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Éviter d’autres «Maison Pollack»

La maison Pollack
Photo Jean-François Desgagnés La maison Pollack

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Pendant des années, faute de pouvoirs suffisants accordés à la Ville, les gens de Québec ont subi l’état de décrépitude de la Maison Pollack, à l’entrée de Grande Allée, à quelques pas du cœur historique de la ville. 

Ça brise le cœur de passer devant cette maison centenaire, œuvre de l’architecte réputé René-Pamphile Lemay. Considérée comme une propriété d’exception grâce à certains détails de sa brique et surtout à sa colonnade monumentale, elle constitue l’un des rares exemples de l’influence de l’architecture néobaroque dans l’architecture domestique du Québec, précise-t-on sur le site internet de la Ville. 

Le propriétaire, un homme d’affaires de Montréal, n’a pas obtenu le changement de zonage souhaité et la maison a été laissée dans un état de décrépitude inacceptable et gênant. La Ville a tenté à de multiples reprises de le contraindre à agir, en vain.

La saga s’est heureusement terminée cette année. La maison a été acquise par la Ville de Québec, après un processus d’expropriation de quatre ans. Elle en fera sa nouvelle maison de la diversité, après des investissements de plus de trois millions de dollars.

Faire plus 

Or cet exemple, comme bien d’autres, témoigne de l’importance de donner plus de dents aux Villes afin de mieux protéger en amont le patrimoine de leur territoire. Grâce à l’adoption de la loi 69, les Villes peuvent désormais imposer des amendes beaucoup plus importantes à des propriétaires négligents. Les délais d’acquisition ont aussi été raccourcis.

Mais il faut faire plus, comme en témoigne le maire Régis Labeaume dans une lettre ouverte publiée hier. Les Villes manquent de moyens pour pallier les coûts de restauration élevés, et de ressources pour aider les propriétaires, explique l’élu.

M. Labeaume réclame aussi plus de souplesse pour permettre au patrimoine de s’épanouir et de survivre à l’intérieur du site patrimonial du Vieux-Québec.

Responsabilité partagée

Ces mesures réclamées à juste titre n’enlèvent toutefois pas les responsabilités des Villes, qui doivent s’assurer de tout mettre en œuvre pour protéger le patrimoine. 

Dans son récent rapport annuel, le vérificateur général de la Ville de Québec a relevé diverses lacunes – manque de connaissances, de suivi, de leadership, et problèmes de communication entre les services – qui empêchent les mesures mises en place afin de protéger le patrimoine bâti d’être pleinement efficaces.

M. Labeaume relate de nombreux exemples de bâtiments sauvés par son administration. Reste que ces lacunes ont fait en sorte que des démolitions discutables ont été autorisées, opérations évidemment irréversibles, avec toutes les conséquences que cela comporte.

La Ville doit elle aussi voir à corriger ces lacunes et à mettre en œuvre l’ensemble des mesures prévues dans sa Vision du patrimoine, adoptée avant l’élection de 2017. 

Il n’est pas normal de voir des bâtiments à valeur patrimoniale détruits parce que le propriétaire en a trop longtemps négligé l’entretien ou l’a carrément abandonné. C’est une question de volonté politique, et de responsabilité partagée entre les Villes et le gouvernement.