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L’art de transformer la fierté en honte

L’art de transformer la fierté en honte
Photo d'archives, Pierre-Paul Poulin

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Il y a quelques semaines encore, le Québec vivait au rythme des séries et de notre Sainte-Flanelle qui nous a fait rêver. Durant quelques semaines, le bleu blanc rouge était sur toutes les lèvres, on était fiers de notre équipe du tonnerre, de notre gardien de but, de notre entraîneur.

On a même collectivement été touchés par la réaction de Marc Bergevin lors du but gagnant nous menant à la finale de la Coupe Stanley. 

N’importe quelle équipe de sport qui se rend jusqu’au sommet, ou presque, surfe, durant plusieurs mois, sur la vague d’amour et de fierté de ses fans. C’est bon pour le show, mais aussi pour le côté business, puisque les commanditaires se bousculent pour s’associer à la victoire. 

Excepté le CH. 

Plutôt que d’essayer d’étirer l’importante vague de sympathie, le CH a décidé de repêcher un joueur, Logan Mailloux, en première ronde, alors que celui-ci a lui-même reconnu son inconduite sexuelle auprès d’une jeune femme et qu’il a exprimé le souhait de ne pas être repêché, pour travailler sur lui-même.  

Mais où était Marc Bergevin lors de la déferlante vague de dénonciations #MeToo qui a fait tomber de nombreuses personnalités publiques et leur a coûté leur carrière? Comment cette décision a-t-elle pu se prendre sans évaluation de l’impact réputationnel de ce repêchage douteux? 

Est-ce que le talent sportif est plus important, aux yeux du directeur général, que la bonne conduite? 

Qui achètera et portera le chandail de Mailloux, parmi les fans? 

Un privilège, pas un droit

J’entends déjà certains dire que l’on ne peut condamner à perpétuité un jeune de 18 ans ayant reconnu avoir commis une erreur. 

Que nous sommes une société qui réhabilite, qui pardonne et qui donne une seconde chance au coureur. 

Qu’il est jeune et qu’il ne faudrait pas lui gâcher une occasion en or. 

Pardon? 

Jouer au hockey au niveau professionnel, pour une équipe mythique comme celle du Canadien de Montréal, ce n’est pas un droit, c’est un immense privilège qui vient avec des conditions exceptionnelles et qui requiert un haut degré de probité. 

Les sportifs sont également des modèles pour nos enfants qui les regardent avec admiration et souhaitent marcher dans leurs pas. 

C’est le cas pour tous ceux qui choisissent d’évoluer sous l’œil du public, que ce soit en sport, en politique ou dans le domaine des arts et de la culture. 

Il y a quelques mois, le major-général Dany Fortin a été éjecté de son poste de responsable de la campagne nationale de vaccination pour des allégations d’inconduites sexuelles datant d'il y a plus de 30 ans.

Pourquoi le major-général peut-il être dégommé sur la base d’allégations et Mailloux repêché même si les faits sont avérés? 

Marc Bergevin devra répondre à cette question. Il le doit aux fans et à ses joueurs, à qui il vient de gâcher la fête.