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Au musée, fichez-moi la paix!

Expo Picasso Rodin, Paris
Photo courtoisie, Musée Picasso

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Depuis deux semaines, je suis à Paris, où je fais le plein d’expos. Louis de Funès à la Cinémathèque française. Albert Uderzo (le papa d’Astérix) au musée Maillol. Et une expo conjointe Rodin-Picasso au musée Picasso et au musée Rodin.

À un moment donné, ça m’a frappée. Dans ces expos, jamais on n’a cherché à me faire la morale, à me dire que les œuvres que je regardais étaient misogynes, racistes, réactionnaires, etc. 

Ouf ! Ça fait du bien d’aller au musée sans se faire rééduquer !

PICASSO, GROS MACHO ?

J’ai passé deux heures au Musée Picasso sans qu’on me rebatte les oreilles avec la culture du viol ou la misogynie du peintre. 

Après l’expo, il n’y avait pas (contrairement à l’expo Picasso présentée au MNBAQ) une après-expo sur « les stéréotypes associés aux genres, la grossophobie et la représentation des corps non normés ».  

Non, c’était juste une expo Picasso avec des Picasso au Musée Picasso. C’est fou, hein ?

À côté de certaines œuvres, il y avait des affichettes spéciales destinées aux enfants. On ne leur parlait pas comme à des demeurés.

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J’ai même vu une affichette à côté d’un dessin de femme nue aux jambes écartées qui proposait aux enfants d’observer la technique particulière du peintre. 

On n’avait pas, contrairement à l’expo de Québec, l’intention de nous parler de « ses comportements répréhensibles à l’égard des femmes ».

À la fin, j’ai eu une petite frousse. Une affiche indiquait une suite à l’étage intitulée : Lectures et relectures. J’ai lancé à Richard : « Bon, ça y est, on va nous imposer une relecture politiquement correcte ». J’y suis allée à reculons, convaincue que j’allais me faire sermonner. 

Pas du tout ! C’était une expo absolument passionnante sur les liens entre Picasso et... la lecture ! 

Au musée Rodin, même chose : on mettait en parallèle la fascination des deux génies pour le corps des femmes mais sans jamais les dépeindre comme des gros machos.

À l’expo Louis de Funès, j’ai vu des gens de 7 à 77 ans se bidonner devant des extraits de L’aile ou la cuisse, Le gendarme de St-Tropez et Les aventures de Rabbi Jacob. On pouvait même se faire photographier à côté d’un costume de juif hassidique, comme en porte De Funès dans ce film hilarant. Personne ne nous parlait d’appropriation culturelle ! 

À l’expo sur Albert Uderzo, devant toutes les bandes dessinées, à aucun moment on n’est venu me dire : « Regardez comment Uderzo présentait des stéréotypes sur les Corses, les Espagnols, ou sur Cléopâtre ».

On était loin du Musée des Beaux-Arts du Canada qui présente, après son expo Rembrandt, des artistes noirs et autochtones offrant une perspective « non occidentale » et un « dialogue » avec le « contexte colonialiste » du grand maître.

PAS DE « WOKE » AU MUSÉE

Dans ces expositions parisiennes, on me laissait apprécier les œuvres en se fiant à mon intelligence. On comprenait très bien que ce qui se faisait en 1900 ou en 1970 ne peut pas être analysé avec nos yeux de 2021. 

Mais surtout, on s’inclinait devant le génie de ces créateurs hors du commun. J’étais dans le plaisir, dans la beauté.

Et je n’avais pas l’impression, que j’ai parfois chez nous, d’aller à la petite école quand je vais au musée. 

Vous savez quoi ? Ça faisait du bien...