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Le désastre de Woodstock ‘99

Un nouveau documentaire revient sur le fiasco qu’a été ce festival en 1999

Woodstock 99
Photo d'archives Le week-end avait tourné à l’émeute lors du dernier soir du festival.

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L’animatrice Anne-Marie Withenshaw a été « dégoûtée » en regardant le nouveau documentaire qui revient sur le désastre qu’a été Woodstock ‘99, un festival qu’elle avait couvert pour MusiquePlus. « C’était vraiment pire que dans mes souvenirs », mentionne-t-elle.  

Dans Woodstock 99: Peace, Love and Rage, on cherche à savoir tout ce qui n’a pas fonctionné dans ce célèbre festival qui s’est tenu durant trois jours de juillet 1999 à Rome, dans l’État de New York. 

À certains moments, au début du week-end, Woodstock ’99 avait l’air d’un festival tout à fait normal.
Photo Courtoisie Bell/Crave
À certains moments, au début du week-end, Woodstock ’99 avait l’air d’un festival tout à fait normal.

En près de deux heures, on comprend que l’événement était presque voué à un fiasco assuré, tant les ingrédients pour un désastre étaient tous réunis.  

Organisé sur une base militaire, Woodstock 99 regroupait plusieurs artistes connus, mais aux styles diamétralement opposés. On avait à la fois présenté des Alanis Morissette, Jewel et Sheryl Crow, mais aussi des Limp Bizkit, Korn, Metallica et Rage Against the Machine. 

Alanis Morissette durant sa prestation.
Photo d'archives, Ottawa Sun
Alanis Morissette durant sa prestation.

La température accablante – il faisait presque 40 degrés sur le site – et le manque flagrant d’eau potable pour le demi-million de personnes présentes avaient causé de nombreux problèmes. On avait compté des coups de chaleur par centaines. Un festivalier en est même décédé. 

Des festivaliers se sont roulés dans la boue sans savoir qu’il s’agissait du contenu de toilettes chimiques à proximité. 

Des festivaliers se sont roulés dans la boue sans savoir qu’il s’agissait du contenu de toilettes chimiques à proximité.
Photo d'archives
Des festivaliers se sont roulés dans la boue sans savoir qu’il s’agissait du contenu de toilettes chimiques à proximité.

Woodstock 99
Photo d'archives, Ottawa Sun

Des dizaines d’arrestations ont eu lieu durant le week-end. Huit plaintes pour agression sexuelle ont aussi été déposées à la police. Mais on raconte qu’elles se seraient plutôt élevées à plusieurs centaines... 

Le week-end désastreux a culminé lors du dernier soir, pendant la prestation de Red Hot Chili Peppers. Un organisme de charité avait eu la bonne idée de distribuer des bougies aux festivaliers pour commémorer les victimes de la récente fusillade de Columbine. Résultat ? De nombreux feux avaient été allumés un peu partout sur le site. Le festival a viré à l’émeute et la police a dû évacuer le site. 

Pendant la prestation de Red Hot Chili Peppers, plusieurs festivaliers avaient déclenché des feux.
Photo d'archives, REUTERS
Pendant la prestation de Red Hot Chili Peppers, plusieurs festivaliers avaient déclenché des feux.

Baptême de feu 

Présenté sur Pay-Per-View, Woodstock ‘99 comptait aussi trois diffuseurs officiels sur place : MTV, MuchMusic et MusiquePlus. La station québécoise avait déployé près d’une trentaine d’employés, dont les VJ Anne-Marie-Withenshaw, Mike Gauthier, Patrick Marsolais et Geneviève Borne. 

« C’était un baptême de feu pour moi parce que ça ne faisait même pas un an que j’étais à MusiquePlus, se souvient Anne-Marie. Je n’avais que 20 ans et j’avais vu ça comme une très grande responsabilité qu’on m’avait confiée de faire partie de l’équipe de diffusion en direct. » 

Anne-Marie Withenshaw et Geneviève Borne étaient parmi les VJ de MusiquePlus à couvrir Woodstock ’99.
Photo Courtoisie, Anne-Marie Withenshaw
Anne-Marie Withenshaw et Geneviève Borne étaient parmi les VJ de MusiquePlus à couvrir Woodstock ’99.

