/news/society
Navigation

L’Estrie écope du manque de places en garderie

Coup d'oeil sur cet article

La pénurie de places en garderie frappe fort le Québec, et encore plus en Estrie, qui est la région la plus touchée par ce phénomène, les parents n’ayant pas de ressources pour la plupart. 

«Je m’épanouis en tant que maman, mais je ne me réalise pas professionnellement et ça me manque», a lancé Maude Gareau qui reste à la maison pour s’occuper de son bébé.

Cette enseignante de profession ne pourra retourner en classe aussi tôt qu’espéré et craint de devoir prendre un congé sans solde pour s’occuper de son fils à la maison. Devant retourner au travail en janvier 2022, elle cherche toujours une place pour son petit de cinq mois même si ses recherches ont débuté dès qu’elle a appris être enceinte.

Marie-Claude Simonneau, elle, a fait le choix de devenir mère au foyer pour de bon, faute de places en garderie.

«Vu le salaire que je faisais, ça revenait au même de rester à la maison pour m’occuper des enfants que de payer trois garderies», a expliqué la mère au foyer.

Si Mme Gareau est nouvellement maman, Mme Simonneau n’en est pas à ses premières histoires compliquées avec les garderies. Ses deux filles plus âgées ont dû changer de milieu de garde à quelques reprises, car ceux-ci fermaient leurs portes.

Lorsque sa benjamine est née et que trouver trois places en garderie devenait impossible, son conjoint et elle ont alors décidé qu’il vaudrait mieux qu’elle reste à la maison pour s’occuper des trois filles.

Ces mamans ont donc toutes une chose en commun, celle de rester à la maison pour s’occuper de leurs enfants. Mais Marie-Pier Dubois doit toutefois surmonter un défi de plus, alors que son fils est atteint d’une paralysie cérébrale.

«Il compte comme un bébé même s’il a deux ans et demi, parce que c’est comme s’il avait six mois. C’est difficile pour les parents qui ont des enfants qui ne nécessitent pas de soins spéciaux de trouver une garderie à cause de la pénurie, donc nous on n’est pas capable de trouver de milieu prêt à accueillir notre fils», a expliqué Mme Dubois, qui cherche une garderie depuis la naissance de son fils.

Une situation qui ne date pas d’hier

Les projets de loi passés dans les dernières années seraient une des causes principales de ce problème pour plusieurs, alors qu’ils diminueraient le nombre d’enfants pouvant être pris en charge par une éducatrice.

«Avec ces projets de loi, plusieurs éducatrices ont quitté le navire. L’impact de ces lois a mal été évalué», a mentionné la présidente de l’Association québécoise des milieux familiaux éducatifs privés, Sophy Forget Bélec.

Une condition qui n’est pas facile pour les éducatrices, qui doivent souvent faire des choix déchirants. Sophy Forget Bélec décrit cette situation comme une crise humanitaire, les éducatrices devant faire le choix difficile de préférer un enfant à un autre pour son milieu de garde.

«Je reçois environ soixante messages par jour pour avoir une place dans mon milieu. Souvent, c’est pour des places poupon, et j’ai pourtant un milieu de garde pour les enfants d’âge préscolaire. Les parents font bien de s’essayer. J’ai même déjà pensé ouvrir un service de garde traditionnel, avec deux places pour les poupons et quatre pour les bébés de 18 mois et plus, mais je connais mes capacités. Une éducatrice se doit de savoir avec quels enfants elle est la meilleure et ma force c’est avec les enfants d’âge préscolaire», a témoigné Caroline Marin, qui a ouvert son propre milieu de garde vu le manque criant de places, après avoir travaillé comme éducatrice pendant plusieurs années.

Et le problème ne date pas d’hier. La Coalition avenir Québec (CAQ) a promis 50 000 nouvelles places en garderie au Québec en 2018. Deux ans plus tard, le chiffre est revu à la baisse, passant à 10 000 pour 2022. En réalité, ce n’est que 3 000 places qui ont été créées et près de 90 000 enfants attendent toujours, certains pendant des années.

Le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, a toutefois promis de nouvelles places avant la fin de l’été.

Un plan devrait également être annoncé à l’automne pour répondre aux besoins de tous les enfants qui n’ont toujours pas de place en milieu de garde, selon le ministre Lacombe.

Une promesse qui n’est toujours pas suffisante pour les mères de famille, qui souhaitent que le problème soit pris plus au sérieux et qui voient l’espoir disparaît petit à petit.