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Jeux de Tokyo: Joelle Bekhazi, le digne parcours d’une combattante

La poloïste québécoise court après son rêve olympique depuis 16 ans

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Photo d’archives La poloïste Joelle Bekhazi avait impressionné lors d’un tournoi international présenté à Budapest.

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TOKYO | Malgré les vives déceptions et les nombreuses embûches, la flamme olympique qui anime Joelle Bekhazi depuis 2005 ne s’est jamais éteinte et son rêve se concrétisera finalement, samedi, alors que le Canada disputera son premier match de la ronde de groupe du tournoi de water-polo face à l’Australie.

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«Ça fait 16 ans que je cours après mon rêve», résume la poloïste âgée de 34 ans qui n’a pas vu son époux depuis le départ de l’équipe le 14 mai.

«J’ai une vie différente de mes coéquipières plus jeunes, mais je n’avais pas le choix même si c’est difficile. Même à Montréal depuis janvier dernier, je ne voyais mon mari que quatre jours par mois parce que nous avions formé une bulle afin de pouvoir tenir des entraînements collectifs et non pas seulement des séances de natation.»

Compréhension

Bekhazi a pu compter sur le soutien de son mari, l’escrimeur Étienne Lalonde-Turbide, qui a pris part aux Jeux de Londres en 2012.

«Parce qu’il a lui-même participé aux Jeux, c’est plus facile à comprendre, mais il sait aussi que je suis dédiée à mon sport et que rien ne pouvait m’arrêter.»

Douloureux

Bekhazi a encore fraîches à la mémoire des défaites très douloureuses qui ont pimenté son parcours avec l’équipe nationale, dont la dernière participation aux Jeux remonte à 2004, à Athènes.

«La défaite dans la ronde de tirs contre les Américaines aux Pan-Am de 2011 fait encore très mal, raconte-t-elle. J’avais effectué le dernier tir qui s’était arrêté sur le poteau et j’avais entendu les partisans américains crier pour célébrer la victoire. Ce fut le match le plus long au monde.»

Et leur meilleur à vie contre les Américaines, la puissance mondiale de ce sport.

«On menait 7-4 après trois périodes et le temps régulier s’était terminé par une égalité de 8-8.»

La médecine de côté

Après des essais infructueux pour se qualifier pour les Jeux de 2008 et de 2012, Bekhazi a dû prendre une décision importante.

«J’ai mis de côté mon rêve de poursuivre des études en médecine», raconte-t-elle.

«Mon rêve de participer aux Jeux était trop gros pour que je le laisse aller. Au cours de ce cycle olympique, nous avions un entraîneur américain qui était très intense et qui ne représentait pas un bon “fit” pour le Canada. J’ai connu trois entraîneurs au cours de ce cycle et on ne s’est pas qualifiées.» 

Décision salutaire de la FINA  

Croyant que son rêve olympique était éteint et voulant prendre sa retraite comme son conjoint l’avait fait au même moment, Joelle Bekhazi souhaitait néanmoins demeurer avec l’équipe après les Jeux de 2016 afin d’aider la nouvelle génération de filles en leur transmettant sa vision du jeu.

Une décision déterminante allait la convaincre de poursuivre sa carrière.

«La FINA [Fédération internationale de natation] a décidé d’ajouter deux équipes féminines au tournoi olympique pour un total de 10, explique-t-elle. C’était alors impossible de ne pas rester avec l’équipe nationale. Et on a finalement réussi à se qualifier lors des Jeux Pan-Am en 2019 au Pérou. Je ne vais jamais oublier ce moment que j’attendais depuis 15 ans. Je pleurais et j’étais sous le choc.»

À Tokyo, elle aura une pensée pour Krystina Alogbo. Arrivée avec l’équipe nationale en même temps qu’elle en 2005, sa coéquipière a accepté une offre de joueuse entraîneuse en Italie après le report d’un an des Jeux.

«Je vais aussi penser à toutes les filles des trois cycles précédents qui n’ont jamais pu réaliser leur rêve», dit-elle.

Il n’aurait manqué que la présence de ses parents pour que l’étudiante en ostéopathie soit totalement comblée. «Quand nous avons appris que les étrangers ne seraient pas admis aux Jeux, ma mère m’a dit que c’était aussi son rêve de se rendre aux Jeux olympiques. Ça m’a détruit de l’entendre. Ça va être un gros choc de ne pas les voir dans les gradins. En 15 ans de carrière, mes parents ont raté un championnat mondial. Ils ont tout vécu avec moi.»

Objectifs

Après une longue attente, Bekhazi ne se pointe pas en touriste au Japon.

«Nous visons le podium, affirme-t-elle. Ça va être très difficile, mais c’est réaliste. Nous ne sommes pas à Tokyo pour participer. Les États-Unis ont une coche de plus, mais c’est très serré pour les neuf autres équipes.»

Après avoir battu la Hongrie et la Russie en ronde préliminaire, le Canada a subi des défaites contre ces mêmes adversaires dans la ronde des médailles et pris le 4e rang à l’occasion de la finale de la Série mondiale en Grèce, il y a quelques semaines.

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