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Kalifat: une plongée dans la radicalisation

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Maintenant qu’on reçoit des amis, on se parle forcément de nos meilleures découvertes télévisuelles. 

Mon dernier coup de cœur est suédois : Kalifat. Huit épisodes. Vous n’avez pas quatre saisons de rattrapage à vous taper.

Ne craigniez rien, je ne divulgâcherai pas.

Piégée

La Suède est, comme le Québec, une petite société qui a longtemps cru qu’elle avait réussi l’intégration de ses immigrants.

Kalifat, c’est une plongée hallucinante dans la radicalisation religieuse des jeunes et leur embrigadement sophistiqué dans le terrorisme islamiste.

La série entrelace plusieurs intrigues, mais la plus émouvante est celle de la famille Wasem, originaire du Moyen-Orient, prototype de la famille qui veut pleinement s’intégrer. 

On a choisi la Suède, pense le père, donc devenons Suédois.

Il trouve pénibles les soirées avec d’autres familles immigrantes qui continuent à vivre « comme dans l’ancien pays ».

Ses deux filles adolescentes sont typiques : écouteurs dans les oreilles, réseaux sociaux, s’imaginant incomprises de tous, cherchant leur place.

À l’école, la plus vieille tombe sous le charme d’un beau parleur, moniteur d’activités parascolaires et d’aide aux devoirs.

Il lui dit qu’elle est une « vraie », tellement plus mature que les autres « flounes » de son âge. Les échanges de vidéos commencent.

Une femme plus âgée, charmante, lui présente d’autres « sœurs » plus avancées dans leur cheminement spirituel et lui vante la Syrie.

La jeune fille ne connaît rien du Coran. Elle est seulement mal dans sa peau.

Un jour, elle arrive au souper familial avec un hijab. Le père capote. La mère se tait. La petite sœur est solidaire de la grande.

La fille, très astucieuse, joue la mère contre le père. Il est isolé. Il tente la méthode forte, puis la méthode douce.

Finalement, il achète la paix : tiens, je te redonne ton hijab. Il espère que ça n’ira pas plus loin.

Mais la jeune fille tient des propos de plus en plus inquiétants : tous les musulmans sont détestés, toutes les victimes des attentats l’ont bien cherché, etc.

Le père et la mère sont affolés. Leurs enfants leur échappent. 

Ils se demandent ce qu’ils ont fait de mal. Rien, et c’est bien ça qui est terrible.

À travers tout cela, on nous dévoile l’extraordinaire sophistication de ces opérations de repérage, séduction, endoctrinement et enrôlement.

Je ne vous raconte pas tout le reste. 

Femmes

La plus grande partie de ce qu’on lit sur le terrorisme islamiste met en scène des hommes.

Une erreur fréquente est de croire que, dans cet univers sinistre, la femme n’est bonne qu’à servir son homme et à enfanter de futurs martyrs. 

L’originalité et l’audace de la série sont de mettre en lumière les rôles stratégiques des femmes dans cette mouvance. 

Il faut saluer le courage des auteurs qui ont sans doute dû se faire accuser d’effectuer des « amalgames », d’être « islamophobes », etc. 

C’est terrifiant parce que personne, absolument personne, n’est à l’abri de voir un de ses enfants basculer dans cet enfer.