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Tokyo 2020: Valois-Fortier déçu, mais serein dans sa sortie au 2e tour

Antoine Valois-Fortier digère tranquillement son élimination à son 2e combat du tournoi de judo

Tokyo 2020: Valois-Fortier déçu, mais serein dans sa sortie au 2e tour
Photo AFP

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TOKYO  |  Déçu que son parcours olympique prenne fin dès le 2e tour chez les 81 kg, le judoka Antoine Valois-Fortier affichait néanmoins un bien meilleur état d’esprit qu’à Rio en 2016 où sa 7e position l’avait complètement anéanti.

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« Je suis plus serein qu’en 2016 où je m’étais mis beaucoup de pression sur les épaules, a expliqué Valois-Fortier. Aujourd’hui [mardi], j’étais relax et j’ai profité du moment. C’était différent de Rio où j’étais en panique et stressé. »

Le médaillé de bronze des Jeux olympiques de Londres en 2012 aurait néanmoins souhaité que son cycle olympique se termine sur une note différente. 

« Je ne ressens pas de frustration, mais seulement de la déception parce que les cinq dernières années n’ont pas été faciles entre les deux oreilles avec mes deux opérations, l’absence de compétitions et la COVID-19 », a-t-il exprimé. 

« Je suis déçu que ça se termine de cette façon. Même si ma décision n’est pas encore prise et que je veux prendre du repos et du recul avant de trancher, c’est peut-être la fin d’une belle aventure », a poursuivi l’athlète de 31 ans au sujet d’une éventuelle retraite.

« J’ai la tête vide et je veux juste aller manger des cochonneries et prendre une bière, de poursuivre celui qui compte trois médailles au mondial en carrière. Je verrai si ça me manque, mais c’est certain qu’il m’en reste moins à faire. »

Après une victoire chaudement disputée à son premier combat contre le Grec Alexios Ntanatsidis, Valois-Fortier s’est frotté au Russe Alan Khubetsov, un adversaire qu’il avait déjà battu à deux reprises.

Malgré cette prise, Antoine Valois-Fortier (bleu) s’est incliné contre le Russe Alan Khubetsov.
Photo AFP
Malgré cette prise, Antoine Valois-Fortier (bleu) s’est incliné contre le Russe Alan Khubetsov.

Stratégie de l’adversaire

« Il a utilisé une stratégie différente pour m’empêcher de mettre ma main droite à son col et j’ai été surpris en début de combat, a-t-il expliqué. J’ai eu besoin d’une minute pour m’adapter et il était trop tard. Avec un pointage de 1-0, il a protégé son avance. Crédit à lui parce qu’il était bien préparé et qu’il a utilisé une bonne stratégie. »

Son entraîneur et ami Nicolas Gill abondait dans le même sens. 

« Antoine s’est fait coincer en partant et il s’est fait prendre de court sur la première séquence. Si on enlève les 30 premières secondes, il en a fait plus que le Russe. Le judo, ça se joue sur de petites choses. Le Russe est 8e au monde et Antoine occupe le 9e rang. »

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Aucun regret

Dans cette dernière année et demie différente de toutes les autres, Valois-Fortier a dû prendre des décisions difficiles, notamment faire l’impasse sur le championnat mondial du 1er au 6 juin à Budapest. 

« Je suis vraiment fier de mes cinq années et je n’ai aucun regret. Je referais tout de la même façon. Pour le mondial, j’avais besoin de m’occuper de ma santé [blessure aux côtes] et de faire un bon bloc d’entraînement », a-t-il affirmé. 

« Étonnamment, j’étais prêt et je n’ai pas senti que j’étais rouillé. J’avais la tête à la bonne place, j’étais en santé et serein », a enchaîné le judoka.

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Podium accessible

Malgré toutes les embûches qui se sont dressées sur le chemin de Valois-Fortier au cours des cinq dernières années, Gill estime que ce n’était pas illusoire d’envisager un podium.

« Même si toutes les chances n’étaient pas de son côté et qu’il s’agissait d’un défi de très grosse taille, c’était réaliste de croire qu’Antoine pouvait se battre pour une médaille, a-t-il affirmé. Antoine a passé très peu de temps à l’étranger et ce fut néfaste. »

L’entraîneur croit-il que son protégé accrochera son judogi ? 

« J’espère qu’il ne prendra pas sa décision aujourd’hui. S’il a disputé son dernier combat, il est important qu’il quitte selon ses termes. S’il ne se sent pas capable, Antoine ne continuera pas. S’il continue, il sera dans le coup et va s’engager à fond. D’une façon ou d’une autre, Judo Canada sera là pour l’appuyer », a affirmé Gill.

À ses troisièmes Jeux, Valois-Fortier estime qu’il a pu savourer une belle expérience malgré les contraintes sanitaires. 

« Sans les fans, ce n’est pas pareil, mais c’est magique les Jeux olympiques et ça représente notre Coupe Stanley. Les anneaux olympiques, c’est spécial. C’était incroyable la médaille de Jessica [Klimkait] et on capotait. On a vécu en équipe sa médaille et la bonne performance d’Arthur [Margelidon]. »

Après lui avoir fait une grosse accolade dans la zone mixte au terme de sa victoire en quart de finale, Valois-Fortier a encouragé bruyamment Catherine Beauchemin-Pinard dans son combat vers la médaille de bronze.

Un vibrant hommage du grand patron 

Nicolas Gill a rendu un hommage bien senti à Antoine Valois-Fortier après son élimination.

Gill estime que Judo Canada n’aurait pas été en mesure de se développer de cette façon, n’eût été l’apport financier relié à la médaille de bronze du judoka de Québec aux Jeux de Londres en 2012.

« Sans la médaille olympique d’Antoine, on ne serait pas ici en ce moment », a déclaré le directeur général et directeur de la haute performance à Judo Canada. 

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Photo d'archives Agence QMI, Maxime Deland

« Parce que nous n’avons pas assez de membres ou de financement privé, Judo Canada est totalement dépendant du financement du gouvernement fédéral et ces argents sont attribués en fonction des succès olympiques », a expliqué Gill.

Grâce à Antoine

« Il y avait eu du travail fait en amont, mais sa médaille a été le point culminant, de poursuivre Gill qui compte deux médailles olympiques à son actif. Un athlète peut se rendre aux Jeux pas mal seul, mais tu ne peux pas avoir trois judokas qui se battent pour une médaille olympique sans une structure solide en place. L’INS [Institut national du sport du Québec] et nos programmes, c’est le legs d’Antoine. »

Humble comme à son habitude, Valois-Fortier a plutôt salué le travail des dirigeants et le talent de ses coéquipiers. 

« Pour être honnête, les judokas qui sont ici sont tellement déterminés, si je n’étais pas là, ils seraient ici quand même, sans aucun doute. Tant mieux si je peux avoir joué un rôle là-dedans, mais ce sont la crème de la crème. Ils seraient ici même sans moi.

« Je serais curieux de voir il y a combien de pays qui pratiquent le judo, d’ajouter Valois-Fortier qui pourrait très bien se lancer dans le coaching au terme de sa carrière. C’est un sport extrêmement compétitif et nos dirigeants ont dû prendre de bonnes décisions pour que nous soyons compétitifs à Tokyo. La France compte 750 000 licenciés comparativement à 20 000 au Canada. »

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