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Trois: trente années d’amitié, de vérités et de mensonges

Valérie Perrin
Photo courtoisie, Pascal Ito Valérie Perrin

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Après avoir offert à ses lecteurs le très beau roman Changer l’eau des fleurs en 2018, la photographe et scénariste française présente cette année Trois. Roman plein de surprises, bien ficelé et bouleversant, il raconte trente d’années d’amour décliné dans toutes les nuances et trente années d’amitié entre trois amis d’enfance. Une radiographie sans faille de l’enfance, des liens qui durent, se font et se défont, des années qui passent.

En 1986, trois jeunes se rencontrent dans leur classe à la fin du primaire. Les hasards de l’alphabet les poussent dans la même classe : il s’agit d’Adrien Bobin, Étienne Beaulieu et Nina Beau. Non seulement ils deviennent amis, mais ils sont fusionnels, indissociables.

Ils traversent les années du secondaire ensemble – collège et lycée chez les Français. Tous les trois, ils se sont fait une promesse : quitter leur petit village pour aller à Paris et faire de la musique ensemble. Juré craché... Mais la vie réserve parfois des surprises qu’on appelle « des jambettes ». Et qui changent le cours des choses.

En 2017, une voiture est retrouvée au fond du lac du village où les trois amis ont grandi. Virginie, une journaliste pigiste au passé mystérieux, est chargée de couvrir l’événement. Elle a bien connu Adrien, Étienne et Nina. Y a-t-il un rapport entre leur amitié et l’épave retrouvée ?

Valérie Perrin, en entrevue, expli-que sa démarche artistique pour cet excellent roman, numéro un des ventes en France quelques jours après sa sortie. 

« Je suis partie sur un trio : une fille, deux garçons. Les deux garçons sont liés par la fille, quand ils sont enfants. C’est vraiment elle qui décide. Il est très clair que dans l’histoire, c’est vraiment elle qui décide, comme souvent, les femmes décident. Elle fait le trait d’union entre ses deux amis adorés. »

« Et à un moment, quand ils sont adultes, il se passe un affrontement très violent entre les deux garçons – pour moi, c’est une vraie scène de cinéma. Et à ce moment-là, il se passe quelque chose qui fait que l’on comprend beaucoup de choses par rapport au roman. »

Les premières fois

Valérie Perrin voulait impérativement, à travers cette histoire, parler des premières fois : les premières nuits d’amour, les premiers baisers, les premières soirées, le premier whisky. Elle voulait aussi démontrer que notre enfance et notre adolescence conditionnent notre vie d’adulte. 

« Trois, ça se passe sur trente ans. Eux, ils naissent en 1976. Ils se rencontrent en 1986 quand ils ont dix ans. Dans le présent – on est en 2017 –, on va découvrir leurs trente ans de vie. »

Plusieurs thèmes sociaux sont abordés, notamment les amitiés qui se tissent dès l’enfance, et le passage du temps et ses ravages. Valérie Perrin dit qu’elle n’a pas, elle-même, de liens avec ses amis rencontrés quand elle avait dix ans. 

« Mes amis très proches aujourd’hui sont des gens que j’ai rencontrés dans les années 2000. Ça m’arrive de croiser des anciens de collège que je suis super heureuse de voir, mais on ne se fréquente plus. »

La musique des années 1980

Elle ne s’est pas sentie nostalgique en écrivant le roman. « Ce que j’ai adoré, c’est revisiter le passé dans mon esprit. Poser des questions aux jeunes autour de moi. Et surtout, ce que j’adorais, c’était écouter les vieux morceaux de musique des années 1980. »

« Quand on entend un morceau de Dépêche Mode, U2 ou Indochine, ça me ramène à quelque chose du passé que j’aimais bien. Une musique sur laquelle on dansait tous en boîte de nuit ou en boum. Et du coup, on a envie de danser, même à 54 ans, parce qu’on retrouve la folie, les espoirs, toute la beauté de la musique. » 


♦ Valérie Perrin est photographe et scénariste.

♦ Elle a conquis son public dès la parution de son premier roman, Les oubliés du dimanche.

♦ Son roman précédent, Changer l’eau des fleurs, a été Choix des libraires 2018 au Livre de Poche et a reçu le prix des Maisons de la Presse 2018.

EXTRAIT

<b><i>Trois</i></b><br/>
Valérie Perrin<br/>
Albin Michel<br/>
Environ 600 pages
Photo courtoisie
Trois
Valérie Perrin
Albin Michel
Environ 600 pages

« Je vis seule sur les hauteurs de La Comelle, même si ce n’est pas bien haut, la campagne est juste un peu vallonnée. Je suis partie puis revenue, parce que, ici, je connais le bruit des choses, les voisins, les jours d’ensoleillement, les deux rues principales et les allées du supermarché où je fais mes courses hebdomadaires. Depuis une dizaine d’années, le prix du mètre carré est dérisoire, tout juste si on ne donne pas les terrains. Alors j’ai acheté une petite maison pour trois francs six sous, que j’ai restaurée. Quatre pièces et un jardin avec un tilleul qui fait de l’ombre l’été et des tisanes l’hiver. »