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Je ne me suis jamais senti si peu canadien

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Photo AFP

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Savez-vous à quoi je pense chaque fois que je regarde du coin de l’œil la couverture des Jeux olympiques ?

À quel point je me sens étranger dans mon propre pays.

Je n’ai jamais ressenti une grande émotion en regardant des compatriotes agiter le drapeau du Canada, mais là, c’est pire que tout. 

Si une machine pouvait mesurer mon degré de patriotisme, on verrait une ligne horizontale. 

Sans la moindre petite bosse. 

Comme on pouvait le voir dans la série E.R. :

« Vite, donne-moi le défibrillateur, je vais tenter de le réanimer !

— Non, tu ne peux rien faire, Doug, il est déjà parti ! » 

  • Écoutez la chronique de Richard Martineau au micro de Danny St Pierre:  

L’INDIFFÉRENCE

Oh, bien sûr, quand un(e) athlète québécois(e) monte sur le podium, je ressens une certaine fierté. 

Mais un(e) athlète de l’Ontario ? Ou de la Saskatchewan ?

C’est comme si on m’apprenait qu’une athlète suédoise que je ne connais ni d’Ève ni d’Adam vient de remporter la médaille d’or aux 100 mètres haies.

« Ah oui ? Ah bon. »

Je n’ai rien contre le Canada, c’est un beau pays.

Mais ce n’est pas mon pays.

En fait, je ne me suis jamais senti aussi peu canadien que maintenant. 

C’est comme si les deux trois fils qui me reliaient encore à ce pays s’étaient rompus définitivement. 

Ce pays me laisse froid. 

Indifférent. 

Aller à Toronto, pour moi, c’est comme aller à Copenhague ou à Oslo. 

Une autre culture, une autre façon de penser, un autre monde. 

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DANS LE COMA

Pourtant, en 1995, j’avais presque enterré mes sentiments séparatistes. 

« Ça fait deux fois qu’on demande aux Québécois s’ils veulent former un pays, et ça fait deux fois qu’ils répondent non. Le temps est venu de tourner la page et de passer à autre chose, ça ne sert à rien de garder artificiellement en vie une idée qui visiblement ne les intéresse pas. »

J’ai donc commencé à me définir comme un « citoyen du monde ». 

La Terre est ma maison, les frontières sont des lignes arbitraires tracées dans le sol, et tout le bataclan.

Que voulez-vous, c’était l’époque.

Je n’étais pas le seul à ranger mon fleurdelisé. Plusieurs Québécois – et pas les moindres – ont eu le même réflexe.

« La fatigue référendaire », qu’on appelait ça. 

« Quand on est fatigué, on va se coucher ! », répondait avec colère Pierre Falardeau. 

LE RÉVEIL

Mais que voulez-vous, à force de se faire insulter, de se faire fermer la porte sur les doigts et de se faire traiter de racistes et d’intolérants dès qu’on relève un peu la tête, on finit par se réveiller.

Et par comprendre qu’on est aussi canadiens que les Australiens sont britanniques ou que les Norvégiens sont danois. 

En fait, ce sont les Canadiens qui, ces dernières années (et surtout depuis l’élection de Trudeau fils, qui pousse le culte du multiculturalisme à ses dernières limites), m’ont fait sentir que j’étais plus Québécois que jamais. 

Rien de mieux que recevoir une série de coups de pied dans le cul pour se réveiller de sa torpeur. 

Alors, oui, je suis très content pour les Canadiens que Jessica Klimkait de Withby, Ontario, ait remporté le bronze au judo, mais franchement, sans vouloir vous insulter, chers voisins, je m’en fous un peu.