a coûté jusqu’à présent son intronisation au Temple de la renommée du baseball à Cooperstown.


Tu es natif de Saint-Henri ?

Mes parents demeuraient sur la rue Agnès, dans le quartier de Saint-Henri–Petite-Bourgogne ; la propriétaire des logements était ma grand-mère maternelle. J’ai deux sœurs : Louise, ma cadette de 4 ans, est une grande amie et complice, et ma sœur Jacqueline, qui est de 20 ans ma cadette. 


Quels souvenirs as-tu de Saint-Henri ?

Ma mère Lucille était la maîtresse de la maison, excellente cuisinière et couturière. Aussi, je passais de nombreuses heures à jouer au hockey dans la cour et dans la rue avec mes amis.


Ton père, Jean-Marcel, était ton mentor. 

Il était mon père, mon professeur à l’école, mon entraîneur au hockey et il m’a permis de découvrir le baseball.


De Saint-Henri à Granby, à l’âge de cinq ans.

Le paternel a fait son cours classique à Sainte-Thérèse avant d’accepter un poste d’enseignant à l’École des Arts et Métiers de Granby. 


Quel a été ton premier emploi d’été ?

J’étais moniteur aux terrains de jeux à Granby. Le quartier général était situé au stade Laval, où évoluait la formation de baseball local dans la Ligue provinciale. 


Ton père était un excellent joueur de balle-molle. 

Pour arrondir les fins de mois pendant les vacances d’été, papa jouait avec différentes équipes qui le rémunéraient.


Permets-nous de découvrir un beau moment avec ton père.

Mon père a acheté la première télévision familiale en 1954. Je passais les samedis après-midi à regarder le baseball au réseau CBS avec lui. Des moments que je n’oublierai jamais !


Le baseball t’a permis de t’exprimer face à ton père. 

Dans les années 1950, le paternel avait toujours raison. Son défaut, c’était que son équipe favorite était les Yankees. Je pouvais le contrarier sans être réprimandé, car mon équipe c’était les Dodgers. 


Tu aimais jouer au hockey ? 

Il y avait une patinoire dans la cour de mon école primaire Christ-Roi. Le samedi matin, je mettais mes patins à la maison avant de me diriger à la patinoire.  


Tu es un passionné de la pêche. 

Gérard Goulet, le père de l’un de mes grands amis, Gaby Goulet, travaillait pour la boulangerie Pom. Nous allions à la pêche avec lui. Tandis que mes oncles m’ont initié à la chasse.  


Quelle a été ta première voiture ? 

Une Ford 57, transmission manuelle, pas de radio, m’obligeant ainsi à avoir une radio portable transistor dans la voiture. 


Le journal Dimanche-Matin a joué un rôle important dans ta vie.

Le journal était publié à Granby, le samedi soir. À cette époque, j’avais un emploi à la Banque de Montréal, à Cowansville, pour le modique salaire de 35 $ par semaine. Papa travaillait au journal et il m’a offert un emploi en tant que traducteur. Pour une matinée de travail, j’étais payé 10 $. J’ai réorienté rapidement ma carrière vers le journalisme. 


Qui t’a enseigné à maîtriser si bien le français ?

Il ne faut jamais oublier que mon père était un professeur, journaliste à La Voix de l’Est, et chroniqueur sportif à la radio de CHEF. C’était très important pour lui que je maîtrise bien le français.


Tu as travaillé avec des journalistes chevronnés.

Gerry Champagne, qui m’a donné ma chance de travailler à la couverture des Expos quelques années plus tard, Rhéaume « Rocky » Brisebois et Jerry Trudel avaient des plumes phénoménales. 


Ton père décrivait les matchs de hockey des Vics de Granby. 

Je me souviens encore, j’étais tout jeune, alors que j’écoutais mon père décrire les matchs dans un français impeccable à la radio de CHEF.  


Le décès de ton père t’a marqué.

Mon père est décédé subitement à l’âge de 52 ans, suite à un infarctus. J’aurais tellement aimé qu’il puisse m’écouter faire la description de mon premier match des Expos.


Quels personnages du baseball apprécies-tu ?

J’ai passé de longues heures à discuter de baseball avec les gérants des Expos, Gene Mauch, Dick Williams et Felipe Alou. J’ai un énorme respect pour la voix des Dodgers, Vince Scully, qui amorçait toujours nos discussions avec une phrase en français. 


La « Manche du circuit chanceux » durant les matchs des Expos.

Un soir, la cagnotte était de 7500 $ et un frappeur des Expos, jumelé à un auditeur, a claqué une longue balle au champ gauche. Convaincu que c’était un circuit, j’ai félicité l’auditeur d’avoir gagné le montant... seulement pour m’en excuser immédiatement, car c’était une fausse balle.


Et tu es déjà tombé de ta chaise en plein match.

Craignant qu’une fausse balle m’atteigne dans le studio, j’ai voulu reculer ma chaise, mais je suis tombé à la renverse ! J’ai attrapé mon micro dans ma chute et continué la description du match alors que mon sympathique collègue, TOI, Rodger, riait à gorge déployée.


Tu es un fier grand-père.

Avant, je vais te parler comme un père. L’amour que mon fils, Jean-Marcel, et ma fille, Martine, me donnent malgré le fait qu’ils ont passé plusieurs moments sans ma présence à cause de mes déplacements au baseball est une source d’inspiration. Le grand-père a quatre petits-enfants. 


Ta conjointe Corrie Heeremans t’a toujours appuyé.

La vie de commentateur de baseball n’était pas facile pour les conjointes, car nous n’étions pas souvent à la maison. Corrie a toujours été présente pour m’appuyer. Comme elle est infirmière de carrière, j’ai toujours mon infirmière privée à la maison.