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Des nouvelles de Cuba (suite)

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Les manifestations du dimanche 11 juillet dernier ont laissé des cicatrices profondes au sein de la société cubaine peu habituée à ce genre d’événement. Des artistes, des intellectuels, des gens ordinaires se sont prononcés pour ou contre, chacun y allant de sa propre interprétation. Mais une chose est sûre : l’empire étatsunien a organisé ces violences en payant des « poteaux » chargés de propager les fausses nouvelles ; il a tiré profit des difficultés créées par la COVID-19 et les 243 mesures contraignantes adoptées par Trump avant de quitter la Maison Blanche, pour créer, dans l’île, une situation de chaos, laissant croire que le gouvernement ne maîtrisait plus la situation. D’où le mot d’ordre, twitté à des centaines de milliers de reprises. « SOS Cuba ». 

Le maire de Miami, un Cubano-américain, lui, n’a pas hésité à demander qu’on bombarde tout simplement La Havane « pour mettre fin au régime castriste ». D’autres prônaient une invasion, de façon à créer « un couloir humanitaire pour aider le peuple cubain », oubliant, par crétinisme ou par manque de jugement que la meilleure façon d’aider la population, c’est de mettre fin au blocus qui étouffe le peuple cubain depuis près de soixante ans et comme l’a exigé l’écrasante majorité des pays de l’Assemblée générale des Nations Unies tout récemment.

La création d’un tel couloir humanitaire suppose obligatoirement l’envoi de forces armées et l’immiscion dans les affaires internes du pays concerné qui voit ainsi sa souveraineté bafouée. 

Le cas le plus fameux d’une intervention dite humanitaire est très certainement la Yougoslavie. Après la dislocation de l’URSS, en 1991, seule la Yougoslavie est demeurée gouvernée par un parti socialiste. Mais cela faisait « anachronique » dans la vieille Europe et il fallait faire quelque chose pour y mettre fin. La Yougoslavie était un État fédéral qui regroupait six républiques : Bosnie-Herzégovine, Croatie, Slovénie, Macédoine, Montenegro et Serbie. Depuis quelque temps, les tensions s’exacerbaient au Kosovo, une province de la République serbe où prédominait une majorité albanaise. Ces tensions ethniques s’étendirent à d’autres républiques. Il n’en fallait pas plus pour que l’OTAN intervienne « pour des raisons humanitaires ». Entre mars et juin 1999, l’OTAN, sans mandat de l’ONU, bombarda la capitale Belgrade et d’autres villes « pour empêcher une catastrophe humanitaire ». Bilan : plus de 2500 morts et 10 000 blessés, sans parler des pertes matérielles évaluées à plusieurs milliards de dollars. L’État fédéral éclata et six nouvelles républiques indépendantes virent le jour. C’en était fini de l’exemple yougoslave. Quant au Kosovo, le prétexte à ce désastre humanitaire, son président, Hashhim Thaçi, a été accusé, en juin 2020, par le tribunal de La Haye, de crimes de guerre, tortures, ventes d’organes humains, trafics de drogues, réseaux de prostitution, etc. L’horreur. Grâce au soutien de l’OTAN et des États-Unis, ce bourreau est toujours au pouvoir. Pour des raisons humanitaires, croyez-vous ?

Haïti est un autre beau cas d’aide dite humanitaire. À la suite du tremblement de terre de 2010, les États-Unis et l’ONU y ont installé une mission de Casques bleus, qui n’a servi que de poudre aux yeux pour masquer la corruption de ladite aide humanitaire, gérée par la Fondation Clinton (Bill et Hilary). En juin 2017, Klaus Eberwein, un fonctionnaire haïtien, fut assassiné alors qu’il s’apprêtait à dévoiler où allait l’« aide humanitaire » : à peine 0,6% était destiné aux organisations humanitaires haïtiennes, 9,6% allait au gouvernement, et le reste, soit 5 milliards 400 millions de dollars s’est retrouvé dans les coffres d’organisations non haïtiennes. Onze ans plus tard, les sinistrés du tremblement de terre sont toujours sans logement.

Et je pourrais continuer encore en citant la Somalie, l’Irak, la Libye, etc. Autant d’« interventions humanitaires » qui ont causé des millions de morts et n’ont en rien amélioré la situation de ces pays. 

Ceux qui réclament ce genre d’intervention à Cuba sont soit ignorants, soit machiavéliques. Cuba en a vu d’autres et saura se défendre contre ces attaques insidieuses. Et comme le disait le poète Gaston Miron à propos de l’indépendance du Québec : « Ça ne peut pas toujours ne pas arriver. » Le blocus contre Cuba devra un jour être levé.