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Forces armées: à quoi a servi leur héroïsme?

Des proches et un ex-soldat marqués à vie par le conflit en Afghanistan s’inquiètent du chaos qui a repris le pays

Quebec
Photo Stevens LeBlanc Le capitaine à la retraite Frédéric Caron, qui a été libéré des Forces en 2013 après une longue carrière de 25 ans, admet être préoccupé par la situation actuelle en Afghanistan.

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La détérioration de la situation en Afghanistan replonge dans des souvenirs difficiles des parents endeuillés et d’ex-militaires québécois, dont certains se demandent si leurs sacrifices en auront valu la peine.

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Parallèlement à la décision des États-Unis et de l’OTAN de retirer leurs troupes de l’Afghanistan, le mouvement taliban s’est emparé de plusieurs nouveaux territoires depuis quelques mois, surtout ruraux.

La situation fait craindre un recul des droits de la personne et de la relative stabilité âprement défendus par les forces étrangères, dont le Canada, qui a de son côté mis fin à sa mission en 2014.

Josée Simard se recueillant auprès de la tombe de sa fille, la caporale Karine Blais, en 2012.
Photo d'archives, Agence QMI
Josée Simard se recueillant auprès de la tombe de sa fille, la caporale Karine Blais, en 2012.

Ces développements sont difficiles à supporter pour Josée Simard, des Méchins, dont la fille de 21 ans, qui était sa « grande amie », la caporale Karine Blais, a tragiquement péri en Afghanistan en avril 2009, dans l’explosion d’une bombe artisanale.

Déception

« Tout ce que les Américains et les Canadiens ont bâti, tout ce que les gens ont bâti là-bas, ça va être détruit », appréhende Mme Simard, qui admet être « déçue » de la tournure des événements.

La mère, qui pense à sa fille « tous les jours », est d’avis que l’armée afghane avait encore besoin du soutien international, mais se dit d’un autre côté qu’« on a assez perdu d’enfants ».

« Je crois que c’est minime ce qu’ils ont fait là-bas, pour la grande perte que j’ai eue », laisse-t-elle tomber.  

  • Écoutez l'entrevue de Vincent Dessureault avec Jocelyn Démétré, ancien militaire et auteur du Best Seller « Sunray 21: Mémoires d’un vétéran de combat extrême en Afghanistan », sur QUB radio:    

À Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier, le capitaine à la retraite Frédéric Caron demeure convaincu que l’intervention du Canada était nécessaire et justifiée dans la foulée des attentats du 11 septembre 2001.

Aujourd’hui, il avoue tout de même être habité par le sentiment « qu’on a fait ça pour rien » et craindre que « le bordel va repogner », à la lumière du contexte actuel.

« On protégeait le Canada, mais à l’étranger, c’est ça notre mandat. Les écoles et les puits qu’on a refaits, ça a servi à [quelque chose] », souligne le père de famille, qui a mis des années à surmonter un choc post-traumatique après un deuxième déploiement très éprouvant en Afghanistan, en 2009.

Son héros

Robert Beauchamp, de Saint-Marcel-de-Richelieu, essaie lui aussi de s’accrocher aux réalisations des militaires canadiens, comme la construction de routes et l’espoir qu’ils ont essayé de transmettre à la population locale.

Son fils, le caporal Nicolas Beauchamp, un technicien médical, a soigné de nombreuses personnes : confrères militaires, citoyens afghans, et même talibans.

Sa propre vie s’est malheureusement arrêtée à l’âge de 28 ans, en novembre 2007 à Kandahar, après qu’un explosif improvisé se fut déclenché sous le véhicule dans lequel il était.

« Moi, en tout cas, c’est mon héros. Je ne pense pas que ce soit un sacrifice inutile, je pense qu’ils ont fait quand même du bien autour d’eux, mais malheureusement, ça n’a pas l’air d’avoir réglé grand-chose », soupire M. Beauchamp.  


LE CANADA EN AFGHANISTAN :  

  • Plus de 40 000 membres des FAC déployés de 2001 à 2014     
  • 158 militaires et sept civils canadiens ont perdu la vie, dont un diplomate, quatre travailleurs humanitaires, un entrepreneur et un journaliste     
  • Des milliers d’autres ont souffert de blessures physiques et psychologiques     
  • La plus longue mission de combat du pays     
  • Une 2e phase consacrée à la formation des forces afghanes et à l’aide humanitaire de 2011 à 2014     
  • Plus de 3,7 G$ versés en aide internationale depuis 2001          

Une victoire inacceptable des talibans      

La chute au début du mois de Panjwai, un district clé de l’Afghanistan où des Canadiens et des Québécois ont laissé leur vie, est difficile à encaisser pour plusieurs membres des Forces armées canadiennes.

La nouvelle « a frappé beaucoup d’entre nous particulièrement fort », a reconnu le chef d’état-major de la Défense par intérim, le lieutenant-général Wayne Eyre, dans une déclaration sur les réseaux sociaux quelques jours après les événements.

Les talibans ont conquis le 4 juillet ce district situé dans la province de Kandahar, qui est « gravé de manière indélébile dans la psyché collective de ceux et celles qui y ont servi », a souligné le commandant.

« Beaucoup d’entre nous se demandent, parfois depuis des années, si cela en valait la peine », a-t-il reconnu, disant que les réponses à cette question sont « personnelles » et que « le temps nous le dira ».

Demeurer fier

Le commandant a invité à « honorer le noble engagement à servir et à rendre le monde meilleur », tout en exhortant les membres actuels et anciens de l’armée et leur famille à aller chercher de l’aide s’ils en sentent le besoin.

Selon lui, « nous pouvons garder la tête haute en sachant que nous avons fait tout ce que notre gouvernement nous a demandé de faire ».

L’intervention du Canada et de ses alliés a permis de donner « du temps » au gouvernement afghan et à son peuple et « c’est à eux de décider ce qu’ils [en] feront », a-t-il affirmé.

Aux États-Unis, le président Joe Biden a justifié sa décision de retirer les troupes américaines de l’Afghanistan en laissant entendre que les conditions idéales d’un désengagement étaient hors de portée, et que les principaux objectifs du pays avaient été remplis, notamment chasser Al-Qaïda et neutraliser Oussama ben Laden, à la suite des attentats de septembre 2001.

Terrorisme

Le retrait des troupes américaines est déjà réalisé à plus de 90 %, à moins de deux mois de la date butoir. Les forces étrangères sous l’égide de l’OTAN ont emboîté le pas, tandis que le Canada n’est plus présent en Afghanistan depuis 2014.

Ce repli fait suite à un accord historique conclu par la précédente administration de Donald Trump avec les talibans, exigeant entre autres qu’ils empêchent tout groupe terroriste d’opérer depuis les territoires afghans sous leur emprise.

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