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Procès de Guy Dion et Marie-Josée Viau: une journée pour brûler les corps

Enregistrée à son insu, une accusée de complot a expliqué ses nombreux efforts pour tout faire disparaître

Perquisition Marie-Josée Viau et Guy Dion
Photos courtoisie Marie-Josée Viau et Guy Dion (en mortaise) se seraient débarrassés des corps des frères Falduto à leur domicile de Saint-Jude, en Montérégie.

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Une femme soupçonnée d’être une complice de la mafia aurait déployé d’innombrables efforts pour alimenter un feu durant toute une journée, afin de s’assurer de ne laisser aucune trace des cadavres de deux frères qu’elle aurait aidé à éliminer.

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C’est ce qu’a pu entendre le jury chargé de son sort et de celui de son conjoint, mercredi, au centre judiciaire Gouin, à Montréal.

« Ça brûlait pas man, ça brûlait pas calice, ça brûlait pas, a lancé Marie-Josée Viau, ne sachant vraisemblablement pas qu’elle était enregistrée par un de ses complices allégués. Les os fondent, les os s’émiettent à la chaleur extrême. [...] Regarde, je suis en génie civil. Je le sais comment ça marche. »

La femme de 45 ans et son conjoint, Guy Dion, 49 ans, subissent leur procès relativement à des chefs de complot et de meurtres prémédités.

Un agent d’infiltration (AI), qu’on ne peut identifier pour protéger sa réelle identité, a amorcé son témoignage mardi concernant cinq « scénarios préétablis » mis en place dans le cadre d’une opération d’envergure de la Sûreté du Québec visant à soutirer des aveux au couple.

Délateur

Celui qui a été désigné aux jurés sous son matricule d’agent, soit le 1203, a précisé que lors des scénarios, il devait accompagner un tueur à gages de la mafia qui a retourné sa veste afin d’aider à coincer Viau et Dion, qui auraient aidé à assassiner les frères Giuseppe et Vincenzo Falduto en juin 2016.

Le délateur, considéré comme un agent civil d’infiltration (ACI), et l’AI 1203 portaient alors des dispositifs d’enregistrement, et les audios sont présentés au jury un à un.

Les jurés ont pu écouter mercredi le contenu de la deuxième rencontre, qui s’est tenue entre l’ACI et Marie-Josée Viau au domicile du couple de Saint-Jude, en Montérégie, le 8 juillet 2019.

Quelques jours auparavant, le premier scénario avait eu lieu dans un restaurant de la Rive-Sud, où la femme travaillait.

Béton, acide ou feu

« Moi j’ai été élevée : c’est soit le béton, soit l’acide ou le feu. C’est de même [que] tu détruis », a-t-elle déclaré avec aplomb à celui qui aurait été son complice, mais qui a ensuite collaboré avec la police, en décrivant de quelle façon son conjoint et elle auraient fait disparaître les corps des frères Falduto.

Viau a même affirmé que le soir où les assassinats se seraient produits, son conjoint Guy Dion, un pompier, avait reçu un appel d’urgence où il avait dû intervenir.

« Donc c’est moi qui a monté toute le setup, a soutenu Viau. Y restait six cordes de bois. On avait mis quatre bidons d’essence. [...] Guy, y’a vu du monde brûlé parce qu’il est pompier, y’a jamais brûlé quelqu’un. Guy était traumatisé. »

Semblant d’abord se plaindre que les dépouilles ne brûlaient pas comme elle l’aurait souhaité, l’accusée a expliqué que ça aurait pris « la journée au complet » pour tout faire disparaître, et qu’il avait fallu utiliser un pic et une pelle.

« Mais après c’est de tout ratisser. [...] On a tout enlevé ça, un pied de profond. Pis là on s’est fait livrer des voyages de terre. On a tout remis ça » a détaillé Viau.

Des armes à détruire

En plus de se débarrasser des deux dépouilles, la femme aurait fait de même avec des armes à feu, a-t-elle expliqué.

« Juste pour détruire les armes, j’ai passé trois sets [de lames]. Parce qu’on l’a fait au grinder », a dit Viau, toujours enregistrée à son insu, ajoutant que ça avait été coupé de « façon très méthodique ».


♦ Le procès se poursuit jeudi.

 

Ce que l’accusée a dit 

« Ce qui était dégueu, là, c’est que les gars étaient aux stéroïdes, ça c’est clair. Tu pourras pas me dire quoi que ce soit contre ça. »

« Osti, je pogne le pic. Je suis au pic et à la pelle là-dedans. Écoute le cœur... je braillais. [...] Pour être sûre que ça... au complet. »

« [Guy Dion] c’est les bras, moi je suis le cerveau. »

« Non, ça s’est faite ici. [...] Où est-ce que tu veux que j’aille ? Où que tu veux que je fasse ça ? »

« L’eau de javel partout. Oh non, je te dis, j’en avais acheté. La fille capotait man, le panier d’épicerie, juste des gallons d’eau de javel. »

– Marie-Josée Viau

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