« J’avais couvert Woodstock ‘94 cinq ans plus tôt et je savais que ce serait un gros événement, dit Mike Gauthier. Mais on ne s’attendait pas à voir autant de débordements. [...] À un certain moment, j’ai dû faire une intervention en ondes pour dire aux gens du Québec qu’on était en sécurité. » 

« Quand tu as 20 ans, tu n’es pas vraiment consciente du danger, dit Anne-Marie. Quand on nous a dit que l’armée s’en venait et qu’il fallait évacuer, on s’est rendu compte qu’ils craignaient pour nos vies. » 

Une jeune Anne-Marie Withenshaw, âgée de seulement 20 ans, a eu l’occasion de rencontrer certains des groupes les plus populaires de la planète en 1999. Ici, on la voit en compagnie de deux membres du groupe The Offspring.
Photo Courtoisie Anne-Marie Withenshaw
Une jeune Anne-Marie Withenshaw, âgée de seulement 20 ans, a eu l’occasion de rencontrer certains des groupes les plus populaires de la planète en 1999. Ici, on la voit en compagnie de deux membres du groupe The Offspring.

« Les femmes doivent être blâmées » 

L’un des moments les plus choquants du documentaire est la citation d’un des promoteurs de Woodstock ’99, John Scher, à propos des agressions sexuelles qui sont survenues durant le festival.  

« Il ne fait aucun doute que certains incidents ont eu lieu, dit-il. Mais si vous retournez voir les rapports de police, on ne parle pas de 100 cas ou même de cinquante. On parle plutôt de dix. Je critique les centaines de femmes qui se promenaient sans vêtement et qui s’attendaient à ne pas se faire toucher. Elles n’auraient pas dû se faire toucher et je condamne ça. Mais vous savez, je pense que des femmes qui courent nues doivent être partiellement blâmées pour ça. » 

Le camping du festival, alors que tout était encore propre.
Photo Courtoisie Bell/Crave
Le camping du festival, alors que tout était encore propre.

Les déchets ont été très nombreux à s’empiler sur le sol de la base militaire où se déroulait l’événement
Photo Courtoisie Bell/Crave
Les déchets ont été très nombreux à s’empiler sur le sol de la base militaire où se déroulait l’événement

Cette citation a fait sursauter Mike Gauthier et Anne-Marie Withenshaw lorsqu’ils ont regardé le documentaire. « Tu ne peux pas dire des affaires de même en 2021 », affirme Mike Gauthier. 

« C’est épouvantable. Ça parle de soi », ajoute Anne-Marie.  

Très occupée durant ce week-end, l’animatrice mentionne qu’elle n’était pas au courant de tout ce qui se passait de dégradant sur le site. « Je travaillais 24 heures sur 24 et j’avais la tête dans mes dossiers. Sinon, j’essayais de trouver une douche, de manger ou de m’abreuver. » 

« Malheureusement, une jeune fille comme moi de 20 ans en 1999, j’étais beaucoup plus conditionnée que les jeunes d’aujourd’hui à normaliser la violence sexuelle faite aux femmes, explique-t-elle. Nous, on ne clignait pas des yeux quand on entendait des bands dire : « Show us your tits! ». » 

« Je trouve ça le fun que ce film-là fasse surface. Non pas pour salir ou ternir l’image d’un festival. Mais vraiment pour renforcir le point que des festivals comme Osheaga, aujourd’hui, ont besoin de groupes comme Les hirondelles. Ces groupes vérifient le comportement des gens envers les femmes [durant les festivals] et font aussi en sorte que les événements ont une conscience environnementale. Je pense que [Woodstock ‘99] a été le dernier beau gâchis du millénaire. » 

Le documentaire Woodstock 99: Peace, Love and Rage est présentement disponible sur la plateforme Crave. La version française sortira cet automne. 

Souvenirs de Woodstock ‘99  

« J’avais 20 ans à l’époque et on faisait huit heures de direct par jour. C’était l’expérience de broadcasting la plus excitante de toute ma vie. [...] J’ai craint pour ma vie le samedi et le dimanche soir. [...] On était sur un échafaudage de 60 pieds dans les airs pour bien voir la scène et ils essayaient de nous faire tomber. C’était hyper dangereux. »

– Anne-Marie Withenshaw

« J’ai vu des gens commencer à brasser les toilettes chimiques. Et tout est sorti... Ils s’étaient tous jetés là-dedans. [...] Quand je voyais les feux allumés un peu partout, je me disais que j’étais en train de vivre une méchante page de l’histoire, autant musicale que sociale. »

– Mike Gauthier

« C’était un cocktail qui était annonciateur. Ça puait, il faisait chaud. Le monde était intoxiqué et fatigué. Plus ça avançait, plus les gens étaient agressifs. [...] Après deux jours, le camping était tellement trash, ça n’avait aucun bon sens. »

– Patrick Marsolais