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«Émoji-nation» : bien plus que des bonhommes sourires

«Émoji-nation» : bien plus que des bonhommes sourires
PHOTO COURTOISIE/Radio-Canada

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Ils font partie intégrante de nos communications. Ces joyeux dessins en apparence inoffensifs pimentent nos conversations écrites, mais peuvent aussi affecter les relations humaines en causant la confusion lorsque mal interprétés... et constituent un énième symbole de l’ascendant des géants du web sur nos vies. Lumière sur les émojis! 

La journaliste et réalisatrice Stéphanie Cabre présente son documentaire «Émoji-nation» comme une «enquête ludique et décalée». Il y a trois ans, constatant que les émojis japonais s’apprêtaient à célébrer leurs deux décennies d’existence, elle a eu envie d’aller voir ce qui se passait «derrière l’écran».

«Émoji-nation» : bien plus que des bonhommes sourires
PHOTO COURTOISIE/Radio-Canada

Les chiffres que la cinéaste débite en entrevue ont de quoi donner le tournis : seulement sur Facebook, il s’échangerait chaque jour cinq milliards d’emojis via Messenger, et plus de 60 millions sur la plateforme publique.

Les emojis sont d’abord nés au Japon à la fin des années 1990, mais dans les pays occidentaux, on en fait usage seulement depuis une dizaine d’années. Ceux de 1999, entre autres créés par le Japonais Shigetaka Kurita, étaient très différents de ceux qu’on utilise aujourd’hui.

«C’est un phénomène global comme seul Internet peut en construire, précise Stéphanie Cabre. J’ai voulu comprendre comment ils sont devenus si populaires et savoir qui tire les ficelles de cette "galaxie". J’avais envie à travers cette exploration de montrer que les emojis, dans nos vies hyperconnectées, ne sont peut-être pas aussi naïfs et anodins qu’ils le laissent paraître. Ils laissent entrevoir un monde bien plus complexe, et assez révélateur du web d’aujourd’hui, un web toujours plus contrôlé et limité.»

«Émoji-nation» : bien plus que des bonhommes sourires
PHOTO COURTOISIE/Radio-Canada

Société et diversité

Car derrière les cœurs et autres visages jaunes à langues tirées (il en existe au total 3521) se dresse tout un monde. En grattant le phénomène, Stéphanie Cabre a observé toutes les questions qu’il recèle, de société, de diversité, de langage, de contrôle d’Internet par les multinationales du numérique (les fameux GAFAM, Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft)...

On comprend notamment dans les trois capsules d’une vingtaine de minutes d’«Emoji-nation» que le Consortium Unicode, organisme américain de la Silicon Valley, à but non lucratif, chargé de valider et d’encoder les emojis, est composé de plusieurs membres issus essentiellement des géants du web. Insidieusement, des entreprises privées superpuissantes influencent donc notre langage, lequel peut ainsi devenir instrument de domination culturelle.

«Émoji-nation» : bien plus que des bonhommes sourires
PHOTO COURTOISIE/Radio-Canada

«Tout le monde qui a des idées d’emojis peut en proposer, vous, moi, la terre entière, mais on se rend compte à la fin, que la décision finale, ce sont les membres du Consortium Unicode qui vont choisir si un emoji passera, ou pas.»

Stéphanie Cabre cite en exemple la motion récemment adoptée par l’Assemblée nationale, à la proposition du chef parlementaire du Parti québécois, Pascal Bérubé, demandant l’ajout d’un emoji du drapeau du Québec à la banque déjà existante de 250 drapeaux approuvés par Consortium Unicode.

«Tous les concepts ne sont pas représentés dans le clavier, et c’est une question qu’on peut se poser, glisse Stéphanie Cabre. Je voudrais que les gens, en regardant ce documentaire, réfléchissent et se disent que derrière ces petits dessins rigolos, ludiques et intergénérationnels, il y a une grande puissance, qui n’est pas anodine.»

La série documentaire en trois épisodes «Emoji-nation», coproduction d’ARTE France et Urbania, est maintenant disponible sur ICI Tou.tv.