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Une grosse année d’introspection

Le confinement en a poussé plusieurs à se questionner sur leurs habitudes ou à consulter en psychologie

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Photo Agence QMI, Joël Lemay Marion Caucanas (à gauche) et Jasmine Trudel Valcour (à droite) en ont appris beaucoup sur elles-mêmes pendant la pandémie.

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Depuis 2017, Le Journal suit une dizaine de diplômés d’une école secondaire qui a déjà été l’une des plus mal aimées de Montréal. L’expérience doit durer cinq ans.


Confrontés à la solitude ou ébranlés par les défis du confinement, plusieurs diplômés que Le Journal suit pendant cinq ans ont profité de l’année pandémique pour faire un examen de conscience.

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« J’en ai plus appris sur moi en un an que [durant] toute ma vie », dit Jasmine Trudel Valcour, 21 ans.

Elle fait partie des 10 diplômés de l’école secondaire Pierre-Dupuy à Montréal dont Le Journal suit le parcours pendant cinq ans.

Cette année, certains ont débuté leur carrière sur le marché du travail. D’autres sont entrés à l’université ou ont poursuivi leur programme d’études en mode virtuel, la plupart du temps. 

« Je ne suis pas une fille de routine », avoue Eugénie-Laurence Fafard Drareni, 20 ans, qui a trouvé difficile d’être enfermée devant un écran.

« J’ai vraiment l’impression que [les étudiants] on a été négligés de manière aberrante pendant des mois [par le gouvernement]. »

Après une rupture amoureuse, elle s’est retrouvée « seule, seule, seule » en plein cœur de la pandémie. 

Elle se souvient avoir « pleuré comme un bébé » à l’automne quand, assise dans sa voiture, elle a appris que le Québec retombait en confinement. 

« J’étais comme : non, je ne suis plus capable. »  

Sédentarisée

Or, l’isolement forcé a eu du bon.

« [Avant], mon quotidien, c’était de sortir de ma zone de confort. C’était tout le temps la nouveauté, le nouveau monde, les nouveaux pays, les nouvelles expériences », raconte-t-elle. 

Cette grande voyageuse s’est donc investie dans les arts, la déco et les tatouages.

En n’ayant plus l’option de fuir, la pandémie l’a poussée à opérer un « nettoyage décennal ».

« J’ai fait du ménage dans ma vie, dans mes amis, dans mes affaires, dans mes souvenirs, mes défauts, mes qualités, mes habitudes de vie. » 

Jimmy Lam, 21 ans, a lui aussi profité de cette pause pour réaliser qu’il avait tendance à dire oui d’emblée à ce qu’on lui proposait pour ensuite se retrouver coincé dans son horaire.

« J’ai appris à dire non souvent cette année. »

Consulter

Plusieurs ont d’ailleurs consulté en psychologie pour la première fois ou ont tenté de le faire. 

C’est le cas de Marion Caucanas, 21 ans, qui a notamment subi des trous de mémoire et une crise de panique avant un examen. 

« Mes profs me disaient : “je ne comprends pas pourquoi tu es tellement stressée”. Honnêtement, moi non plus. »

« Je me suis dit “okay, minute. J’ai besoin que quelqu’un me donne plus d’outils.” J’avais l’impression que je faisais tout mal. »

Depuis, elle a changé sa façon d’étudier et de structurer son horaire. Elle a un mur de post-it, elle limite son temps sur les écrans et s’impose des moments de détente.  

Jasmine Trudel Valcour avait une vie hypersociale avant le confinement. 

Cet hiver, elle s’est mise à se faire de sombres scénarios, à craindre de ne plus jamais revoir certaines personnes en raison de la pandémie. Mais elle a aussi pris conscience de la chance qu’elle avait dans la vie.

Au final, « ça a fait du bien de me retrouver avec moi-même. On avait le temps d’avoir le temps », résume-t-elle à propos de cette année « d’énorme introspection ».

Enfin accepté en médecine dentaire 

Aram Mansouri s’est fait faire un t-shirt après avoir appris qu’il était admis en médecine dentaire, un des programmes universitaires les plus contingentés.
Photo courtoisie, Ebrahim Mansouri
Aram Mansouri s’est fait faire un t-shirt après avoir appris qu’il était admis en médecine dentaire, un des programmes universitaires les plus contingentés.

Il rêvait d’être docteur et il est en voie de le devenir. Aram Mansouri a étudié dans quatre domaines et patienté pendant deux ans avant d’être admis en médecine dentaire.

« Pendant deux ou trois jours, facilement, j’en tremblais », raconte le jeune homme de 21 ans à propos de la bonne nouvelle. 

Il a appris en mai dernier qu’il était admis en médecine dentaire à l’Université de Montréal, un programme dans lequel seulement 45 étudiants universitaires ont été pris sur 734.

L’ironie, c’est qu’il n’y croyait presque plus. 

Au secondaire, ce premier de classe rêvait de devenir chirurgien. Il a peu à peu réalisé que la médecine dentaire l’intéressait davantage. 

Au cégep, il est devenu une machine à étudier, mais cela n’a pas suffi pour se faufiler parmi les heureux élus.

Ce n’est pas tant ses notes qui l’ont bloqué qu’une mauvaise performance à un test de sélection qui évalue notamment la capacité à réagir aux dilemmes éthiques, explique-t-il.

Plans B

En attendant de pouvoir se réessayer, il a étudié pendant un an en biochimie puis en biologie, tout en se retrouvant sur les listes d’attente d’une panoplie de « plan B ». 

« J’étais 44e en médecine dentaire, 23e en optométrie, 18e en physiothérapie », énumère-t-il. 

