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Perdre le Sud: un appel à la «solidarité radicale»

Perdre le Sud
Photo courtoisie Perdre le Sud
Maïka Sondarjee
Éditions Écosociété

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À l’heure où des relents d’intervention militaire sous couvert d’« aide humanitaire » se font sentir tout près de chez nous, au sud de notre frontière, cet essai de Maïka Sondarjee devrait remettre les pendules à l’heure.

Depuis 20 ans, avec la multiplication des traités commerciaux de libre-échange entre les différents pays, riches et moins riches, nous dit Haroun Bouazzi, en préface, la mondialisation a étendu ses effets pervers aux quatre coins de la planète, entraînant l’affaiblissement des gouvernements locaux et favorisant la concurrence fiscale entre États. 

Comment penser un monde nouveau où la démocratie ne serait pas un vain mot et où la solidarité internationale Nord-Sud serait la base de ce nouvel ordre mondial, pour contrer, entre autres, les effets de la crise climatique ou tout simplement mettre fin aux paradis fiscaux ?

Trois facteurs caractérisent le nouvel ordre économique mondial, nous dit Maïka Sondarjee : « L’exploitation (économique), la dépossession (des terres, des savoirs et des vécus) et l’oppression (raciale, genrée et sexuelle, notamment). » 

Cet ordre favorise l’Occident, plus précisément le Nord, où se concentre la majorité des riches, au détriment du Sud, où se concentrent les populations marginalisées, de loin les plus nombreuses.

Pourquoi cette division injuste, ces « inégalités géographiques » ?

Exemples concrets 

L’ouvrage de la professeure Sondarjee propose aux lecteurs des cas concrets où le fossé entre ces deux parties du monde donne à réfléchir sur nos modes de consommation. Les maquiladoras, ces usines de cheap labor installées un peu partout au Sud global, sont un bel exemple de cette division du travail. Tandis que nous, au Nord, consommons nos Calvin Klein, Levi’s et autres Guess, des travailleuses — car ce sont majoritairement des femmes — peinent, suent et se rendent malades dans ces ateliers de textile, travaillant dans des conditions misérables pour un salaire de famine, subissant même le harcèlement sexuel des patrons. Ainsi, « le salaire mensuel des travailleuses éthiopiennes, de 26 $ en moyenne, se situe au bas de l’échelle des salaires dans l’industrie mondiale du textile, loin derrière la Chine (326 $), l’Indonésie (280 $), l’Afrique du Sud (244 $) ou le Myanmar (95 $) ».

Cela se passe en 2021.

Au Bangladesh, c’est à peu de choses près le même scénario de misère. Les changements climatiques, qui provoquent sécheresses ou inondations, forcent les populations à se déplacer vers les grands centres qui étouffent de plus en plus sous le poids des migrants climatiques. Dhaka, la capitale, est la ville la plus surpeuplée de la planète. « Plus de 44 500 personnes se partagent chaque kilomètre carré de la ville. »

Devant les statistiques alarmantes de l’ONU — les changements climatiques vont pousser 120 millions de personnes dans la pauvreté d’ici 2030 —, l’auteure n’hésite pas à parler d’« apartheid climatique ». Or, précise Sondarjee, la sécheresse en elle seule ne provoque pas la famine. « Elle le fait si et seulement si elle est accompagnée de pauvreté extrême, d’insécurité politique et/ou d’infrastructures déficientes. » Ce qui n’était pas le cas en Californie, État riche, où il y a eu sécheresse, mais sans son cortège de morts.

Sondarjee nous met aussi en garde contre le nouveau discours antimondialisation qui, surtout depuis l’entrée en scène de Donald Trump, a pris une dangereuse tangente populiste et ultra nationaliste où « l’ennemi est l’immigrant ou le travailleur étranger », évacuant toute manifestation d’une nécessaire « solidarité radicale [...] qui implique une décolonisation de nos pratiques et de nos savoirs ».

Cet ouvrage est un appel à la solidarité et « à la réparation des injustices passées ». Et présentes, j’ajouterais.