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«Swatting» dans Lebourgneuf : «Il y avait une urgence d’intervenir», défend le SPVQ

Les forces de l’ordre invoquent l’urgence d’agir pour avoir menotté une jeune victime d’un fraudeur samedi

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La police de Québec défend l’intervention qu’elle a menée samedi en déployant l’équipe tactique pour arrêter un jeune, victime de swatting, expliquant que la priorité était de sauver des vies en situation d’urgence.

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Samedi matin, un inconnu a contacté Nicolas Pelletier pour lui dire qu’il avait été fraudé et qu’il devait télécharger une application. Flairant l’arnaque, M. Pelletier a refusé, ne prenant pas au sérieux le fraudeur, qui menaçait d’appeler « le SWAT », c’est-à-dire l’équipe tactique. 

  • Écoutez l'entrevue avec Paul Laurier, ex-enquêteur de la SQ et président fondateur de Vigiteck sur QUB radio:  

Cependant, l’arnaqueur a réellement contacté les services policiers en tenant des propos fort inquiétants et en se faisant passer pour sa victime.

« [Le suspect] a dit : “j’ai tué ma femme”, qu’il avait ligoté ses enfants, qu’il voulait les tuer et qu’il avait des explosifs », explique Sandra Dion, porte- parole du Service de police de la Ville de Québec (SPVQ).

Des policiers croyaient avoir affaire à un meurtrier armé, alors qu’il s’agissait finalement d’un swatting. Nicolas Pelletier s’est senti humilié, alors qu’il a été arrêté devant ses voisins.
Photo Jérémy Bernier
Des policiers croyaient avoir affaire à un meurtrier armé, alors qu’il s’agissait finalement d’un swatting. Nicolas Pelletier s’est senti humilié, alors qu’il a été arrêté devant ses voisins.

Les policiers sont intervenus, arrêtant et menottant M. Pelletier devant ses voisins ahuris.

Penser au pire

Dans de telles situations, les autorités ne peuvent se permettre de prendre le temps de vérifier pour savoir s’il s’agit d’un canular ou pas.

« On doit toujours penser au pire scénario », poursuit Mme Dion. 

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Des policiers du SPVQ se sont rendus à deux endroits en même temps : au Lac-Saint-Charles, où demeurait autrefois M. Pelletier, et à son adresse actuelle, dans le secteur de Lebourgneuf.

« Tout ça s’est fait en moins d’une heure, fait valoir la porte-parole. On n’a pas pris de chance et on a sécurisé les deux endroits, car il y avait peut-être des vies d’enfants en danger et on parlait d’explosifs. Il y avait urgence d’intervenir. »

Mme Dion indique que le suspect qui a passé le coup de fil malveillant n’a pas encore été arrêté et que l’enquête est toujours en cours. 

Il pourrait faire face à des accusations de méfait et de supposition de personne.

Difficile de blâmer la police

Bouleversé et humilié par son arrestation, le jeune homme de 23 ans sans histoire déplore que la police n’ait pas fait plus de recherches. 

Toutefois, selon l’avocat Me François-David Bernier, le SPVQ ne pouvait pas agir autrement.

« C’est difficile de trouver une faute [dans leur intervention]. [Le scénario] était tellement bien monté. Si la police n’agissait pas ainsi avec ce genre de dénonciation, c’est là qu’elle serait pointée du doigt. C’est certain que le jeune homme a été humilié, mais pour les policiers, c’était quasiment inévitable », fait-il valoir. 

Les policiers se préparant à intervenir.
Photo courtoisie
Les policiers se préparant à intervenir.

Poursuite possible

Selon l’avocat, c’est le suspect uniquement qu’il faut pointer du doigt. D’ailleurs, M. Pelletier peut envisager une poursuite au civil en diffamation s’il est arrêté.

Il rappelle qu’un méfait public qui entraîne une telle enquête est une faute grave qui pourrait entraîner un maximum de cinq ans d’emprisonnement.

Le SPVQ n’a pas voulu s’avancer sur les coûts de l’opération. La porte-parole a toutefois précisé qu’elle a nécessité beaucoup d’effectifs.

« Il faut que ça arrête », dit un ex-policier

Le swatting est un phénomène qui doit cesser, car cela peut devenir dangereux pour la vie d’autrui et s’avérer très coûteux, estime un ex-enquêteur au crime organisé.

Roger Ferland, qui a travaillé au Service de police de la Ville de Québec (SPVQ), estime qu’il n’y a rien de drôle au swatting, puisque ça mobilise des effectifs qui ne sont plus disponibles pour intervenir sur un événement sérieux.

<b>Roger Ferland</b><br /><i>Ancien enquêteur à Québec</i>
Photo Agence QMI, Simon Clark
Roger Ferland
Ancien enquêteur à Québec

Le mot swatting vient du terme anglais SWAT team, signifiant « équipe tactique ».

C’est l’action de faire un faux signalement anonyme, ou en usurpant l’identité de quelqu’un, nécessitant l’intervention urgente d’une équipe tactique. 

« Il faut que ça arrête. Il n’y a rien de rigolo là-dedans, car pendant ce temps-là, on peut priver quelqu’un d’une sécurité », fait valoir M. Ferland, citant en exemple un accident de la route ou une personne en détresse.

Une personne pourrait même être tuée par erreur, lors d’une intervention qui s’avère un finalement un swatting

Coûts importants

Sans vouloir mentionner de chiffres, l’ex-enquêteur avance que les coûts d’une telle opération peuvent grimper rapidement.

« Ce sont des frais que l’on ne veut jamais quantifier en chiffres, parce que la vie n’a pas de prix, et jamais on va arrêter de le faire », précise-t-il.

« Il y a eu une dizaine de policiers aux deux endroits, des effectifs additionnels payés à plus ou moins 50 $ de l’heure et un travail au renseignement criminel [qui mobilise] une couple de personnes », s’avance M. Ferland, en précisant que l’opération du SPVQ était justifiée.

Il ajoute qu’il y a également un minimum de deux à quatre enquêteurs qui s’affairent à retrouver le suspect.