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Quel intérêt auront les JO à huis clos?

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Y aura-t-il plus de téléspectateurs pour la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques, demain matin à 6 h 20, qu’à 11 h, lundi, pour l’assermentation de Mary Simon, la nouvelle gouverneure générale ? 

Pauvre Radio-Canada ! Ce n’est pas avec les Jeux de Tokyo que le diffuseur public amortira la somme qu’il a payée pour des droits qu’il détient jusqu’en 2024. Sûrement plusieurs dizaines de millions. Fidèle à ses vieilles habitudes cachotières, Radio-Canada n’en a jamais dévoilé le montant. Au moins, il n’y a pas de droits à payer à la gouverneure !

Ni le CIO ni le Comité olympique japonais n’offriront de dédommagements aux diffuseurs pour ces jeux confidentiels auxquels n’assistera aucun spectateur. Toyota, qui avait déboursé un milliard pour être l’un des commanditaires principaux, vient d’annuler sa publicité à la télévision japonaise. 

Ce n’est pas l’absence de spectateurs qui motive cette décision, mais le fait que la majorité des Japonais (environ 60 %) est contre la tenue des Jeux. Seulement le tiers des Japonais ont été vaccinés et très peu ont reçu les deux doses réglementaires. Ils craignent donc que les Jeux occasionnent des éclosions qui pourraient rendre la pandémie incontrôlable. 

C’est pour rassurer la population que le Comité olympique japonais a décidé, le 8 juillet, qu’il n’y aurait pas de spectateurs dans les gradins. Il n’en reste pas moins que les 11 000 athlètes et leurs milliers d’entraîneurs et d’accompagnateurs suffiraient amplement à propager le virus si plusieurs sont infectés. On compte déjà 70 d’entre eux qui le sont.

LE PLAISIR DU SPORT

Nous ne verrons que des athlètes performant dans des stades vides. Avec les éliminatoires de la Coupe Stanley, nous venons de faire l’expérience de joutes à huis clos. Des manifestations sportives sans spectateurs, je n’y ai pas trouvé grand plaisir. Le premier ministre François Legault non plus, qui a houspillé le docteur Arruda jusqu’à ce qu’il lâche un peu de lest.

Même si le Centre Bell n’était ouvert qu’à un faible pourcentage de sa capacité, ce fut suffisant pour que nous revivions enfin le plaisir du hockey et la fièvre des éliminatoires. Les joueurs eux-mêmes retrouvèrent tout leur tonus avec les applaudissements, les cris et l’hystérie de la foule. Des éléments qui sont essentiels pour que les athlètes s’arrachent le cœur et donnent leur 110 %, comme disent si bien les chroniqueurs sportifs. 

C’est la même chose qu’au concert et au théâtre. Les acteurs comme les musiciens ne jouent jamais aussi bien que lorsqu’ils s’exécutent devant un auditoire. Est-ce à dire que peu de records seront égalés ou dépassés à Tokyo ? Ni moi ni personne ne peut répondre à cette question, mais, chose certaine, la télévision n’établira aucun record d’écoute.

DE BIEN MAUVAIS AUGURES

En plus de l’absence de spectateurs, le décalage horaire jouera contre les Jeux. Tokyo est en avance de 13 heures sur Montréal. Lorsque commencera la cérémonie d’ouverture à 13 h vendredi, à Tokyo, il sera minuit au Québec. Radio-Canada entamera la diffusion à 6 h 20, vendredi matin, au moment où les athlètes auront terminé leur repas du soir et s’apprêteront à regagner leur lit. Enfin, l’absence d’une délégation russe enlèvera du lustre aux vainqueurs dans les disciplines où les Russes ont l’habitude d’être indétrônables. 

Quel dommage pour tous les téléspectateurs que les Jeux de Tokyo s’ouvrent sous d’aussi mauvais augures ! Le Canada y a dépêché une délégation de 371 athlètes, la plus grosse depuis 37 ans, et jamais les technologies d’enregistrement et de diffusion de CBC/Radio-Canada n’ont été aussi au point.