/world/africa
Navigation

Égypte: six militants libérés après des critiques à l'international

Coup d'oeil sur cet article

Depuis l’arrivée au pouvoir du président Abdel Fattah al-Sissi en 2014, les autorités égyptiennes mènent une impitoyable répression contre tout type d’opposition, islamiste comme libérale. 

Selon des analystes, la libération de ces militants est une façon de rassurer à l’international, après que les États-Unis eurent, cette semaine, mis Le Caire en garde contre le ciblage de militants des droits de la personne et indiqué que cela serait pris en compte lors de tractations en vue de ventes d’armes entre les deux pays alliés.

Dans une décision surprise, le parquet égyptien a ordonné, samedi soir, la libération d’Esraa Abdel-Fattah, 43 ans, à l’issue de près de 22 mois de détention provisoire sans jugement.

En Égypte, selon la loi, les périodes de détention provisoire sans jugement peuvent être prolongées jusqu’à deux ans.

L’avocat Khaled Ali a publié sur Facebook une photo de la militante après sa sortie de prison dimanche.

Connue pour avoir été l’une des fondatrices du «Mouvement du 6 avril» en 2008, à l’origine, trois ans plus tard, de la mobilisation de millions d’Égyptiens lors de la révolte ayant provoqué la chute d’Hosni Moubarak dans le sillage du Printemps arabe, elle avait été arrêtée en octobre 2019 pour «diffusion de fausses nouvelles» et «collaboration avec un groupe terroriste». Son arrestation avait provoqué de nombreuses critiques.

Opposée aux Frères musulmans à leur arrivée au pouvoir en Égypte en 2012, Esraa Abdel-Fattah avait soutenu les appels à renverser leur régime et les manifestations qui ont conduit au départ du président islamiste Mohamed Morsi.

Elle avait aussi été emprisonnée, à l’époque d’Hosni Moubarak, après la création du «Mouvement du 6 avril» et son appel à une grève des ouvriers dans la ville de Mahalla, dans le delta du Nil, la même année.

Cinq autres personnes libérées

La justice égyptienne a également décidé, samedi, de libérer le militant Abdel Nasser Ismaïl, leader du Parti de l’Alliance populaire (gauche), arrêté en septembre 2019 pour «participation à un groupe terroriste», selon des avocats des droits humains.

Le journaliste et opposant égyptien Gamal el-Gammal, arrêté à son retour de Turquie, en février dernier, a également été libéré, tout comme l’avocat et militant des droits de la personne Mahienour el-Masry, ainsi que les journalistes Motaz Wadnan et Mostafa el-Asar.

Tous en détention provisoire depuis leur arrestation, ces militants étaient accusés de diffusion de «fausses informations» et de coopération «avec des terroristes» ou d’autres «groupes illégaux».

Ils ont été libérés en attendant la fin de l’enquête les concernant, selon des sources judiciaires et sécuritaires.

«Nous nous attendions depuis un moment à ce que des libérations aient lieu», a affirmé à l’AFP le rédacteur en chef du journal Al-Shorouk, Mohammed Saad Abdel Hafiz. «Déjà, la semaine dernière, 150 militants peu connus avaient été libérés, et certains responsables nous avaient dit que d’autres suivraient».

Ces libérations «visent à calmer les tensions dans le pays et pourraient avoir un impact positif sur l’image de l’Égypte à l’étranger», estime Moustafa Kamel al-Sayyed, professeur de sciences politiques à l’Université du Caire.

«Mais je doute que ça ne change la situation, car il y a beaucoup de prisonniers politiques» toujours en détention, ajoute-t-il.

Un autre journaliste très connu en Égypte, Abdel Nasser Salam, a d’ailleurs été arrêté après avoir critiqué le président Sissi sur Facebook, ont indiqué, dimanche, de hauts responsables des services de sécurité, sans fournir davantage de détails.

Ancien rédacteur en chef du journal Al Ahram, M. Salam avait accusé le président de mettre en danger les intérêts du pays en échouant à résoudre un différend avec l’Éthiopie concernant la construction d’un barrage sur le Nil, et avait réclamé qu’il «démissionne immédiatement».

L’Égypte compte plus de 60 000 détenus d’opinion, selon des ONG, et le pays est régulièrement pointé du doigt concernant les violations des droits de la personne dans le pays.

Mercredi, Washington a réagi à l’annonce de l’inculpation de l’influent militant égyptien Hassam Bahgat, directeur général de l’Initiative égyptienne pour les droits personnels (IEDR).

«Nous avons indiqué au gouvernement égyptien notre profonde conviction que des individus tels que Hossam Bahgat ne devraient pas être pris pour cible pour avoir pacifiquement exprimé leur opinion», a affirmé le porte-parole du département d’État américain, Ned Price.

En mars, 31 pays – dont la France et les États-Unis – avaient appelé l’Égypte à cesser d’abuser de sa législation antiterroriste pour museler les opposants au régime, les défenseurs des droits et les journalistes et pour maintenir indéfiniment les voix critiques en détention préventive, dans une déclaration auprès des Nations unies à Genève.