Il avait l’impression d’être pris dans un engrenage, les étudiants se servant des programmes de santé comme tremplins pour entrer dans d’autres plus contingentés. « J’en étais rendu à perdre de vue ce que je voulais. » 

À l’automne, il a commencé le baccalauréat de physiothérapie. Moyennement motivé, il a abandonné avant la fin de la session. 

Choc

« C’était la première fois de ma vie que j’abandonnais quelque chose. Ça a été un choc pour moi. »

Il a donc opéré un virage drastique à l’hiver et s’est inscrit en génie logiciel à Concordia. N’ayant plus de pression, il s’est remis à péter des scores, ce qui prouve l’importance du mental dans la réussite. « Je visais le 100 % pour le fun, comme si c’était un sport. »

Maintenant qu’il est en selle sur la médecine dentaire, de nouveaux doutes sont apparus : ceux du fameux syndrome de l’imposteur. 

« Est-ce qu’ils pourraient m’avoir accepté par erreur ? Est-ce que je serai à la hauteur ? »

De plus en plus enlignés 

En route vers le million de dollars

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Photo Dominique Scali

Rafiul Haque, 21 ans, a commencé à réaliser des profits substantiels grâce à ses investissements sur le marché des échanges de devises. « Une année de fou », dit celui qui ne s’attendait pas à faire autant d’argent rapidement.

Ce qui n’était qu’un passe-temps est même devenu son plan de carrière. Il a délaissé l’idée de devenir ingénieur et a commencé un baccalauréat en économie. « C’était super facile. J’avais déjà appris 80 % [de la matière] par moi-même. »

« Le million de dollars, je vais l’atteindre avant mes 25 ans », estime-t-il.


Dans le bon métier

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Photo courtoisie

Mylie-Anne Laurin Quezada, 21 ans, est la première de sa cohorte à avoir terminé ses études. « Je sais que je suis dans le bon métier », dit celle qui a fait une technique en éducation spécialisée.

Une directrice d’école l’a même remarquée et lui a dit : « Toi, j’aime ton attitude, j’aime comment tu travailles », raconte-t-elle.

« Ça me touche. C’est vraiment le fun de voir que mes études ont porté fruit. »

Après une année sur appel, elle a commencé cet été un nouvel emploi qui devrait lui offrir plus de stabilité : éducatrice en milieu hospitalier auprès de jeunes qui ont un trouble alimentaire. 


Déclic santé

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Photo Dominique Scali

Bianca Goudreault-Beaupré, 21 ans, a commencé un baccalauréat en psychoéducation avant de réaliser que ce n’était pas sa voie. « J’ai juste 21 ans. Comment je suis censée savoir ce que je veux faire toute ma vie ? »

Le « déclic » est arrivé quand elle s’est mise à fouiller dans les programmes reliés à l’entraînement et à la santé. Ses recherches la passionnaient bien plus que ses cours. L’automne prochain, elle entrera donc en kinésiologie, un domaine qui la titille depuis longtemps. « J’ai vraiment hâte. » 


Fasciné par le cancer

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Photo Dominique Scali

Jimmy Lam, 21 ans, poursuit sa technique en radio-oncologie, une avenue dont il est toujours aussi satisfait.

« Le cancer est un sujet qui est toujours dans ma tête. C’est le fait que ce soit un mal mystérieux, qu’on le connaisse, mais pas assez pour le guérir [chaque fois]. » 


Prof en devenir

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Photo courtoisie, Chantal Trudel

Zayane Valcour, 21 ans, a fait son entrée à l’université en enseignement au primaire. Elle s’est retrouvée seule devant une classe de 1re année pour la première fois. Au début, elle en revenait découragée, puis s’est rapidement sentie à sa place, ce qui est venu la conforter dans son choix de carrière. 


Vrai traitement

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Photo Dominique Scali

Marion Caucanas, 21 ans, a presque terminé sa technique en réadaptation physique. Elle a réussi un stage dans une clinique où elle avait une vraie patiente. « J’avais peur de faire des erreurs. [...] Les gens ont de vraies problématiques, que tu ne veux pas aggraver. »

« Ça m’a montré que j’aimais ça [pratiquer], qu’il y a un vrai impact à ce que je fais. »


Ouch, la COVID ! 

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Photo courtoisie, Maude Bélanger Santerre

Thierry Trudel Valcour, 22 ans, a beaucoup travaillé cette année en cumulant deux emplois dans un resto-bar et dans un dépanneur, au point de faire des 70 heures par semaine. 

Il fait partie des milliers de Québécois qui ont attrapé la COVID-19. Pendant une semaine, « ça a été assez rough [...] J’avais l’impression de faire une crise d’asthme ».

À l’automne, il poursuivra le programme de technique en foresterie à Rimouski, après une pause de deux ans. 


Projet de café

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Photo courtoisie, Jasmine Trudel Valcour

Voilà des années que Jasmine Trudel Valcour, 21 ans, cherche sa voie dans les différents cours et programmes postsecondaires. Mais peut-être l’a-t-elle enfin trouvée... dans la mousse de son café. Elle est devenue une adepte du latte art et publie chaque jour une photo de ses œuvres. « Mes amis sont crampés en quatre. »

L’an prochain, elle étudiera à l’université dans le but d’ouvrir un jour son propre café. « Je ne vais pas rentrer dans un moule, je vais le faire, le moule », dit-elle en riant.


Boulot motivant

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Photo courtoisie, Laura Guaragna

Eugénie-Laurence Fafard Drareni, 20 ans, a continué de s’impliquer dans l’association étudiante de droit de l’Université Laval. Elle a aussi travaillé pour le Directeur des poursuites criminelles et pénales, un boulot dans lequel elle s’est sentie pleinement reconnue. « Ça a été super positif pour ma motivation. »